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Entrevue-choc : l'ex-juge Delisle dit avoir menti sur la mort de sa femme

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L'ex-juge Jacques Delisle

L'ex-juge Jacques Delisle

Photo : Radio-Canada

Radio-Canada
Prenez note que cet article publié en 2015 pourrait contenir des informations qui ne sont plus à jour.

Reconnu coupable d'avoir assassiné sa femme en novembre 2009, l'ex-juge Jacques Delisle affirme maintenant qu'il a aidé Nicole Rainville à se suicider avec une arme. Dans une entrevue exclusive qui sera diffusée jeudi à l'émission Enquête de Radio-Canada, l'ex-magistrat dit avoir menti dans la version des faits qu'il a donnée aux policiers. 

L'ancien juge de la Cour d'appel, qui n'a pas témoigné à son procès, raconte pour la première fois ce qui se serait passé le 12 novembre 2009. Jacques Delisle affirme que le matin du drame sa femme, Nicole Rainville, lui a demandé d'aller chercher son pistolet qui était caché sur le dessus d'une bibliothèque dans son condo de Sillery. Handicapée par un accident vasculaire cérébral depuis 2007, elle lui aurait dit qu'elle ne voulait plus vivre. Jacques Delisle lui aurait alors remis l'arme après l'avoir chargée.

Jacques Delisle confie avoir ensuite tenté de la dissuader de passer à l'acte en lui demandant de bien réfléchir. Puis il a quitté l'appartement pour revenir une heure plus tard. Nicole Rainville a été retrouvée sans vie avec une balle dans la tête.

L'ex-juge reconnaît avoir menti aux policiers en disant qu'il s'agissait d'un suicide parce qu'il avait peur de la réaction de la famille. Il a aussi caché à ses enfants ce qui se serait réellement passé ce jour-là.

Vieilli et amaigri, Jacques Delisle a accordé une entrevue à l'émission Enquête, au pénitencier de Sainte-Anne-des-Plaines, il y a une dizaine de jours.

L'ex-juge explique aussi pourquoi il a toujours refusé de témoigner à son procès. Il raconte que sa belle-fille l'a supplié de ne rien dire la veille de son témoignage pour ne pas faire souffrir davantage sa famille et ses petits-enfants. À ce moment, la famille était convaincue que son avocat, Me Jacques Larochelle, avait réussi à semer un doute raisonnable dans l'esprit du jury.

Un dernier recours

L'homme, qui purge une peine de prison à perpétuité, tente maintenant le tout pour le tout afin de renverser sa condamnation.

Jacques Delisle a embauché un nouvel avocat pour son ultime tentative de libération. Il réclame l'intervention du ministre canadien de la Justice après avoir échoué en Cour d'appel et que la Cour suprême eut refusé de l'entendre. Me Jacques Larochelle a passé le flambeau à un criminaliste bien connu de Toronto, Me James Lockyer, qui devrait donner plus de détails d'ici la fin de la semaine sur la procédure entreprise auprès du ministre.

Des experts consultés par l'émission Enquête endossent cette démarche et prétendent qu'elle est nécessaire pour écarter toute possibilité d'erreur judiciaire.

Les enfants du juge Delisle ont aussi accepté de témoigner, pour la première fois à la télévision, du cauchemar qu'ils vivent depuis la condamnation de leur père, qui aura 80 ans en mai.

« Cette journée-là, on a perdu notre mère et on a perdu notre père. Là, on veut le sauver », a témoigné Jean Delisle devant la caméra.

Pour regarder cet extrait d'entrevue avec l'ex-juge sur votre appareil mobile, cliquez ici (Nouvelle fenêtre)

L'entrevue avec Jacques Delisle sera diffusée jeudi soir à 21 h à l'émission Enquête sur ICI Radio-Canada Télé.

Des chances de révision?

En entrevue à l'émission 24/60, l'avocat spécialisé en droit criminel Jean-Claude Hébert a donné des détails sur la procédure de demande de révision au ministre de la Justice.

« Ce n'est pas un autre niveau d'appel. Autrement dit, le ministre de la Justice n'a pas à regarder si les juges d'appel, si la Cour suprême, en refusant d'ouvrir le dossier, se sont trompés », souligne-t-il. Me Hébert explique que des avocats devront faire enquête. Ils pourraient par exemple tenter de savoir si la version de M. Delisle a changé au fil du temps, et interroger certains de ses proches, comme des membres de la famille.

Selon Jean-Claude Hébert, le ministre de la Justice doit déterminer si des éléments n'ont pas été étudiés par le tribunal. Il estime que c'est actuellement le cas avec la version des faits présentée par l'ex-juge Delisle, qui n'a pas été étudiée. En ajoutant à cela une preuve de témoignage sur la balistique qui laisse entendre que celle de la poursuite laissait à désirer, Me Hébert croit que les deux éléments ajoutent du poids l'un à l'autre.

« Le ministre aura à la fin du processus d'enquête une décision délicate à prendre : s'il y a dans son esprit une perspective de possibilité d'erreur judiciaire, pour tenter de l'éviter, il peut demander justement à la Cour d'appel de réviser le dossier de nouveau », dit Jean-Claude Hébert.

Néanmoins, Me Hébert relève qu'en matière statistique les chances du juge Delisle sont minces. Il rapporte qu'en 2012, sur 12 demandes de révision, une seule a été accueillie; c'est un résultat semblable à celui des années antérieures. « Donc en partant, M. Delisle a 10 % de chance que sa demande soit étudiée, et si elle est accueillie, c'est un pourcentage encore plus réduit », ajoute-t-il.

Si M. Delisle a commis une erreur de stratégie procédurale, il ne mérite pas 25 ans de prison pour une telle erreur, aussi grave soit-elle.

Malgré tout, il croit que le ministre pourrait ordonner un nouveau procès. La Couronne devrait ensuite déterminer si elle souhaite tenir un tel procès ou, par exemple, entamer des négociations pour un chef d'accusation d'homicide involontaire.

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24|60 Confession de l'ex-juge Jacques Delisle

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