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Armes à feu : Québec demande à Harper de corriger le tir

Le député de Saint-Laurent, Jean-Marc Fournier, au Salon bleu de l'Assemblée nationale en avril 2013.

Le député de Saint-Laurent, Jean-Marc Fournier, au Salon bleu de l'Assemblée nationale en avril 2013.

Photo : La Presse canadienne / Jacques Boissinot

Radio-Canada
Prenez note que cet article publié en 2015 pourrait contenir des informations qui ne sont plus à jour.

« Ma vision du Canada n'est pas d'encourager les Canadiens, les Québécois inclus, à se faire justice eux-mêmes », a déclaré le ministre responsable des Affaires intergouvernementales, Jean-Marc Fournier, qui s'est dit surpris par la déclaration controversée du premier ministre du Canada, Stephen Harper, sur le recours aux armes à feu dans des cas de légitime défense.

« Cette déclaration [...] n'a pas lieu d'être », estime le ministre québécois des Affaires intergouvernementales canadiennes. « Ce que je crains, c'est que cela envoie le message que les gens peuvent maintenant se faire justice eux-mêmes. »

Ma vision du Canada, ce n'est pas d'inciter les gens à s'armer.

Une citation de :Jean-Marc Fournier

« On a un système de justice. On a un système de protection du public et ça fait partie de nos acquis au Canada, a-t-il poursuivi. Il [ne] s'agit pas de les perdre, il s'agit de les renforcer, autant nos droits à la sécurité publique que nos droits et libertés individuels. »

Refusant d'interpréter les propos de Stephen Harper, il a dit espérer que le premier ministre corrige le tir en précisant sa pensée. « Lorsqu'il est question de la protection du public, il revient aux différents gouvernements d'améliorer leur service de protection au public », a ajouté M. Fournier.

Les propos controversés

« Ma femme vient d'une région rurale où la possession d'armes n'était pas que pour les besoins de la ferme, mais aussi pour assurer un certain niveau de sécurité lorsqu'une assistance policière immédiate n'était pas disponible » - Stephen Harper

Anne-Marie Dussault s'entretient avec le professeur d'histoire Francis Langlois.

« Faudrait que je voie clairement les mots qui ont été employés », a pour sa part déclaré le premier ministre Philippe Couillard, tout en soulignant du même souffle qu'il « partage tout à fait » ce que M. Fournier a dit.

« En gros, moi je pense que moins il y a d'armes en circulation chez nous, le mieux. Et je pense qu'une grande partie des Québécois, sinon une bonne majorité des Québécois, pensent la même chose, d'où notre position sur le registre et d'autres enjeux semblables. »

Un pays où il y a une abondance d'armes à feu qui circulent n'est pas un pays dans lequel la majorité des Canadiens, des Québécois, veulent vivre.

Une citation de :Philippe Couillard

Le porte-parole du Parti québécois en matière de sécurité publique, Pascal Bérubé, n'a pas mâché ses mots pour critiquer les propos de Stephen Harper. « C'est franchement ridicule, et c'est clairement une façon supplémentaire pour M. Harper de faire plaisir à sa base militante », a-t-il affirmé.

L'Assemblée nationale a adopté à l'unanimité, mardi après-midi, une motion du PQ qui soutient « que l'assouplissement des motifs permettant l'utilisation d'armes à feu pour l'autodéfense, idée avancée par le premier ministre du Canada, n'est pas souhaité par la population québécoise et va à l'encontre de ses valeurs ».

« Je ne pense pas qu'il est souhaitable d'avoir ce genre de discours », a déclaré de son côté le chef de la Coalition avenir Québec, François Legault. Selon lui, il y a un consensus au Québec pour « limiter l'utilisation et la possession d'armes à feu ».

Quand on a connu le drame de Polytechnique, on n'essaiera pas de gagner quelques votes à gauche ou à droite. Soyons clairs : au Québec, on souhaite moins d'armes à feu.

Une citation de :François Legault

Irresponsable, selon Mulcair

« Il y a quelque chose de franchement étonnant qu'un premier ministre tente de dire aux gens d'utiliser leurs propres armes pour se protéger », déplore le chef de l'opposition officielle et du Nouveau Parti démocratique (NPD), Thomas Mulcair.

Le chef du NPD Thomas MulcairAgrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Le chef du NPD Thomas Mulcair

Photo : Chris Wattie / Reuters

C'est irresponsable de dire aux gens de s'armer pour leur propre protection contre d'autres personnes.

Une citation de :Thomas Mulcair

Le chef de l'opposition a rappelé que le gouvernement du Québec, qui revendique le droit d'utiliser les données du registre fédéral des armes d'épaule, attend une décision de la Cour suprême dans ce dossier. M. Mulcair souhaite que le Québec obtienne gain de cause, mais il n'est pas question pour lui de ressusciter l'ancien registre des armes d'épaule.

« Le registre, tel que constitué, est un tel échec qu'il n'est pas question pour nous de revenir à un registre », a-t-il poursuivi.

Le chef de l'opposition accuse le premier ministre de diviser la population canadienne. « Stephen Harper est encore en train d'essayer d'utiliser le dossier des armes à feu pour diviser les Canadiens, dénonce M. Mulcair. Cette fois-ci, c'est une tentative de diviser le monde rural du monde qui vit dans les villes. »

Il privilégie le développement d'outils pour les policiers afin de les aider à faire leur travail en toute sécurité. « Nous allons trouver une autre manière de travailler avec la police pour qu'ils aient l'information. Il y a d'autres sources pour obtenir l'information - lorsqu'ils abordent une maison, par exemple -, pour savoir s'il y a un danger qui pointe, littéralement, de l'autre côté de la porte. »

L'Association des policiers provinciaux du Québec a également fait savoir qu'elle jugeait la déclaration du premier ministre Harper inappropriée, alors que l'Association du barreau canadien s'est dite très inquiète par le message véhiculé par les propos du premier ministre.

Les nuances de Denis Lebel

Le lieutenant politique de Stephen Harper au Québec, Denis Lebel, s'est porté à la défense de M. Harper en reprenant une partie de son argumentaire sur la différence de la relation aux armes à feu selon qu'on vienne d'un milieu rural ou urbain.

Le lieutenant politique de Stephen Harper au Québec, Denis LebelAgrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Le lieutenant politique de Stephen Harper au Québec, Denis Lebel

Photo : Radio-Canada

M. Lebel soutient que des gens possèdent plusieurs armes à feu dans sa région d'origine, qui compte plusieurs chasseurs, sans pour autant constituer des dangers pour la société. « Nous travaillons pour avoir des mesures qui soient sécuritaires pour toute la population », plaide-t-il.

Le ministre Lebel a toutefois refusé de préciser dans quelles circonstances il serait légitime pour un citoyen de décharger son arme sur un intrus qui surgit dans son domicile. « Il y a des règles, il y a des lois. Une personne qui ferait ça devra faire face aux lois qui sont en place », s'est-il contenté de répondre à la mise en situation.

Le ministre Lebel a cependant nuancé la déclaration de M. Harper sur le recours aux armes à feu en cas de légitime défense.

Il y a des policiers qui sont là pour faire respecter la loi et ils vont faire leur travail. Loin de nous l'idée d'aller dans ce sens-là.

Une citation de :Denis Lebel

« On dit tout simplement que la relation avec les armes, selon qu'on vienne d'un milieu rural ou d'un milieu urbain, est différente », a-t-il répété.

A-t-on le droit?

A-t-on le droit d'utiliser une arme à feu pour se défendre? Isabelle Richer pose la question à l'avocat-criminaliste Walid Hijazi.

Entrevue avec Walid Hijazi

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