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Il y a 60 ans, l'émeute du Forum 

Antoine Deshaies fait un rappel des événements.
Radio-Canada

Il y a 60 ans, le 17 mars 1955, éclatait une violente émeute pendant un match du Canadien de Montréal. L'émeute du Forum, telle que baptisée par la suite, est considérée par plusieurs comme l'élément déclencheur de la Révolution tranquille au Québec.

16 mars 1955

Maurice Richard est suspendu pour la fin de la saison et les éliminatoires pour avoir frappé un arbitre à Boston trois jours plus tôt. Les partisans du Canadien de Montréal sont furieux. Plusieurs se demandent si le président de la Ligue nationale, Clarence Campbell, aura le courage de se présenter au Forum pour le match du lendemain. 

Jules Bélanger avait 20 ans à l'époque. Il était au Forum lors de cet affrontement.

« On espérait que Clarence Campbell ne vienne pas à la partie. Qu'il montre un peu de retenue. »

17 mars 1955

Le Forum est bondé d'amateurs qui n'attendent qu'une chose : une occasion de se venger pour la suspension imposée au Rocket. En fin de première période, la mêlée éclate. Des partisans s'attaquent à Clarence Campbell, qui assistait au match Canadien-Red Wings dans les gradins. La rencontre est interrompue avant la fin du premier tiers, quand Détroit mène 4-1.

Dans le documentaire Mon frère Richard, Marcel Desmarais raconte sa participation à l'émeute.

« Quand j'ai vu qu'il y avait un attroupement, j'ai dit: "Là, c'est le bon temps." J'ai mis mon doigt dans la loop de la bombe lacrymogène, comme on m'avait dit de le faire, relate-t-il. Je l'ai tirée, et je l'ai lâchée tout de suite. Le temps de le dire, ç'a monté, cette affaire-là... »

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Les partisans ont poursuivi leurs protestations jusque dans la rue, causant plusieurs dommages aux commerces et aux véhicules avoisinants. Le lendemain, les dégâts étaient évalués à 100 000 $. Une somme considérable à l'époque.

Cette émeute, selon plusieurs, est le point de départ de la Révolution tranquille.

Le héros canadien-français victime d'une injustice de la part du président canadien-anglais.

Jules Bélanger s'en souvient encore très bien aujourd'hui.

« Les gens qui, tout d'un coup, ont dit : "C'est assez! On va arrêter de se faire barouetter, pis on va réagir." J'ai bien vu l'événement et les projectiles qui ont été lancés [à Clarence Campbell]. Les gens étaient en colère. Tout le monde était en colère. Qu'est-ce que tu veux? Richard, c'était la bougie d'allumage de notre prise de conscience... pour se dire qu'on est fiers de nous-mêmes. »

« Richard était la bougie d'allumage de notre prise de conscience » - Jules Bélanger

« Au départ, c'est quelque chose qui est lié au monde du hockey et la langue n'a pas d'importance... Et finalement, ça devient, c'est comme ça qu'on le raconte aujourd'hui, ça devient un moment d'opposition entre les francophones et les anglophones », explique Benoît Melançon, directeur du Département de littérature de langue française de l'Université de Montréal et auteur du livre Les yeux de Maurice Richard.

« En 1955, c'est pas ça du tout. C'est une construction historique. »

Monsieur Melançon remet en contexte cet événement qui a marqué le Québec.

« Cette émeute-là a une importance, mais pas une importance toute seule. On doit la rattacher à d'autres événements, comme la grève de l'amiante dans les relations de travail ou le Refus global en art. »

L'empreinte historique de l'émeute de 1955, selon Benoît Melançon

Reste que cette émeute a permis à Maurice Richard de passer de héros sportif... à héros tout court dans la culture populaire.

D'après un reportage d'Antoine Deshaies

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