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Diplômé en médecine à 42 ans!

Geneviève Proulx

Décider de faire sa médecine est, à la base, un choix qui en impose. Il faut, au minimum, sept années d'études intensives pour devenir médecin. Malgré tout, chaque année, la Faculté de médecine de l'Université de Sherbrooke accueille de 5 à 8 étudiants âgés de plus de 35 ans. Folie? Inconscience? Alexis Lanthier est bien placé pour le dire.

Après un baccalauréat en enseignement des sciences, une maîtrise en endocrinologie et une carrière de huit ans comme représentant pharmaceutique, le père de famille a fait son entrée sur les bancs de la Faculté de médecine à 35 ans bien comptés.

« La médecine m'avait toujours tenté sauf que, plus jeune, je n'étais peut-être pas assez sérieux pour faire ça. Je le réalise aujourd'hui. C'est beaucoup, beaucoup d'heures d'études. Je regarde mes collègues qui ont 20 ans, je leur lève mon chapeau. Je trouve qu'à 20 ans, être aussi sérieux dans ses études, c'est mettre beaucoup d'autres choses de côté », analyse celui qui termine sa quatrième année d'études.

Avec, en poche, une expérience professionnelle et une expérience de vie étoffée, Alexis Lanthier décide de troquer les sushis pour le macaroni. Pour parvenir à son but, beaucoup de compromis ont dû être faits. « L'auto de compagnie, l'ordinateur, la carte qui paye l'essence, le salaire, le cellulaire. C'est juste du matériel, mais quand on perd tout ça d'un coup et qu'on était habitué à ça, je dirais que ce n'est pas si évident que ça. »

Quelques chiffres sur les admissions à la Faculté de médecine de l'Université de SherbrookeAgrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Photo : Source: Université de Sherbrooke

Des Alexis Lanthier, l'Université de Sherbrooke est heureuse d'en accueillir, puisque ces étudiants plus âgés font fructifier leur bagage en partageant leur vécu avec les plus jeunes.

« Comme le système de formation de l'Université de Sherbrooke en médecine, c'est l'apprentissage par problèmes, ces étudiants partagent leur point de vue, leurs connaissances sur des problèmes de la réalité. Souvent, l'accompagnement qu'ils feront auprès de leurs collègues plus jeunes apporte une plus-value significative au groupe et contribue à l'accroissement de la connaissance, la compréhension. Généralement, ce sont des collègues très appréciés par les autres étudiants à cause de la richesse de leur expérience », analyse le coordonnateur à l'admission à la Faculté de médecine et des sciences de la santé de l'Université de Sherbrooke, René Houle.

Bon an, mal an, l'Université de Sherbrooke reçoit plus de 2600 demandes d'admission. De ce nombre 850 candidats, les meilleurs sur le plan scolaire, seront reçus en entrevue. À la fin du processus, 205 candidats seront retenus, dont 169 Québécois. En 2013, le dernier étudiant admis avait une cote R de 33,2.

Chaque année, la cohorte de la Faculté de médecine de l'Université de Sherbrooke comprend de 5 à 8 étudiants âgés de plus de 35 ans. Le plus vieil étudiant admis à ce jour avait 43 ans.

Place aux candidats d'exception

L'Université de Sherbrooke étudie la possibilité de faire une place à des candidats d'exception qui, plutôt que d'avoir un parcours scolaire fort, aurait un parcours de vie riche et souvent un âge un peu plus avancé. Ces derniers n'auraient que trois cours préalables du collégial à faire plutôt que les dix actuellement exigés.

« Ça pourrait être un travailleur social qui a fait de l'implication à l'international, par exemple. Présentement, nos étudiants ont tous le même profil, la même façon de penser. Avec ces admissions, nous élargirons nos profils et nous augmenterons la diversité de nos médecins », soutient M. Houle.

Selon les statistiques compilées par la Faculté de médecine, les étudiants plus âgés ont tendance à choisir la médecine de famille. « Ça fait également partie de notre réflexion. Si nous augmentons les admissions des candidats plus âgés, il devrait y avoir plus de médecins de famille », ajoute-t-il.

C'est toutefois souvent un parcours du combattant qui attend ces futurs vieux médecins. « Le réapprentissage du mode étude et compagnie est un peu plus difficile pour eux, mais rapidement ils vont très bien suivre leurs collègues », croit M. Houle.

« Moi, ça faisait huit ans que je n'avais pas étudié. Je vous dirais que c'est comme si on prenait une auto, qu'on la mettait dans un garage pendant huit ans et qu'on la sortait ensuite. Au début, le moteur tourne pas si rond, ça sent le brûlé! Le cerveau fonctionne vraiment comme un muscle. Si on ne s'en sert pas, il s'atrophie. Quand on recommence à s'en servir, ça fait mal, mais il se redéveloppe » se rassure le futur médecin.

Alexis Lanthier terminera son cursus entre l'âge de 42 et 46 ans, selon la spécialité qu'il choisira. Même s'il sera plus âgé que ses collègues, il croit qu'il aura, à son avis, une longue carrière.

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