•  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  

Éternuer comme une éponge

Radio-Canada

La sensation est familière : une poussière assaille vos narines, le chatouillement s'avère insoutenable. À ce moment précis, éternuez-vous comme un chimpanzé, un chat, une perruche, ou comme... une éponge?

La sensation est familière : une poussière assaille vos narines, le chatouillement s'avère insoutenable. À ce moment précis, éternuez-vous comme un chimpanzé, un chat, une perruche, ou comme... une éponge?

Un texte de Marianne DesautelsCourriel à Découverte

L'éternuement est redoutablement efficace. Il permet l'expulsion immédiate d'un nuage de particules à une vitesse estimée à 20 km/h, pouvant parcourir une grande distance. Cet automatisme semble universel : la majorité des mammifères, des reptiles et des oiseaux éternuent. Mais quand et comment ce curieux réflexe est-il apparu dans l'évolution?

Des chercheuses de l'Université de l'Alberta ont découvert qu'il faut remonter très loin dans le temps pour le savoir. En étudiant les mouvements de l'éponge d'eau douce, elles se sont rendu compte que cet animal primitif expulse lui aussi les impuretés à l'aide d'un spasme analogue à l'éternuement.

Apparues sur la Terre il y a environ 600 millions d'années, les éponges sont en quelque sorte les ancêtres de tous les animaux. Pour se nourrir, elles filtrent l'eau par des orifices semblables à des cheminées : les oscules. Elles absorbent ainsi les nutriments dont elles ont besoin.

En milieu aquatique, les vagues apportent leur lot de débris, et les oscules se retrouvent parfois encombrés par des corps étrangers.

Pour l'éponge, éternuer est donc une question de survie : pour s'alimenter convenablement, ses cheminées doivent rester propres.

Faire éternuer les éponges

Les chercheuses ont provoqué l'éternuement des éponges à l'aide de sels minéraux ou de jets d'encre de calligraphie. Elles ont observé que comme nous, elles passent par une phase d'excitation, durant laquelle le potentiel d'irritabilité augmente, puis les éponges atteignent un point de non-retour et ne peuvent plus s'empêcher d'éternuer! Elles bloquent leurs cheminées, accumulent ainsi de l'eau, qui est ensuite relâchée d'un coup, ce qui déloge les saletés.

Les éponges éternuent très lentement : en tout, le spasme dure de 20 à 45 minutes! On peut l'observer grâce à un appareil photo qui prend des images périodiquement, qu'on visionne en accéléré.

Même si elle bouge au ralenti, s'agiter ainsi relève de l'exploit pour un organisme aussi primaire que l'éponge. Composée simplement de cellules non spécialisées et dépourvue de système nerveux et de muscles, comment fait-elle pour percevoir son environnement et y réagir?

Son secret réside dans des cils microscopiques qui ornent ses cellules.

Ces cils dits « primaires » décèlent les changements extérieurs, à la manière de petites antennes. Ces cils permettent aussi la communication entre les cellules de l'éponge pour qu'elles puissent chorégraphier leurs mouvements.

En résumé, quand un cil détecte un élément indésirable, il passe le mot aux autres pour que les cellules de l'éponge puissent bouger à l'unisson.

De l'éponge à l'humain

Depuis des centaines de millions d'années, les cils primaires ont été conservés, se sont raffinés, et sont devenus ubiquitaires : on les retrouve dans tout le règne animal. Près de la totalité des cellules de notre corps en sont dotées, et leur fonction varie selon l'organe où ils logent.

En plus d'être impliqués dans la signalisation cellulaire, ces cils nous permettent de percevoir notre environnement et d'avoir des sensations, tout comme pour l'éponge. On retrouve des cils primaires notamment sur la rétine, dans les fosses nasales, sur les papilles gustatives, et même dans notre oreille interne.

La structure est similaire, mais beaucoup plus spécialisée : nos cils primaires participent à la détection des rayons lumineux, des saveurs, des odeurs et des sons.

Les éponges ont beau être très rudimentaires, elles nous éclairent sur l'apparition des organes sensoriels, ainsi que sur la manière dont les animaux primitifs ont développé des systèmes de coordination cellulaire. Leur éternuement pourrait bien être à la fois la toute première sensation... et le plus vénérable des réflexes!

Image et vidéo de Sally Leys et Dannielle Ludeman d'Ocean Networks Canada

Pour consulter cette vidéo sur votre appareil mobile, cliquez ici (Nouvelle fenêtre).

Science