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Jacques Turgeon accepte de reprendre la direction du CHUM

Jacques Turgeon de retour en poste au CHUM : reportage de Normand Grondin et analyse de Sébastien Bovet
Radio-Canada

Jacques Turgeon a accepté de rester au Centre hospitalier de l'Université de Montréal (CHUM), au terme d'échanges avec le premier ministre Couillard et son ministre de la Santé, Gaétan Barrette. Et si le ministre s'est limité à un communiqué pour annoncer la nouvelle, c'est en conférence de presse, entouré de tous ses appuis, que M. Turgeon a souligné son retour.

Un texte d'Anne Marie LecomteTwitterCourriel

Rappelons que la démission de M. Turgeon jeudi dernier du poste de directeur général du CHUM avait déclenché une crise révélatrice des tensions entre le ministre de la Santé et la direction du CHUM, l'un des établissements piliers du monde de la santé à Montréal.

En effet, le ministre de la Santé, Gaétan Barrette, avait eu fort à faire pour s'expliquer dans la foulée de cette démission, Jacques Turgeon ayant accusé ce dernier « d'abus de pouvoir » et « d'ingérence ».

Cinq des membres du conseil d'administration du CHUM avaient par la suite successivement annoncé leur démission avec, à leur tête, le président du C. A., Jean-Claude Deschênes, une sommité en matière de gouvernance.

Une main tendue

Au milieu de ce brouhaha, le ministre Barrette avait parlé de « main tendue » pour demander à Jacques Turgeon de revenir sur sa décision de démissionner.

Avec les changements entraînés par la loi 10, Jacques Turgeon, qui occupait les fonctions de directeur général auparavant, va devenir président-directeur général de l'établissement à compter du 1er avril prochain, et ce, pour un mandat de trois ans.

C'est un Jacques Turgeon serein et posé qui a rencontré la presse en après-midi mardi : « Je suis donc très heureux de pouvoir poursuivre, épaulé par le conseil d'administration, le travail amorcé depuis juin dernier à la tête du vaisseau amiral de notre système de santé au Québec », a-t-il déclaré. Jacques Turgeon a tenu à souligner particulièrement « le courage » de Jean-Claude Deschênes et du Dr PaulPerrotte ainsi que tous les autres membres du conseil d'administration qui ont « tangiblement appuyé » sa décision.

De son côté, Jean-Claude Deschênes a remercié Gaétan Barrette et le premier ministre Couillard lui-même, a-t-il dit, pour leur contribution personnelle à la résolution d'une situation qu'il a qualifiée de « pénible ».

Jacques Turgeon en conférence de presse, annonçant qu'il accepte de revenir à la tête du Centre hospitalier de l'Université de Montréal (CHUM)Jacques Turgeon en conférence de presse, annonçant qu'il accepte de revenir à la tête du Centre hospitalier de l'Université de Montréal (CHUM) Photo : PC / PC/Paul Chiasson

« Je n'essayais pas de gagner quelque chose » – Jacques Turgeon

Que s'est-il passé pour que la discorde s'estompe? Jacques Turgeon affirme avoir eu, dimanche soir dernier, « une longue et fructueuse conversation téléphonique » avec le premier ministre Couillard. Il a également parlé au ministre de la Santé lui-même en matinée mardi, qualifiant cette discussion de « longue et bonne ».

Jacques Turgeon insiste pour dire qu'il n'y a jamais eu, entre M. Barrette et lui, de conflit de personnalités. Leur différend, explique-t-il en substance, portait spécifiquement sur la nécessité de faire respecter certains processus, particulièrement ceux qui touchent à la nomination de médecins à la tête de départements. « Je n'essayais pas de gagner quelque chose », affirme Jacques Turgeon.

Le ministre de la Santé et des Services sociaux, Gaétan Barrette, n'était pas disponible pour donner sa version des faits; il a préféré faire ses déclarations, mardi, par voie de communiqué.

Dans la foulée de la loi 10, qui confère au ministre le pouvoir de nommer les DG et les PDG d'établissements, Jacques Turgeon espère que ce qui s'est passé au CHUM ne se répétera pas ailleurs.

Mais je pense que les démarches qui ont été faites sont rassurantes dans l'orientation globale que devront avoir d'autres décisions qui toucheront d'autres établissements. Donc, si on respecte les règles de l'établissement, de gestion et de gouvernance, ça montre le bon chemin à suivre.

Jacques Turgeon, PDG du CHUM

Jacques Turgeon estime qu'entre la semaine dernière et cette semaine, il est passé du stade où il n'avait pas l'impression d'être compris à une situation beaucoup plus ouverte et flexible et dans laquelle la discussion est permise.

Un processus de nominations litigieux

Dans son communiqué, Gaétan Barrette réitère sa pleine confiance envers M. Turgeon « et dans le respect intégral des processus de sélection entourant les nominations des chefs de départements du CHUM ».

Il s'agit de nominations qui relèvent de l'administration interne, et je suis convaincu que monsieur Turgeon saura rassurer le corps médical, les spécialistes visés et les ressources hospitalières du CHUM sur la totale neutralité et impartialité du processus.

Le ministre de la Santé et des Services sociaux du Québec, Gaétan Barrette

Il faut se rappeler que le litige opposant Jacques Turgeon au ministre Barrette portait, aux dires de M. Turgeon, sur la nomination du chef du département de chirurgie du CHUM. Jacques Turgeon affirmait que le ministre et son entourage avaient exercé des pressions indues sur lui pour que soit reconduit à ce poste le Dr Patrick Harris.

Le ministre Gaétan Barrette, pour sa part, expliquait le conflit par des « chicanes de clocher » qui perdurent, notamment entre médecins du CHUM, depuis au moins une décennie, disait-il.

De Paris, où il effectuait la semaine dernière une mission de nature économique, le premier ministre Couillard était intervenu en disant qu'il fallait remettre de l'ordre dans les affaires du CHUM, parlant de « problèmes de gouvernance » au sein de l'établissement.

Un comité spécial est nommé

En écho à ces propos du premier ministre, le ministre Barrette affirme maintenant que Jacques Turgeon sera soutenu « par les recommandations du Dr Michel Baron et de M. Claude Desjardins, mandatés par l'Agence de santé et des services sociaux de Montréal pour proposer des actions en vue de raffermir la coopération entre le corps médical et l'administration », assurant ainsi la meilleure transition possible vers le nouveau CHUM.

Il est prévu que le Dr Baron et M. Desjardins déposent leur rapport au cours des prochaines semaines.

Quant au contesté Dr Harris, « il y a déjà un comité qui est en marche et les processus vont être respectés intégralement », a expliqué Jacques Turgeon, précisant que le Dr Harris a le choix de poser sa candidature s'il le désire.

« Une main tendue » jusqu'au C. A.

À titre de PDG du CHUM, Jacques Turgeon sera membre du C. A. de l'établissement. Au terme des négociations des derniers jours, il a été convenu que les candidatures de membres démissionnaires seront considérées pour la formation du nouveau C. A. du CHUM. Le ministre Barrette prend également l'engagement de considérer Jean-Claude Deschênes comme le président du conseil d'administration.

Ces soubresauts frappant l'un des établissements de santé les plus cruciaux pour la province surviennent à moins d'un an et demi du déménagement du CHUM au 1000, rue Saint-Denis, dans la métropole. La semaine dernière, le premier ministre Couillard avait rappelé l'importance de considérer « le bénéfice des patients » dans le contexte de tous ces changements importants qu'impose son gouvernement au milieu de la santé québécois.

Le plus grand centre hospitalier universitaire sur site unique au Canada

Pour le recteur de l'Université de Montréal (UdeM), Guy Breton, le CHUM joue un rôle unique en ce sens qu'il englobe non seulement l'aspect des soins prodigués aux patients, mais également l'enseignement, la recherche, l'évaluation de la technologie et la promotion de la santé. En conférence de presse aux côtés de Jacques Turgeon, M. Breton s'est réjoui qu'une fois le déménagement accompli, le CHUM sera le plus grand centre hospitalier universitaire sur site unique au Canada.

Mais encore faut-il que les tensions qui y règnent soient domptées. En ce qui a trait au département de chirurgie, un nouveau chef ne signifiera pas qu'on change toutes les structures, a prévenu Jacques Turgeon, qui insiste sur la nécessité de nommer « la bonne personne ». Quant à Guy Breton, il estime que la réputation de tension qui a été attachée au CHUM est « surfaite ».

Réaction favorable du Conseil pour la protection des malades (CPM)

Paul G. Brunet, président du Conseil pour la protection des malades, considère que la manière dont la crise a été résolue ces derniers jours au CHUM constitue « un exemple frappant de la flexibilité et de la compréhension » dont peut faire preuve Gaétan Barrette.

Cependant, bien qu'il se dise satisfait de la tournure des événements, le CPM adresse une sorte d'avertissement à Gaétan Barrette : « Le CPM exhorte aussi le ministre, comme ce dernier l'avait pourtant promis, à ne pas intervenir dans la gestion et dans les nominations qui relèvent des dirigeants d'établissements, s'il veut désormais que ceux-ci répondent des succès comme des échecs de leurs actions. »

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