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Anatoli Koutcherena, l'avocat d'Edward Snowden, lors d'une conférence de presse à Moscou en août 2014

Photo : Reuters/Maxim Zmeyev

Radio-Canada

Le lanceur d'alerte Edward Snowden, réfugié en Russie, peine à payer son appartement et à manger, et il désire quitter ce pays, nous raconte son avocat, Anatoli Koutcherena.

Un texte de Raymond Saint-PierreCourriel correspondant à Moscou

J'ai rencontré Anatoli Koutcherena dans son luxueux bureau, à Moscou, dans une magnifique demeure de style Art Nouveau.

Anatoli Koutcherena s'est fait connaître en juillet 2013, quand il est devenu l'avocat d'un client soudainement devenu célèbre, Edward Snowden. Le lanceur d'alerte était coincé dans la zone de transit d'un aéroport de Moscou, son passeport américain annulé. Il venait de révéler les programmes de surveillance de masse américains.

Koutcherena a vite pris en pitié son client complètement démuni. « En zone de transit, il ne pouvait même pas se payer un sandwich. Je lui apportais de la nourriture, des vêtements. Je pensais qu'il aurait vendu toutes ses informations aux journalistes et fait beaucoup d'argent, mais non! »

Aujourd'hui, heureusement, il a commencé à travailler, à gagner de l'argent. Mais il peut à peine payer son appartement et manger.

Anatoli Koutcherena

À Moscou, Anatoli Koutcherena a lancé le premier livre d'une trilogie relatant dans une version romancée les péripéties qui ont mené son client à l'exil en Russie. La trilogie, intitulée The Time of the Octopus (L'époque de la pieuvre), ne semble pas, pour l'instant, être un grand succès de librairie. Mais le réalisateur américain Oliver Stone est en train d'en faire un film en ce moment à Munich. C'est Joseph Gordon Levitt qui joue le personnage de Snowden dans cette œuvre de fiction qui sortira en décembre 2015.

Pour voir cette chronologie sur votre appareil mobile, cliquez ici.

Snowden, lui, a été jusqu'ici très discret. Seules de rares photos le montrent, lui et sa compagne Lindsay Mills, à Moscou. Elle a été vue à Hollywood quand le documentaire sur Snowden, Citizenfour, a gagné un Oscar, quand elle est montée sur scène avec la réalisatrice Laura Poitras.

Comme s'il voulait profiter de la publicité entourant cet Oscar, Snowden a multiplié les interventions, à distance, dans des colloques et conférences, comme à l'Université Ryerson, à Toronto.

Il y expliquait qu'il ne peut plus se fier à aucun appareil, aucune communication électronique, même cryptée, qu'on ne peut plus jamais se sentir en sécurité. « Tout système peut être pénétré si on y met les moyens. »

Le reportage de Raymond Saint-Pierre est diffusé à 22 h ce soir au Téléjournal sur ICI Radio-Canada Télé.

Rentrer aux États-Unis?

Snowden, qui travaille pour un site Internet russe, a beaucoup été vu ces derniers temps. Il répète à qui veut l'entendre qu'il veut quitter la Russie. Il l'a dit notamment lors d'un forum sur les droits de la personne, en Suisse, le 6 mars dernier : « Je crois que la Suisse serait une excellente option politique, de par sa neutralité historique, du fait de son rôle dans le passé. Cela permettrait à la Suisse de clairement affirmer sa neutralité. »

Snowden a été basé en Suisse de 2009 à 2011, pour la CIA. En fait, il a présenté des demandes d'asile dans 21 pays, mais tous ont refusé. Personne ne veut s'embarrasser de cet homme recherché par les États-Unis.

Alors pourquoi ne pas rentrer aux États-Unis, tout simplement? L'avocat explique que le procureur général des États-Unis a envoyé une lettre à Snowden, lui garantissant que s'il retournait dans son pays, il ne serait pas passible de la peine de mort, comme c'est possible selon la loi sur l'espionnage.

De leur côté, l'avocat et Snowden demandent aussi un procès équitable, sans dossiers ni témoins secrets. Là-dessus, on ne leur a rien promis; et le lanceur d'alerte reste quand même passible de 30 ans de prison.

L'errance d'Edward Snowden, vedette de documentaire, personnage d'une trilogie et d'un film de fiction, semble loin d'être terminée.

Edward Snowden, dans l'oeil de « Big Brother »

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