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Y a-t-il trop d'étudiants au doctorat?

Mauricio Suchowlansky, étudiant au doctorat à l'Université de Toronto

Photo : Radio-Canada

Radio-Canada

Les étudiants au doctorat en grève ces jours-ci à l'Université York et à l'Université de Toronto disent qu'ils sont sous-financés. Leur chance d'obtenir un poste permanent de professeur, une fois le diplôme en poche, est mince. Et, malgré tout, ils sont de plus en plus nombreux à s'inscrire dans un programme de 3e cycle. Pourquoi? Devrait-on limiter leur nombre?

Un texte de Laurence MartinTwitterCourriel

Mauricio Suchowlansky a commencé un doctorat en sciences politiques il y a 6 ans à l'Université de Toronto. À l'époque, il savait que le marché de l'emploi universitaire n'était pas dans sa meilleure santé, mais il avait quand même espoir. 

On se fait vendre l'idée que l'Université de Toronto, c'est une institution d'élite et qu'on appartient à cette élite-là et qu'à cause de ça, on va toujours faire partie de cette élite, et donc trouver un emploi. 

Mauricio Suchowlansky, étudiant au doctorat à l'Université de Toronto.

Mais en fin de parcours, les perspectives ne sont pas reluisantes. 

Mauricio, qui doit terminer sa thèse cet été, a déjà commencé à postuler pour un emploi pour l'année prochaine, surtout pour des postdoctorats, parce que les postes de professeurs à temps plein sont extrêmement compétitifs. 

J'ai postulé pour un postdoc aux États-Unis et je me suis fait dire que cette université-là avait reçu 1700 applications pour 5 postes. 

Mauricio Suchowlansky, étudiant au doctorat à l'Université de Toronto. 

Sur les 20 demandes qu'il a faites, toutes se sont terminées par un « non merci ».

Trop de diplômés pour le nombre de postes disponibles

Le cas de Mauricio Suchowlansky est loin d'être isolé. 

Au Canada, il y a trois fois plus de diplômés au doctorat que de postes permanents de professeurs d'université à combler. 

Le tableau suivant montre les statistiques pour 2012:

Aux États-Unis, ce ratio est encore plus faible. Et comme les universités canadiennes embauchent beaucoup de professeurs qui viennent de l'étranger, les diplômés canadiens ont encore plus de mal à obtenir les postes qui sont disponibles dans leur pays. 

En même temps, quand on regarde le nombre d'étudiants inscrits au doctorat, on remarque une augmentation constante ces dernières années au Canada. 

Pourquoi, donc, les étudiants sont-ils si nombreux à vouloir s'embarquer dans des études de doctorat quand ils savent que le marché est saturé et qu'en plus, ils se plaignent du financement durant les études?

Selon le professeur en éducation à l'Université d'Ottawa, Joel Westheimer, bien des étudiants sont encore dans le déni. 

Il y a encore trop d'étudiants qui commencent un doctorat qui pensent qu'ils vont être LE chanceux à obtenir un poste de professeur, parce qu'ils se disent dans leur tête, "moi je suis très bon". 

Joel Westheimer, professeur en éducation, Université d'Ottawa. 

Par ailleurs, au milieu des années 2000, le gouvernement ontarien a voulu augmenter le nombre de diplômés de la maîtrise et du doctorat, qui était inférieur à celui d'autres provinces canadiennes, d'après le professeur de l'Université York Paul Axelrod. 

C'est ce qui explique aussi, selon lui, ce décalage entre l'offre et la demande pour des postes de professeurs. 

Selon Joel Westheimer, si le contexte économique actuel ne change pas et que les universités continuent à limiter l'embauche de professeurs permanents, il faudra peut-être être plus sélectif et réduire aussi le nombre d'étudiants admis au doctorat. 

Un scénario qui reste évidemment hypothétique, parce qu'à l'heure actuelle, les universités ontariennes reçoivent de la province du financement additionnel pour chaque nouvel étudiant. 

Des postes ailleurs qu'à l'université

Malgré ces chiffres peu encourageants, plusieurs voix s'élèvent pour le maintien du nombre actuel de doctorants. 

D'abord, parce que même si dans le milieu universitaire les postes sont limités, il est possible pour bien des diplômés, en sciences notamment, de trouver des emplois hautement qualifiés ailleurs, dans des centres de recherche publics ou privés, par exemple. 

D'ailleurs, le taux de chômage pour ceux qui ont obtenu un doctorat au Canada en 2010 était de 5%, en dessous donc de la moyenne nationale. 

Taux de chômage au Canada en 2010

  • Diplômés avec un doctorat: 5%
  • Moyenne nationale: 8%

Source: Statistiques Canada

Ce que ces chiffres ne disent pas, par contre, c'est que bien des diplômés ne trouvent qu'un emploi pour lequel ils sont surqualifiés. 

Et même si tous les étudiants ne font pas un doctorat pour devenir professeurs, c'est quand même une tendance lourde dans de nombreux départements.

On est 11 dans ma cohorte au doctorat. On est 10 qui envisagent une carrière de professeur d'université.

Cynthia Morinville, étudiante au doctorat en géographique à l'Université de Toronto. 

Des trop petits programmes

Le professeur en éducation Paul Axelrod dit, lui, que si on réduisait le nombre de doctorants, les universités se retrouveraient avec des programmes trop petits et ne pourraient pas offrir suffisamment de cours avancés. 

On ne peut pas bien enseigner si on a seulement 2 ou 3 étudiants par classe. 

Paul Axelrod, professeur au département d'éducation, Université York.

Et puis, il y a aussi des étudiants, comme Cynthia Morinville, qui croient que le doctorat en vaut la peine, simplement pour l'expérience, l'exercice intellectuel et les compétences qu'il apporte. 

Le processus du doctorat est extrêmement enrichissant. [...] Pendant cinq ans de ma vie, on me permet de me pencher sur une question. 

Cynthia Morinville, étudiante au doctorat en géographique à l'Université de Toronto.

Selon le professeur en éducation à l'Université d'Ottawa, Joel Westheimer, il faut faire attention d'ailleurs de ne pas considérer le doctorat qu'en termes purement économiques. Il y a des avantages pour notre société démocratique, ajoute-t-il, d'avoir autant de gens hautement éduqués.

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