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Nétanyahou pourfend un éventuel accord sur le nucléaire iranien devant le Congrès américain

Nétanyahou devant le Congrès américain : reportage de Christian Latreille

Dans un discours prononcé devant le Congrès américain sur fond de campagne électorale israélienne, Benyamin Nétanyahou s'est livré à une charge à fond de train contre un accord sur le nucléaire iranien que les membres permanents du Conseil de sécurité de l'ONU et l'Allemagne tentent de conclure avec Téhéran.

« Ça ne bloque pas la route de l'Iran vers la bombe [nucléaire], ça ouvre la voie vers la bombe », a-t-il lancé devant les élus de la Chambre des représentants et du Sénat, qui l'ont souvent applaudi à tout rompre

C'est plus qu'un mauvais accord, c'est un très mauvais accord. Nous sommes mieux sans cela.

Le premier ministre israélien Benyamin Nétanyahou

Selon le premier ministre israélien, l'entente actuellement négociée va « pratiquement garantir » que l'Iran pourra développer l'arme ultime, puisqu'elle fait deux « concessions majeures » à la République islamique :

  • elle laisserait l'infrastructure iranienne en place, plutôt que de la détruire, de sorte que le temps nécessaire à l'Iran pour développer une bombe nucléaire serait « très court ». Ce délai, dit « breakout time », serait de moins d'un an, selon les États-Unis, mais encore moindre, selon l'évaluation d'Israël;
  • elle confierait la supervision du respect de l'entente à des inspecteurs internationaux qui peuvent documenter la situation, mais qui ne peuvent arrêter une reprise du développement, comme cela s'est produit, selon lui, en Corée du Nord.

Selon lui, une entente qui gèlerait le programme nucléaire iranien pour 10 ans, comme l'a évoqué le président américain Barack Obama lundi, permettrait non seulement à l'Iran d'avoir « le meilleur des deux mondes », mais engendrerait, à terme, une véritable « course aux armements dans la région la plus dangereuse du monde ».

Le cas échéant, a-t-il prophétisé, le monde devrait dire adieu à toute velléité de contrôle des armements et se préparer à un « cauchemar nucléaire ».

Pour M. Nétanyahou, toute entente avec le régime dirigé par l'ayatollah Khamenei devrait s'appuyer sur trois exigences :

  • qu'il arrête ses « agressions » contre ses voisins au Moyen-Orient;
  • qu'il cesse de « soutenir le terrorisme » partout dans le monde;
  • qu'il cesse de menacer d'annihiler Israël, « le seul et unique État juif au monde ».

Le premier ministre israélien a aussi soutenu qu'il était faux de dire que la guerre constituerait la seule solution en cas d'échec des discussions. « La solution de rechange devant une mauvaise entente est une bien meilleure entente », a-t-il plaidé.

L'Iran comparé à l'État islamique et aux nazis

Le premier ministre israélien s'est longuement attardé aux actes guerriers attribués à la République islamique - prise d'otages à Téhéran, meurtre de marines à Beyrouth, attentats contre des institutions juives à Buenos Aires, etc. - et a souligné l'influence grandissante de Téhéran au Moyen-Orient.

Le document fondateur des États-Unis promet la vie, la liberté et la poursuite du bonheur. Le document fondateur de l'Iran promet la mort, la tyrannie et la poursuite du djihad.

Benyamin Nétanyahou, premier ministre d'Israël

Il a soutenu que l'Iran a déjà « avalé » quatre pays de la région - l'Irak, la Syrie, Le Liban et le Yémen - et que d'autres suivront si rien n'est fait. Au sujet de l'Irak, où l'Iran est engagé dans la lutte contre le groupe armé l'État islamique, comme les États-Unis, il a lancé aux élus américains : « l'ennemi de votre ennemi est votre ennemi ».

M. Nétanyahou a d'ailleurs renvoyé dos à dos la République islamique et l'État islamique. Selon lui, chacun veut « imposer un empire islamique » sur la région, et « ne font que se disputer sur celui qui régnera sur cet empire ».

Mais alors que l'État islamique se bat avec des couteaux de bouchers et des vidéos diffusés sur YouTube, a-t-il dit, Téhéran dispose de missiles balistiques intercontinentaux susceptibles de transporter des charges nucléaires.

Le plus grand danger auquel notre monde est confronté est le mariage de l'Islam avec les armes nucléaires.

Benyamin Nétanyahou, premier ministre d'Israël

Benyamin Nétanyahou a aussi tracé un parallèle entre l'Iran et le régime nazi. Dans les deux cas, a-t-il dit, la menace à laquelle a été confronté le monde n'était pas un « problème juif », mais un problème mondial.

Des Juifs américains antisionistes du groupe Neturei Karta dénoncent la visite de Benyamin Nétanyahou aux États-Unis.Des Juifs américains antisionistes du groupe Neturei Karta dénoncent la visite de Benyamin Nétanyahou aux États-Unis. Photo : GI / CHRIS KLEPONIS

M. Nétanyahou en était à son troisième discours devant le Congrès; il y avait déjà pris la parole en 1996 et en 2011. Il est devenu le seul dirigeant étranger, avec Winston Churchill, à s'être exprimé à trois reprises dans le temple de la démocratie américaine.

Une quarantaine de représentants et quelques sénateurs démocrates ont cependant boycotté le discours de M. Nétanyahou. Le vice-président Joe Biden, qui est aussi président du Sénat, n'y était pas non plus, puisqu'il effectue une tournée en Amérique centrale.

« Rien de nouveau », dit Obama

En début d'après-midi, le président américain a déclaré à la presse qu'il n'avait pas regardé le discours de M. Nétanyahou, mais qu'il avait lu la transcription. « À ma connaissance, il n'y a rien de neuf », a commenté Barack Obama. « Le premier ministre n'a pas proposé de solutions viables. »

Il a aussi rappelé qu'aucun accord n'avait encore été conclu. « Mais si nous réussissons, ce sera le meilleur accord possible avec l'Iran pour empêcher qu'il se dote d'une arme nucléaire », a-t-il plaidé. À défaut d'une entente, a aussi dit le président, l'Iran accélérerait son programme nucléaire.

C'est important que nous restions concentrés sur ce problème. La question centrale est : comment pouvons-nous les empêcher d'obtenir l'arme nucléaire? Je ne suis pas focalisé sur la politique, le théâtre.

Barack Obama, président des États-Unis

Barack Obama a aussi demandé au Congrès d'attendre qu'une entente soit conclue avant de se prononcer. Il s'engage d'ailleurs à défendre tout projet d'entente devant le Congrès.

Le leader de la majorité républicaine au Sénat, Mitch McConnell, a fait savoir mardi après-midi que la chambre haute du Congrès va débattre d'un projet de loi qui permettrait au Congrès d'étudier l'entente. La Maison-Blanche a déjà fait savoir qu'elle entend apposer son veto à ce projet.

Le président américain a par ailleurs affirmé qu'il était important de « ne pas politiser » la relation entre les États-Unis et Israël.

Le premier ministre Nétanyahou avait lui-même entrepris son discours en disant « regretter » que son allocution devant le Congrès, prononcée à l'invitation des républicains, qui y contrôlent les deux chambres, ait pu être perçue dans une optique partisane. « Ça n'a jamais été mon intention », a-t-il assuré.

Il a aussi pris soin de souligner à quel point il appréciait « tout ce que le président Obama a fait pour Israël », avec divers exemples à l'appui, et en assurant qu'il serait « toujours reconnaissant » pour cet appui. Il a aussi salué les élus américains qui appuient Israël « peu importe le côté de la Chambre où [ils] siègent ».

M. Nétanyahou avait affirmé lundi devant le principal lobby pro-israélien américain, l'AIPAC, que son discours ne visait pas à être « irrespectueux » envers le président américain. Mais dans une entrevue exclusive accordée peu après à Reuters, Barack Obama n'a pas mâché ses mots à son endroit.

Il l'a notamment accusé de s'être trompé sur le bien-fondé de l'accord que le groupe 5+1 (États-Unis, Russie, France, Royaume-Uni, Chine et Allemagne) tente de sceller avec Téhéran, en revenant sur un accord de 2013, en vertu duquel Téhéran a partiellement gelé ses activités nucléaires en échange d'une levée partielle des sanctions.

Nétanyahou devant le Congrès américain : analyse de François Brousseau

Un accord serait bénéfique, insiste Obama

« M. Nétanyahou a fait toutes sortes de déclarations », a critiqué M. Obama. « Cela allait être un très mauvais accord. Cela allait permettre à l'Iran de récupérer 50 milliards de dollars. L'Iran ne respecterait pas l'accord. Rien de cela ne s'est vérifié », a-t-il dénoncé.

Le président américain reconnaît qu'il existe un désaccord avec M. Nétanyahou sur les façons d'empêcher l'Iran de se doter de l'arme nucléaire. Mais selon lui, un accord pourrait être bénéfique, tant pour les États-Unis que pour Israël.

« Si les Iraniens acceptent [les conditions d'un accord], ce sera nettement plus efficace pour contrôler leur programme nucléaire que n'importe quelle opération militaire que nous pourrions entreprendre, n'importe quelle opération militaire qu'Israël pourrait lancer, et beaucoup plus efficace que ne pourront l'être les sanctions », a-t-il déclaré.

« Israël et les États-Unis sont d'accord pour que l'Iran n'ait pas d'armes nucléaires. Mais nous ne sommes pas d'accord sur la meilleure manière de l'empêcher de développer ces armes », avait aussi convenu M. Nétanyahou devant l'AIPAC. Israël estime qu'un accord n'empêcherait en rien Téhéran de se doter à terme de la bombe atomique.

« Si, véritablement, l'Iran accepte de geler son programme là où il en est pendant au moins 10 ans (...), si nous obtenons cela, ainsi que des moyens de le vérifier, aucune autre mesure que nous pourrions prendre ne nous donnera mieux la garantie qu'ils n'ont pas l'arme nucléaire », a aussi dit le président américain à Reuters.

L'objectif des États-Unis, a-t-il poursuivi, est de faire en sorte qu'« il y ait au moins un an entre le moment où nous constatons qu'ils cherchent à se doter d'une arme nucléaire et celui où ils sont en mesure de l'avoir. »

L'Iran dénonce les propos d'Obama

Ces propos ont été qualifiés d'« inacceptables » mardi par le chef de la diplomatie iranienne, qui participe depuis lundi à des discussions sur les capacités nucléaires de son pays avec le secrétaire d'État américain John Kerry à Montreux.

« Il est clair que les positions de M. Obama visent à gagner l'opinion publique et à contrer la propagande du premier ministre [Nétanyahou] et des autres opposants extrémistes aux négociations, en utilisant des termes et des formulations inacceptables et menaçants », a déclaré Mohammad Javad Zarif, à l'agence officielle iranienne Irna.

Cela n'a pas empêché M. Zarif d'avoir une discussion de deux heures avec John Kerry mardi. Ces pourparlers, qui se poursuivront plus tard dans la journée et mercredi, se déroulent en parallèle avec les travaux de négociateurs et d'experts qui continueront leur travail jusqu'à la fin de la semaine.

L'Iran et le groupe 5+1 tentent de sceller avant le 31 mars un accord historique, qui garantirait la nature pacifique du programme iranien, soupçonné de cacher un volet militaire, ce que Téhéran dément.

Le président Obama a assuré lundi que les Iraniens négociaient sérieusement, une information confirmée mardi par le ministre allemand des Affaires étrangères. « J'irais même jusqu'à dire qu'en dix ans de négociations, nous n'avons jamais accompli autant de progrès que nous l'avons fait depuis le début de l'année.

Comprendre la crise nucléaire iranienne
Avec les informations de Agence France-Presse, et Associated Press

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