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Climat aride, printemps arabe?

Une sécheresse record entre 2007 et 2010 dans le nord de la Syrie a entraîné une importante migration de la population rurale vers les villes.

Une sécheresse record entre 2007 et 2010 dans le nord de la Syrie a entraîné une importante migration de la population rurale vers les villes.

Photo : Reuters/Khaled Al-Hariri

Radio-Canada

La sécheresse record qui a détruit le secteur agricole de la Syrie de 2007 à 2010 pourrait avoir contribué au déclenchement de l'insurrection dans ce pays en 2011, selon des chercheurs américains.

Le climat aride dans la principale région agricole dans le nord de la Syrie a forcé les agriculteurs et les éleveurs à émigrer vers les villes, où un amalgame de pauvreté, de mauvaise gestion de l'État syrien et d'autres facteurs ont alimenté la révolte qui a explosé au printemps 2011, expliquent les cinq chercheurs dans leur recherche publiée lundi dans les Compte-rendus de l'Académie américaine des sciences (Proceedings of the National Academy of Sciences, PNAS).

« Nous ne disons pas que la sécheresse est la cause de la guerre, mais qu'elle s'est ajoutée à tous les autres facteurs, contribuant ainsi au conflit », souligne le climatologue Richard Seager, de l'Université Columbia.

« Le réchauffement climatique en cours, résultant des activités humaines, a probablement contribué à la sévérité de la sécheresse dans cette région », ajoute le coauteur de l'étude.

Depuis 1900 la température a augmenté de 1 à 1,2 degré Celsius dans le « croissant fertile », alors que les précipitations ont baissé d'environ 10 %.

Ces tendances correspondent à ce que montrent les modèles sur l'influence des activités humaines sur le réchauffement climatique et ne peuvent pas être attribuées à la variation climatique naturelle, soutiennent les auteurs de cette recherche.

Le réchauffement du climat aurait indirectement affaibli le système des vents qui apportent les pluies de la Méditerranée, ce qui aurait ainsi réduit les précipitations pendant la saison humide, de novembre à avril.

Les températures plus élevées ont ensuite accru l'évaporation de l'humidité des sols durant les étés chauds.

Bien que la région ait connu des sécheresses importantes dans les années 1950, 1980 et 1990, celle de 2006-2010 a été bien pire et plus longue que les précédentes, et ce phénomène ne peut s'expliquer sans le réchauffement climatique, estiment les chercheurs.

Les auteurs de l'étude indiquent que d'autres facteurs ont aggravé la situation en Syrie, dont l'augmentation rapidement de la population, passée de 4 à 22 millions au cours des soixante dernières années.

Les forages illégaux de puits ont également fortement réduit les réserves d'eau souterraines qui auraient pu minimiser les effets de la sécheresse. La production agricole, qui représente le quart du PIB de la Syrie, a alors baissé de plus de 30 %.

Dans les régions les plus durement touchées du nord-est de la Syrie, presque tous les troupeaux ont été abattus et les prix des céréales ont doublé. Jusqu'à 1,5 million de personnes ont quitté les campagnes pour les banlieues des villes, déjà envahies par des réfugiés de la guerre en Irak.

Les chercheurs américains soulignent que l'insurrection a essentiellement commencé dans ces zones où, ajoutent-ils, les déplacés recevaient très peu d'aide de la part du régime de Bachar Al-Assad.

Marshall Burke, expert de l'environnement à l'Université Stanford en Californie qui n'a pas participé à l'étude, indique qu'« il se passait beaucoup de choses dans cette région et dans le monde durant cette période, comme une augmentation des prix alimentaires mondiaux et le début du printemps arabe, des éléments qui pouvaient accroître la probabilité d'une guerre civile en Syrie », mais l'étude va de pair avec « un grand nombre d'indications statistiques liant le changement climatique avec un conflit », ajoute-t-il.

Le conflit syrien a fait au moins 200 000 morts et quelque 10 millions de déplacés.

L'étude de Colin P. Kelley (University of California, Santa Barbara), Shahrzad Mohtadi (School of International and Public Affairs, Columbia University), Mark A. Canec, Richard Seagerc et Yochanan Kushnirc (Lamont–Doherty Earth Observatory, Columbia University) est publiée sur le site web des Proceedings of the National Academy of Sciences (Nouvelle fenêtre)

Avec les informations de Agence France-Presse

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