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Quand des produits toxiques deviennent matières premières

Transformer la boue en métaux précieux : reportage de Vincent Maisonneuve
Radio-Canada

L'entreprise québécoise Orbite travaille à la mise au point d'une technologie qui devrait permettre de transformer des déchets industriels en une occasion d'affaires. 

Un texte de Vincent MaisonneuveTwitterCourriel

Octobre 2010, la rupture d'un réservoir dans une usine d'aluminium en Hongrie déverse une énorme vague de boues rouges. Près d'un million de mètres cubes de ce résidu hautement toxique tiré de la production d'aluminium contaminent un immense territoire, tuant au passage une dizaine de personnes, en plus d'en blesser plus d'une centaine.

En 2014, plus de 30 000 tonnes de cendres volantes, générées par une centrale au charbon, aboutissent dans une rivière de Caroline du Nord. La boue rouge et les cendres volantes sont des déchets hautement toxiques.

« Dans les deux cas, on retrouve des quantités phénoménales entreposées sur la terre », soutient Glenn Kelly, président et chef de la direction d'Orbite. « Dans le cas des boues rouges, on parle de 3 milliards de tonnes, avec 120 millions de tonnes produites chaque année. Dans le cas des cendres volantes, on en produit entre 500 et 600 millions de tonnes par année. »

L'équipe de chercheurs de l'entreprise québécoise a trouvé une façon d'en extraire des éléments de terres rares en forte demande. « Ce qui est bien, explique M. Kelly, c'est que ces deux déchets contiennent encore beaucoup de valeur. On va chercher la valeur et on règle le problème environnemental. »

Comment ça fonctionne?

Les cendres volantes ou la boue rouge sont placées dans un réacteur rempli d'acide chlorhydrique. L'acide digère carrément la matière. « On sépare d'abord ce qui n'est pas soluble, comme par exemple la silice et le titane. » Le procédé permet ensuite d'extraire le fer et l'alumine toujours présents dans les boues rouges.

« L'alumine peut être utilisée pour la production de l'aluminium, nous pouvons la purifier d'avantage et en faire de l'alumine haute pureté », ajoute le président de l'entreprise. L'alumine de haute pureté sert à la fabrication des batteries lithium-ion, utilisées dans les voitures électriques. On l'utilise aussi dans la confection de saphir industrielle.

C'est une matière qui ressemble à de la vitre, mais qui est très difficile à casser et qu'on ne peut pas égratigner. Alors, si on regarde les téléphones intelligents du futur, on va voir, et c'est déjà commencé, des téléphones dont l'écran sera en saphir industriel. Encore là, c'est une application de haute technologie.

Glenn Kelly, président et chef de la direction d'Orbite

Scandium et gallium

La technologie devrait même permettre de récupérer certains éléments de terres rares. « Dans notre cas, nous récupérons beaucoup de scandium et de gallium qui sont utilisés dans les alliages dans les secteurs aéronautiques et militaires. » Le patron d'Orbite soutient qu'à la fin du procédé, 90 % de la matière contenue dans les boues rouges et les cendres volantes est récupérée.

Même l'acide utilisé dans le procédé est recyclé. « On termine avec environ 10 % de la matière. Le résidu est inerte et on peut l'entreposer de façon beaucoup plus sécuritaire que le déchet de départ. »

Si quelques embûches financières ont occasionné certains retards dans le passé, M. Kelly reste confiant pour l'avenir de son projet. Un centre de production d'alumine de haute pureté situé à Cap-Chat, en Gaspésie, entrera bientôt en fonction. L'entreprise compte également développer, d'ici 2018, des prototypes pour traiter les boues rouges et les cendres volantes directement sur les sites où les déchets sont entreposés.

Ce soir à 18 h, regardez la version télévisée du reportage de Vincent Maisonneuve, au Téléjournal, sur ICI Radio-Canada Télé.

L'innovation 100 % québécoise; Une série du Téléjournal Grand Montréal

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