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Témoignages : le calvaire des patients en attente de prothèse articulaire

Julie Bennett attend une intervention chirurgicale depuis 2013
Julie Bennett attend une intervention chirurgicale depuis 2013 Photo: CBC
Radio-Canada

Deux Britanno-Colombiennes atteintes d'arthrose aiguë de la hanche ont décidé de prendre la parole publiquement et de dévoiler une partie de leur intimité pour attirer l'attention sur les souffrances quotidiennes qu'elles endurent. Elles dénoncent des délais d'attente interminables avant de pouvoir recevoir une prothèse. Il faut compter des mois, voire des années avant de pouvoir être opéré en Colombie-Britannique. 

« C'est absolument horrible, je souffre de douleurs en continu chaque jour. Je vois ma vie me filer entre les doigts », raconte Julie Bennett, 55 ans et mère d'une famille de quatre enfants. « Ce n'est plus supportable. Attendre si longtemps dans la souffrance ce n'est pas une vie », enchérit Chiara Borello, 85 ans, qui elle aussi attend son intervention chirurgicale.

Selon Statistique Canada, les temps d'attente ont augmenté ou au mieux stagné partout au pays sur les cinq années. Le gouvernement a plusieurs fois promis de s'attaquer à ce problème, mais aucune mesure concrète n'a encore vu le jour.

« Je suis très en colère. Je ne comprends pas ce qu'il se passe. Ce n'est pas comme s'il s'agissait d'un problème nouveau », dénonce Julie Benett. Comme elle, 3 000 personnes sont en attente d'une nouvelle hanche dans la province.

La mort plutôt que les médicaments

Chiara Borello (gauche) à côté de sa fille RenataChiara Borello (gauche) à côté de sa fille Renata Photo : CBC

Les délais en Colombie-Britannique sont les pires parmi les grandes provinces et le double comparé à l'Ontario. Seule la Saskatchewan fait figure de bon élève grâce à un programme spécial qui lui a permis de réduire considérablement ses délais depuis 2009.

En attente depuis novembre 2013, Julie Bennett risque de devoir patienter jusqu'à début 2016 selon ses médecins. En attendant, elle est dans l'incapacité de travailler ou de se mouvoir sans une puissante dose d'analgésiques narcotiques. « Ma vie est en train d'être détruite. Je perds beaucoup d'argent et je vais finir par ne plus pouvoir travailler du tout », s'inquiète la quinquagénaire de Kamloops. Elle voit aussi l'état de sa deuxième hanche se détériorer par effet de compensation et craint de se retrouver en fauteuil roulant bientôt.

Renata, la fille de Chiara Borello, dénonce un système où les équipes médicales ne prennent aucun recul et ne pensent qu'à traiter les douleurs plutôt que leurs origines. Elle raconte que sa mère, habituellement vive et indépendante, a été admise en psychiatrie pendant plus de deux semaines à cause d'un traitement médicamenteux si fort que l'octogénaire est devenue incohérente et avait des hallucinations. Quant à Chiara, elle dit préférer désormais « la mort à ces poisons » en parlant des traitements.

Les Canadiens trop complaisants ?

Le ministre de la Santé britanno-colombien, Terry Lake, a assuré qu'un comité spécial allait se pencher sur le modèle de la Saskatchewan pour tenter de répondre à ce problème.

Dans un rapport annuel sur le sujet, l'institut Fraser, seul organisme à collecter des données sur les temps d'attente depuis plus de vingt ans, explique qu'avec le temps, les Canadiens finissent par accepter l'inacceptable. Ils sont, selon l'auteur du rapport, Bacchus Barua, « complaisants envers les autorités, car ils pensent, à tort, que ces listes d'attente sont le prix à payer pour notre système de santé universel. » Le Canada a les moyens de ne plus compter parmi les pires pays occidentaux en la matière, conclut-il.

D'après un reportage Go Public de Kathy Tomlinson

Colombie-Britannique et Yukon

Santé