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Réforme de la santé en Ontario : quelles leçons pour le Québec?

Photo: Radio-Canada

Urgences moins engorgées, temps d'attente en baisse pour plusieurs interventions chirurgicales, dossiers médicaux électroniques et meilleur accès aux médecins de famille. Quelles leçons le Québec peut-il tirer de la réforme en santé amorcée il y a 10 ans en Ontario?

Un texte de Christian NoëlTwitterCourriel

Un lendemain de tempête à Rivière-des-Français, à 330 km au nord de Toronto. Olga Beaulieu déneige son entrée. « Quand il y a de la glace, ben c'est plus difficile, et ça fait mal au dos après ». À 71 ans, elle souffre de douleurs chroniques en raison d'une vieille blessure.

« Des fois je suis penchée en deux sur la pelle, obligée de rentrer à quatre pattes dans la maison ». Mais pas question d'aller à l'urgence. « Ça me donnerait quoi? On va à l'urgence quand c'est une urgence. Ce n'est pas une urgence que j'ai, c'est chronique mon affaire ».

Olga BeaulieuOlga Beaulieu Photo : Radio-Canada/Christian Noël

Pour le gouvernement ontarien, Olga est une patiente modèle. Elle évite l'urgence à tout prix et préfère plutôt se rendre à sa clinique locale.

Un des aspects cruciaux de la réforme ontarienne a été d'éliminer l'hôpital comme porte d'entrée du système de santé.

Gilles Levasseur, professeur à l'Université d'Ottawa

La solution pour désengorger les urgences, ce n'est pas d'y mettre plus de médecins. C'est d'y avoir moins de patients. « L'Ontario a incité les patients à se rendre dans les cliniques privées ou chez les médecins de famille. L'urgence est là pour les cas critiques seulement. Ça ne doit pas servir de moyen pour aller chercher une prescription pour des antibiotiques, sinon, on brise le concept de l'urgence. »

Mais encore faut-il que les médecins de famille soient accessibles.

« Mon temps d'attente, c'est zéro! »

« Quel temps d'attente? Il n'y en a plus de temps d'attente! », lance en souriant la médecin Michelle Greiver, de Toronto. Si un patient l'appelle le matin pour un mal de tête qui dure depuis trois jours? « Je peux le voir la même journée, cet après-midi. »

L'équipe de santé familiale dont elle fait partie regroupe quatre médecins et un infirmier. Tous travaillent en étroite collaboration. « Quand le patient arrive, c'est souvent l'infirmier qui s'occupe du début de la consultation, de prendre les signes vitaux, etc. Comme je délègue beaucoup les cas de routine, j'ai plus de temps durant la journée pour les patients avec des maladies chroniques, ou pour les urgences. »

Les premières équipes de médecine familiale ont vu le jour il y a 10 ans en Ontario. Aujourd'hui, la province en compte 184, qui servent plus de 200 communautés. Résultat : un meilleur accès pour le patient.

L'Ontario compte moins d'omnipraticiens par habitant que le Québec.

Omnipraticiens par 100 000 habitants

  • Québec : 116
  • Ontario : 103

Source : Institut canadien d'information sur la santé

Mais il y a plus d'Ontariens qui ont accès à un médecin de famille

Pourcentage de la population ayant accès à un médecin de famille

  • Québec : 75 %
  • Ontario : 95 %

Source : ministères de la Santé et Institut canadien d'information sur la santé

La carotte au lieu du bâton

En Ontario, les omnipraticiens n'ont pas de quotas à remplir et ne sont pas obligés de travailler en milieu hospitalier, comme au Québec. Le gouvernement ontarien leur offre plutôt des incitatifs financiers. Les 3000 médecins regroupés en équipes familiales sont forcés de collaborer, parce qu'ils ne sont pas payés à l'acte, mais aux résultats.

Le gouvernement leur verse un montant annuel fixe pour chaque patient inscrit à la clinique, en fonction de son âge. Des primes s'ajoutent pour les cas médicaux complexes et les efforts de prévention.

Cependant, il y a quand même des obligations à remplir, ajoute Michelle Greiver.

Au moins un des médecins de mon équipe doit travailler trois soirs par semaine et être disponible un jour pendant le week-end. Je préférerais ne pas le faire, mais c'est dans le contrat pour faire partie d'une telle équipe.

La Dre Michelle Greiver

L'urgence désengorgée

Le pari du gouvernement ontarien : quand un patient a accès à un médecin de famille, le soir ou les fins de semaine, il va moins à l'urgence. Et ça semble fonctionner. Pour obtenir des soins primaires, les Ontariens vont à l'urgence deux fois moins souvent que les Québécois.

Soins de santé primaire

De plus, pour aider à désengorger les salles d'opération des hôpitaux, et donc accélérer la disponibilité des lits d'hôpitaux, l'Ontario a décidé de confier un grand nombre de chirurgies électives au secteur privé.

null Photo : Radio-Canada/Christian Noël

L'Institut oculaire Kensington, de Toronto, se spécialise dans la chirurgie de la cataracte, de la cornée et de la rétine. Trois types de chirurgies, quatre salles d'opération, 60 patients par jours.

Le chirurgien Sherrif El-Defrawy fait 15 opérations par jour, à la chaîne. Tout est organisé pour un maximum d'efficacité. De la pré-opération à la post-opération, le patient passe en moyenne 90 minutes à la clinique.

« Ça coûte moins cher qu'en milieu hospitalier », explique le docteur El-Defrawy. « Souvent, les salles d'opération des hôpitaux font plusieurs types de chirurgies différentes. Ça complique les choses, parce que l'équipement est différent, le personnel et la préparation aussi. Dans une clinique comme la nôtre, on ne fait qu'une chose, mais on le fait bien et rapidement. Ça nous permet d'être plus efficaces et de générer des économies. »

null Photo : Radio-Canada/Christian Noël

L'Ontario compte 16 cliniques privées du genre, pour les chirurgies de la cataracte, de la hanche ou du genou. Ce sont des organismes sans but lucratif et la procédure est entièrement payée par le gouvernement. Le patient ne débourse pas un sou pour les services de base. Mais s'il veut des extra, comme une prothèse de qualité supérieure, il doit payer de sa poche.

Résultat : en 2005, un patient attendait trois ans pour une chirurgie de la cataracte. Aujourd'hui, l'attente est de six mois.

Aussi des pépins

Cependant, il ne faut pas croire que la réforme médicale en Ontario s'est déroulée sans pépin.

  • Les dossiers médicaux électroniques ont coûté des milliards de dollars et généré des dépassements de coûts énormes.
  • Certains médecins de famille ont abusé des incitatifs offerts par la province.
  • Les listes d'attente sont encore longues pour les chirurgies moins rentables.
  • Et surtout, la chasse aux médecins de famille n'est pas complètement résolue, en particulier dans les régions loin des grands centres.

C'est le cas pour Mélissa Noitin, qui vit à Rivière-des-Français. Elle a cherché un médecin de famille pendant neuf ans. Ce n'est pas une situation idéale pour une mère de trois enfants, âgée de 40 ans.

Je suis diabétique. J'ai besoin d'un suivi constant. Sans médecin de famille, j'allais dans une clinique sans rendez-vous à Sudbury, à 45 minutes de route. Là-bas, il fallait que j'attende trois heures pour voir un médecin. Et là il me disait qu'il fallait que je revienne demain pour des prises de sang, parce que le laboratoire venait de fermer.

Mélissa Noitin

L'attente était tellement longue, qu'elle décidait parfois de sauter des rendez-vous, malgré les possibles conséquences sur sa santé. « Comme diabétique, il faut que je surveille mon sang, mon sucre, mes pieds. Mais attendre cinq heures pour une consultation de 10 minutes, ça ne valait même pas la peine. »

Après neuf ans, elle a cessé de se chercher un médecin de famille. Parce qu'elle a trouvé une solution de rechange.

Infirmières praticiennes

Mélissa fréquente maintenant la même clinique qu'Olga, notre pelleteuse du début. Celle qui les soigne, c'est l'infirmière Valérie Violette. Mais pas n'importe quelle infirmière. Une « super infirmière ».

Ce sont les infirmières praticiennes qui gèrent la clinique au quotidien. Un médecin-collaborateur visite la clinique une fois par semaine, pour traiter les cas complexes.

« Ici on est complètement autonome. Ce sont nos patients, ils nous sont assignés, c'est nous qui commandons les tests de sang, certaines radiographies. Le résultat revient à nous, on le regarde, on le signe, on revoit le patient pour lui donner ses résultats, on fait les suivis, les diagnostics », souligne Valérie Violette.

L'Ontario est à l'avant-garde dans ce domaine. On compte maintenant 26 cliniques gérées par des « super infirmières », et plus de 2200 infirmières praticiennes diplômées partout dans la province.

L'infirmière praticienne Valérie VioletteL'infirmière praticienne Valérie Violette Photo : Radio-Canada/Christian Noël

Les otites, les grippes et les maladies chroniques qui sont stables, c'est simple, c'est routinier. Les infirmières praticiennes peuvent faire ce travail. Ça libère le médecin pour les gros cas, de gestion de la douleur, de prescription de narcotiques, de maladie mentale, de déficit neurologique. Des patients où il faut pousser la médecine plus loin.

Valérie Violette, infirmière praticienne

Olga Beaulieu est charmée. « Valérie prend le temps de m'écouter. Tandis que quand j'allais voir mon médecin, c'était la prise de sang, vite, vite, et bye! On te revoit dans un an. » L'an dernier, Olga a quitté son médecin de famille pour s'inscrire à la clinique d'infirmières praticiennes.

« Je sais que je vais avoir de l'aide. Et elle m'a assuré que ce n'était rien de fatal et que je vais être capable de continuer une vie normale en forme quand même. C'est important, parce que j'ai l'intention de me rendre à 100 ans en santé! »

Alors qu'une réforme du système de santé se prépare au Québec, quel serait le meilleur moyen de maximiser l'efficacité des ressources? Faites-nous part de vos commentaires ci-dessous!

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