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Les propos du maire de Fredericton sur la dualité linguistique soulèvent un tollé

Brad Woodside

Le maire de Fredericton, Brad Woodside

Photo : CBC

Radio-Canada
Prenez note que cet article publié en 2015 pourrait contenir des informations qui ne sont plus à jour.

Le maire de la capitale du Nouveau-Brunswick, Brad Woodside, a semé la controverse sur les médias sociaux, jeudi soir, en proposant d'abolir la dualité linguistique en Santé et en Éducation dans la seule province canadienne officiellement bilingue. 

Dans son message Twitter à l'origine du débat, le maire de Fredericton dit comprendre le bilinguisme officiel, soit l'offre complète des services aux citoyens en anglais et en français. Or, il qualifie la dualité d'insensée. La dualité dans les domaines de la santé et de l'éducation permet aux deux communautés de langues officielles du Nouveau-Brunswick de gérer leurs institutions.

Dans une entrevue accordée vendredi matin à Radio-Canada, M. Woodside a expliqué que le gouvernement cherche à réduire ses dépenses et que « tout est sur la table ». Selon lui, la dualité devrait aussi être « sur la table ». Il a précisé qu'il ne parlait pas de bilinguisme. Il a remis en question l'existence de deux administrations en éducation, par exemple. Selon lui, l'abandon de la dualité entraînerait des économies.

Or, il a plus tard adouci ses propos. Dans de nouveaux messages Twitter diffusés vendredi après-midi, M. Woodside ajoute qu'il est réceptif au dialogue, à la discussion et à l'information sur la dualité. Il souligne que ses commentaires n'avaient rien à voir avec la Fédération canadienne des municipalités, dont il est le président.

Puis, en fin d'après-midi, M. Woodside a déclaré sur Twitter qu'il rétractait ses propos après avoir entendu le premier ministre Brian Gallant dire que la dualité n'est pas sur la table. « J'ai eu réponse à ma question. Fin de l'histoire », a-t-il écrit. 

Déclaration du Maire Brad Woodside, maire de Fredericton:

« Je trouve regrettable qu'une conversation sur les médias sociaux ait été interprétée comme le reflet de la position de la Fédération canadienne des municipalités (FCM). Même si je suis président du Conseil d'administration de la FCM, je tiens à affirmer à tous que mon interrogation concernant la dualité des services au Nouveau-Brunswick ne reflète en aucune façon la position de la FCM. La FCM n'a pas été consultée à ce sujet et jamais elle ne remettrait en question quelconque mesure assurant les droits fondamentaux des résidents de langue française du Nouveau-Brunswick.

Je saisis cette opportunité pour préciser que je suis un partisan du bilinguisme et des droits linguistiques des francophones au Nouveau-Brunswick. J'ai moi-même plaidé et soutenu plusieurs mesures qui ont permis d'élargir la capacité de la FCM à accorder une plus grande place au français et aux municipalités francophones. »

L'Association des enseignantes et des enseignants francophones du Nouveau-Brunswick lui a proposé de lui envoyer de la documentation sur le sujet. M. Woodside a répondu en disant « merci ».

Pas question de toucher à la dualité, selon le gouvernement

Le ministre de l'Éducation du Nouveau-Brunswick, Serge Rousselle, rappelle qu'il n'est pas question de revenir sur la dualité linguistique ni sur le bilinguisme. Le ministre réagit au débat lancé par le premier message de M. Woodside sur Twitter.

Le message Twitter du maire a suscité quelques centaines de commentaires dans le média social. Plusieurs internautes anglophones lui ont donné leur appui. L'un d'eux, Steve Ramsay, dit qu'il se réjouit de voir une personnalité publique prendre cette position. Selon lui, la dualité est une perte totale d'argent.

Brad Woodside

  • Né à Fredericton le 9 octobre 1948
  • Élu pour la première fois au conseil municipal de Fredericton en 1981
  • Président de la Fédération canadienne des municipalités depuis 2014
  • Maire de Fredericton depuis 1986 (avec une pause de 1999 à 2004)

Onde de choc en Acadie

Les commentaires ont fait bondir plusieurs francophones, dont la présidente de la Société de l'Acadie du Nouveau-Brunswick, Jeanne d'Arc Gaudet, qui se porte à la défense de la dualité.

« C'est un droit acquis dans la Constitution canadienne, un droit qui n'est pas négociable. Nous avons également une institution homogène en santé qui nous distingue. Remettre en question ces droits et acquis, c'est remettre en question le fondement même de notre pays et de nos deux communautés linguistiques officielles », a déclaré Mme Gaudet.

Raphaël Moore, président du comité organisateur des Jeux de l'Acadie de 2017 à Fredericton, estime que les propos du maire sont décevants, mais il ne remet pas en question la tenue de l'événement.

« Ça détruit un peu l'atmosphère, l'enthousiasme qu'on pouvait avoir versus certaines collaborations qu'on a avec la ville. C'est dommage parce qu'on travaille très bien avec ces gens-là, avec les fonctionnaires de la Ville de Fredericton, avec le conseil municipal. [...] On se prépare à signer notre entente de collaboration formelle avec la Société des jeux, puis je ne suis pas certain aujourd'hui si j'ai envie d'être à côté du maire Woodside pour ces raisons-là », indique Raphaël Moore.

Le maire d'Edmundston, Cyrille Simard, n'en revient pas que des acquis soient encore remis en question en 2015.

« La crainte, c'est qu'à chaque fois qu'un gouvernement veut parler d'efficience au Nouveau-Brunswick, on ramène sur le tapis la dualité. On s'aperçoit rapidement que dans un débat comme celui-là, une très large part des gens qui sont contre la dualité, contre le bilinguisme, contre les francophones, ne comprennent pas ce qu'est la dualité. Pour eux, dualité c'est duplication. On ne parle pas d'aménagement administratif. On parle d'une question de droit. La question des droits est fondamentale, et c'est là-dessus qu'on base une société », affirme Cyrille Simard.

« J'étais justement à Montréal en train de faire du recrutement auprès de médecins. On parlait de Fredericton, de tout ce qu'on avait à offrir et de nos deux communautés. Quand j'ai lu le tweet du maire, j'étais content d'être assis. J'étais vraiment déçu de le lire. »

— Une citation de  Thierry Arseneau, directeur du centre communautaire Sainte-Anne, à Fredericton

Le maire de Dieppe, Yvon Lapierre, juge que les propos de son homologue de Fredericton sont particulièrement irritants parce que ce dernier est le président de la Fédération canadienne des municipalités. Il menace de ne pas aller au prochain congrès annuel de l'organisme en guise de protestation.

« J'ai trouvé très regrettable de voir le maire Woodside comme président de la Fédération canadienne des municipalités. Il aura beau dire que peut-être il ne parlait pas dans ce rôle-là, mais peu importe [...] Si on n'a pas d'excuse de la part du maire Woodside et de la Fédération canadienne des municipalités, mon billet pour Edmonton va s'annuler assez rapidement. »

— Une citation de  Yvon Lapierre, maire de Dieppe

Frédérick Dion, de l'Association francophone des municipalités du Nouveau-Brunswick, exprime aussi un souhait par l'entremise de Twitter.

« Le système de dualité au Nouveau-Brunswick, c'est pour moi une question d'égalité. Égalité entre les deux groupes linguistiques, entre les Acadiens et les anglophones. C'est fondamental dans le contexte du Nouveau-Brunswick pour une société juste », estime le chef du Parti vert, David Coon.

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