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Tous les chemins peuvent mener au djihad

Des djihadistes tiennent une intersection en préiphérie de Kobané.

Des djihadistes tiennent une intersection en préiphérie de Kobané.

Photo : Stringer . / Reuters

Radio-Canada
Prenez note que cet article publié en 2015 pourrait contenir des informations qui ne sont plus à jour.

Qu'est-ce qui peut donc pousser un jeune Canadien, au comportement apparemment irréprochable, à prendre le chemin du djihad? La question, qui obnubile autorités policières et experts, demeure sans réponse tant il est difficile de dresser le portrait exact du jeune candidat à la radicalisation.

Un texte de Ahmed KouaouTwitterCourriel

Les experts en matière de sécurité et de terrorisme en conviennent : tous les chemins peuvent conduire à l'extrémisme et à son expression violente, le terrorisme. Dès lors, note Benjamin Ducol, chercheur postdoctorant au Centre international de criminologie comparée de l'Université de Montréal, il ne faut pas s'étonner d'apprendre que de jeunes Québécois aient répondu aux appels du groupe armé État islamique, à l'instar de Français et autres Britanniques qui grossissent les rangs des djihadistes.

« Le point commun qu'on peut avoir entre ces individus, c'est qu'ils sont soit dans des phases de transition – d'adolescent à adulte - soit dans des phases de vulnérabilité personnelle, c'est-à-dire des moments dans lesquels des individus vont se chercher dans la vie », explique M. Ducol. Et c'est à ce moment-là, ajoute-t-il, que se fait la rencontre entre la vulnérabilité et le discours djihadiste, qui canalise la colère et offre des exutoires à toutes sortes de frustrations.

Contrairement aux idées largement répandues qui tendent à circonscrire le recrutement djihadiste dans les milieux pauvres et marginalisés, Benjamin Ducol observe que le phénomène est plus complexe. Il se demande du reste « pourquoi des individus qui ont des background extrêmement différents – on a des gens qui sont pauvres, on a des gens qui sont plus riches, des gens qui sont très éduqués avec des diplômes universitaires, d'autres qui le sont beaucoup moins, qui sont des décrocheurs scolaires - mordent quand même à l'hameçon du discours djihadiste qui leur est proposé? »

Il fait remarquer que le phénomène est comparable à celui des sectes à propos desquelles on a longtemps pensé qu'elles n'avaient que des pauvres et autres faibles d'esprit comme adeptes, avant de s'apercevoir qu'elles ratissaient large dans l'ensemble de la population.

Il y a mille et une raisons qui permettent d'expliquer pourquoi un individu va être plus vulnérable à un moment qu'un autre. Il y a des gens pour qui cette vulnérabilité provient d'un accident de la vie, du chômage, du fait d'avoir été marginalisé, etc. Donc, il n'y pas d'explication [préétablie] pour expliquer pourquoi des gens s'engagent dans le djihadisme. 

Une citation de :Benjamin Ducol
Notre dossier

Du rôle d'Internet et des médias sociaux

Même s'il reconnaît le rôle d'Internet dans le processus de radicalisation, le chercheur relativise sa portée.  « On présente souvent des parcours de radicalisation à travers Internet », dit-il en citant le tout récent exemple d'une Canadienne partie en Syrie à la suite d'un cours en ligne. « Mais quand on creuse un peu plus, souvent on découvre que oui, il y a Internet , mais il y a des éléments concrets dans la réalité, dans l'entourage, des individus qui permettent d'expliquer encore un peu plus la radicalisation. »

« Pour que des individus soient sensibles à ce discours, il faut qu'ils en aient une connaissance dans un premier temps. Et pour tomber sur des sites djihadistes – aujourd'hui c'est beaucoup plus facile avec les médias sociaux –, il faut quand même que l'individu ait une appétence particulière pour ces contenus. La plupart du temps, quand on regarde des cas précis, cette appétence, elle n'est pas venue toute seule », souligne M. Ducol.

Benjamin DucolAgrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Benjamin Ducol

Photo :  Centre international de criminologie comparée

C'est, poursuit notre spécialiste, « un cheminement sur plusieurs mois, voire plusieurs années, au travers duquel l'individu va s'interroger, se poser des questions sur ce qui se passe en Syrie, sur la lecture des évènements, etc. Il va parfois aller chercher des informations sur Internet, va les confronter un peu avec ce qui se fait et va parfois être accompagné dans ce processus par des figures qui vont le pousser un peu plus en avant dans la radicalisation. Et très souvent, c'est difficile de savoir qui sont ces figures-là. »

Effectivement, Internet joue un rôle, mais très souvent, on a des figures qui sont des leaders charismatiques, des prédicateurs autoproclamés, qui peuvent avoir une influence extrêmement importante et qui agissent en complément d'Internet.

Une citation de :Benjamin Ducol

Peu de ressources pour les familles

Le père d'un des jeunes collégiens qui seraient allés en Syrie affirme avoir surveillé étroitement son fils, allant jusqu'à visiter le centre où il étudiait le Coran et la langue arabe.

Mais Benjamin Ducol estime qu'il n'est pas possible de surveiller un adolescent 24 heures sur 24. Il relève aussi que les familles n'ont pas beaucoup de ressources pour empêcher la radicalisation de leur enfant et quand elles sollicitent la police, il est souvent trop tard.

Il faudrait que les familles puissent avoir des ressources avant, au moment où elles ont des doutes, des questionnements, s'interrogent sur ce qui est en train d'arriver. Qu'elles soient en mesure de contacter des ressources du côté des travailleurs sociaux, des gens qui sont formés à traiter ces problématiques pour finalement qu'on n'arrive pas au bout du chemin.

Une citation de :Benjamin Ducol

Pourquoi se radicaliser? Reportage de Louis Blouin

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