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Yves Bolduc quitte la vie politique

Yves Bolduc démissionne : reportage de Martine Biron et analyse de Sébastien Bovet
Radio-Canada

Le ministre de l'Éducation, du Loisir et du Sport du Québec, Yves Bolduc, quitte la vie politique pour retourner à la pratique médicale. Il en a fait l'annonce lors d'une déclaration faite à la sortie du caucus libéral, jeudi matin, aux côtés du premier ministre, Philippe Couillard.

« Compte tenu de tout ce qui se passe autour en termes d'événements et de nouvelles, j'ai tout simplement pris la décision de retourner à la pratique médicale, ce que j'adore », a-t-il déclaré, après avoir assuré qu'il s'agissait pour lui d'une « décision personnelle ».

Yves Bolduc était également ministre de l'Enseignement supérieur, de la Recherche et de la Science et ministre responsable de la région de la Côte-Nord. Il présidait en outre le comité ministériel du développement social, éducatif et culturel.

Le premier ministre Couillard a confirmé du coup qu'il procéderait à un « ajustement » de la composition du Conseil des ministres, ajustements dont il révélera les tenants et aboutissants vendredi. 

Le premier ministre Couillard s'adressera aux médias à 10 h, aujourd'hui, pour annoncer des changements au Conseil des ministres et fort possiblement le nom du prochain ministre de l'Éducation.

Philippe Couillard devra aussi déclencher d'ici peu une élection partielle dans la circonscription de Jean-Talon, que M. Bolduc représentait à l'Assemblée nationale depuis septembre 2008.

La démission du ministre Bolduc survient alors que les rumeurs d'un remaniement ministériel circulaient depuis plusieurs jours à l'Assemblée nationale. Le premier ministre Couillard avait refusé mercredi de confirmer ces rumeurs, mais il n'a rien fait pour les dissiper non plus.

Pour la deuxième fois en deux jours, il avait d'ailleurs refusé de dire s'il faisait toujours confiance à M. Bolduc. « J'ai confiance en toute mon équipe et je n'irai pas plus loin. Je ne commente pas les rumeurs », s'était-il borné à dire devant les questions insistantes des journalistes.

Yves Bolduc empochera une allocation de transition, tel que prévu par la Loi sur les conditions de travail et le régime de retraite des membres de l'Assemblée nationale. Il touchera environ 150 000 $.

Bolduc salué par ses collègues

Le premier ministre Couillard a tenu à saluer le travail d'Yves Bolduc « au nom de la population ». Il a affirmé qu'il s'agissait d'une « journée douloureuse et triste » pour son gouvernement, mais « d'une bonne nouvelle pour plusieurs patients », puisque M. Bolduc est un « excellent médecin ».

J'ai accepté la décision de mon ami, de mon collègue Yves, celui que j'ai amené en politique en 2008, alors que moi je quittais le ministère de la Santé, dont il a pris les rênes par la suite. Je pense que c'est une décision qui de toute évidence est sereine pour lui. J'ai été frappé par ça ce matin.

Philippe Couillard, premier ministre du Québec

MM. Bolduc et Couillard se sont donné une accolade après cette déclaration. Les deux hommes ont refusé de répondre aux questions des journalistes.

Plusieurs ministres cachaient mal leur émotion à la sortie du caucus libéral. Sam Hamad a affirmé qu'Yves Bolduc était un « gars d'équipe », qui avait « voulu servir le Québec », et que son départ constitue « une perte » pour le gouvernement. 

« Il a beaucoup donné, et avec beaucoup de fair-play » a commenté le ministre de la Santé, Gaétan Barrette. « C'est beaucoup de temps. C'est beaucoup, affectivement, d'attaques. On ne peut pas nier que ça puisse toucher un politicien personnellement ces situations-là, c'est clair. »

« On l'aime beaucoup », a ajouté la ministre de la Justice, Kathleen Weil, qui a évoqué un politicien « toujours à l'écoute [...], très dévoué, qu'on apprécie tous ».

« Un bouc émissaire pour les mauvaises décisions de son gouvernement », selon Ahmir Khadir

Pour le député de Québec solidaire, au-delà des impairs qu'il a commis, Yves Bolduc est avant tout victime de la grogne populaire qu'a provoquée une série de décisions controversées de son gouvernement, notamment en matière d'austérité. 

Pour Ahmir Khadir, Yves Bolduc, qui retourne à la médecine, devrait quitter la politique de façon honorable en refusant d'empocher l'allocation de transition de 150 000 $ que reçoivent les membres de l'Assemblée nationale lorsqu'ils quittent leurs fonctions. Selon M. Khadir, M. Bolduc n'a financièrement pas besoin de cette allocation.

Surprise à la  FNEEQ

La présidente de la Fédération nationale des enseignantes et enseignants du Québec, Caroline Senneville, a dit être davantage surprise par le moment de la démission que par la démission elle-même. Elle a rappelé « l'accumulation de faux pas » et les déclarations douteuses » d'Yves Bolduc. « On savait que ce n'était pas un ministre sur lequel le gouvernement pouvait s'appuyer », a-t-elle commenté.

Dans un communiqué, la Fédération des commissions scolaires du Québec a souligné « la disponibilité et l'ouverture » dont a fait preuve Yves Bolduc comme ministre de l'Éducation.

La démission d'Yves Bolduc soulève aussi de nombreuses réactions  au Saguenay-Lac-Saint-Jean, où il a pratiqué la médecine pendant plusieurs années, ainsi que sur la Côte-Nord, région dont il était responsable au Cabinet.

Sept ministres de l'Éducation en 10 ans

Le prochain ministre de l'Éducation du Québec sera le septième à occuper ce poste au cours des 10 dernières années. Depuis février 2005, Pierre Reid, Jean-Marc Fournier, Michelle Courchesne (à deux reprises), Line Beauchamp, Marie Malavoy et Yves Bolduc ont tour à tour dirigé le Ministère.

Des controverses qui ont touché Yves Bolduc

Depuis qu'il a été nommé ministre de l'Éducation, le 23 avril 2014, Yves Bolduc a été impliqué dans plusieurs controverses.

En juillet, il s'est retrouvé au coeur d'une première tempête lorsqu'il a été révélé qu'à titre de médecin, il avait reçu des primes totalisant 215 000 $, pendant qu'il siégeait dans l'opposition, pour prendre en charge des patients qu'il avait ensuite abandonnés lorsqu'il est redevenu ministre.

Après plusieurs jours de controverses, il s'est résolu à rembourser les sommes que lui a réclamées la Régie de l'assurance maladie du Québec et à verser une somme équivalente à un organisme de bienfaisance.

En août, il s'est à nouveau mis dans l'embarras en déclarant au quotidien Le Devoir que les bibliothèques des écoles étaient bien garnies et que les commissions scolaires pouvaient choisir de couper dans l'achat de livres pour faire face aux compressions qui touchent le milieu de l'éducation. Il s'est excusé peu après.

« Il n'y a pas un enfant qui va mourir de ça et qui va s'empêcher de lire, parce qu'il existe déjà des livres » dans les bibliothèques, avait affirmé Yves Bolduc. « J'aime mieux [que les commissions scolaires] achètent moins de livres. Nos bibliothèques sont déjà bien équipées. »

La semaine dernière, il a fait les manchettes une fois de plus après avoir affirmé que les écoles pouvaient fouiller des élèves à nu, pourvu que ce soit fait de manière « respectueuse ». Devant la controverse, il a déclaré le lendemain qu'il était « préoccupé » par la situation et annonçait une enquête.

Dans la foulée de cette affaire, Philippe Couillard a défendu à ses ministres de parler aux journalistes avant d'avoir été dûment conseillés.

Après une trentaine d'années dans le réseau de la santé, à la fois comme médecin et comme administrateur, Yves Bolduc a fait son entrée en politique en juin 2008, lorsqu'il a été nommé ministre de la Santé par le premier ministre Jean Charest avant même d'avoir été élu. Il succédait alors à Philippe Couillard, qui avait démissionné.

M. Bolduc a été élu député de Jean-Talon à la faveur d'une élection partielle moins de trois mois plus tard. Il a été réélu lors d'une élection générale en décembre 2008, puis à nouveau en septembre 2012 et en avril 2014.

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