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De jeunes Québécois soupçonnés d'avoir rejoint des djihadistes en Syrie

Le recrutement pour le djihad se fait désormais sur les réseaux sociaux.

Photo : iStock

Radio-Canada

Six jeunes Québécois originaires de Laval et de Montréal ont quitté le pays à la mi- janvier et ils pourraient avoir rejoint des djihadistes en Syrie en passant par la Turquie. Il s'agit de quatre hommes et deux femmes, âgés de 18 et 19 ans. Ils sont partis sur des vols différents.

Le Service de police de la Ville de Montréal (SPVM) a été averti de la disparition de certains d'entre eux dans les jours qui ont suivi et transféré le dossier à la Gendarmerie royale du Canada (GRC). 

Le SPVM ne veut rien confirmer pour l'instant, pas plus que la GRC ou le Service canadien du renseignement de sécurité (SCRS).

Des étudiants du Collège de Maisonneuve

Quatre de ces jeunes ont fréquenté le Collège de Maisonneuve, dans l'est de Montréal, l'automne dernier. C'est par un journaliste que la direction a appris que des étudiants avaient vraisemblablement été endoctrinés et qu'ils avaient pris la décision de quitter le Canada. 

« Nous l'avons appris la semaine dernière. Il y a un journaliste qui nous a approchés en disant qu'il y avait une rumeur à l'effet que des étudiants auraient quitté », a précisé la directrice des affaires corporatives et des communications du cégep, Brigitte Desjardins.

Après l'incrédulité et le choc, le Collège a demandé à son personnel proche des élèves d'être plus attentif et de « changer de lunettes d'observation ». Ces derniers ont alors rapporté que des étudiants parlaient de la même rumeur.

Mme Desjardins a expliqué que le Collège a alors alerté les autorités policières : « C'est beaucoup plus grand que nous, que le Collège, il faut absolument se référer à des gens qui connaissent cette situation et qui pourront nous aider ».

La directrice des communications du Collège de Maisonneuve, Brigitte DesjardinsAgrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

La directrice des communications du Collège de Maisonneuve, Brigitte Desjardins

Photo : Radio-Canada

Mme Desjardins affirme que le Collège de Maisonneuve maintient le dialogue avec sa communauté étudiante pour faire en sorte que les jeunes ne subissent plus ces mauvaises influences. Grâce à leur expertise, les enseignants contribuent également à expliquer aux jeunes d'où peut venir cette influence-là et à leur permettre d'exercer leur esprit critique.

« C'est plus facile pour nous, en tant que maison d'éducation, de les sensibiliser afin d'empêcher que d'autres partent », ajoute Mme Desjardins.

Dans le fond, les étudiants partent avec un idéal, en s'imaginant qu'ils vont aller sauver le monde et ils s'en vont ailleurs pour faire ça. Alors, ça ne se passe pas ici. Cet endoctrinement fait en sorte que ces jeunes quittent pour aller faire autre chose, ailleurs.

Brigitte Desjardins, directrice des affaires corporatives et des communications du Collège de Maisonneuve

Brigitte Desjardins soutient qu'aucun indice n'a permis à la direction du cégep de voir venir cette menace. « On ne les connaît pas ces jeunes-là, personne ne nous a alertés, on a été aussi surpris que l'ensemble des gens », dit-elle. Elle explique que les cégépiens étant de jeunes adultes, ils peuvent s'absenter pour toutes sortes de raisons : maladie, décrochage, etc.

Au moins un des jeunes disparus aurait suivi des cours offerts au Collège dans des locaux loués par l'École des compagnons, liée au Centre communautaire islamique de l'Est de Montréal d'Adil Charkaoui, selon ce qu'a appris Radio-Canada.

« Nous avons prévenu M. Charkaoui, qui est le signataire de notre contrat, du fait que nous avons suspendu temporairement notre relation contractuelle avec lui », a expliqué Mme Desjardins en conférence de presse.

Anne-Marie Dussault reçoit Brigitte Desjardins, directrice des communications du Collège Maisonneuve, Stéphane Godbout, directeur général du Collège Rosemont, et Jean Beauchesne, président de la Fédération des cégeps.

Nombreux appels à la vigilance

La nouvelle que de jeunes Québécois s'étaient radicalisés au point de partir pour l'étranger a suscité des réactions aux niveaux municipal et provincial.

À l'Assemblée nationale, la ministre de la Sécurité publique, Lise Thériault, a indiqué qu'il était important de déceler les comportements suivants :

« Une personne qui est sociable et qui devient soudainement renfermée, qui change de centres d'intérêt, quelqu'un qui coupe les liens avec sa famille et ses amis de longue date, une personne qui tient des propos désobligeants à l'encontre de certaines communautés ou encore une personne qui encourage ou qui justifie des groupes qui prônent la violence ».

La ministre Thériault a rappelé que la Centrale de l'information des activités criminelles de la Sûreté du Québec dispose d'une ligne téléphonique, le 1 800 659-4264, qui permet de rapporter confidentiellement des activités suspectes.

Le maire de Montréal, Denis Coderre, affirme pour sa part qu'il faut faire preuve de vigilance. « On a besoin des parents, de l'entourage, si vous voyez de la radicalisation, faites-le nous savoir car notre but c'est d'empêcher les gens de se rendre en Syrie ». 

De son côté, la Fédération nationale des enseignants du Québec, par l'entremise de sa présidente, Caroline Senneville, appelle aussi à la vigilance : « On ne s'en rendait pas compte, c'était quelque chose qui n'était pas concret et maintenant il faudra être alerte et faire en sorte qu'on puisse intervenir, si on est capable de voir quelque chose ».

Blaney circonspect

Le ministre de la Sécurité publique du Canada, Steven Blaney, a refusé de dire si les autorités canadiennes étaient au courant de cette situation, précisant qu'il s'agit là de questions opérationnelles.

« Les services de renseignement et les services policiers veillent à identifier les personnes qui pourraient voyager à des fins terroristes », s'est-il borné à dire lors d'un bref point de presse tenu au parlement. 

« Mais nos études nous démontrent clairement que lorsqu'un individu souhaite voyager à des fins terroristes, son entourage est au courant », a-t-il poursuivi du même souffle.

Il a invité quiconque détient des informations du genre à communiquer avec les autorités pour « éviter une criminalisation accentuée de la situation et également sauver des vies ».

M. Blaney estime par ailleurs que les informations relayées par les médias « rendent encore plus brûlante d'actualité l'importance de faire progresser le projet de loi C-51 », qui vise à permettre aux forces de l'ordre de fermer des sites web qui font la promotion des sites haineux et à empêcher le départ de djihadistes présumés à l'étranger. 

Une jeune femme de 23 ans

Par ailleurs, CBC a enquêté sur le cas d'une Canadienne de 23 ans qui a tout laissé tomber pour rejoindre le groupe armé État islamique en Syrie. La jeune femme est en Syrie depuis l'été dernier. Sa famille ne comprend pas pourquoi personne n'est intervenu.

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