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Début des consultations sur l'accès aux médecins

Le ministre de la Santé et des Services sociaux, Gaétan Barrette, se dit satisfait d'avoir fait passer le meilleur projet de loi possible, en référence au projet de loi 10.
Le ministre de la Santé et des Services sociaux, Gaétan Barrette, se dit satisfait d'avoir fait passer le meilleur projet de loi possible, en référence au projet de loi 10. Photo: La Presse canadienne / Jacques Boissinot

La commission parlementaire sur le projet de loi 20 du gouvernement Couillard touchant l'accès aux services médicaux a commencé ses travaux mardi à Québec. Les débats, qui devraient durer un mois, porteront entre autres sur le nombre minimal de patients que les médecins seront contraints de suivre chaque année, et sur le nombre d'heures de travail qu'ils devront obligatoirement fournir.

Les fédérations de médecins et le ministre de la Santé, Gaétan Barrette, s'interpellent à coups de chiffres et de statistiques depuis des semaines.

Un texte de Anne-Louise DespatieTwitterCourriel

La mécanique qui obligera les omnipraticiens à suivre un certain nombre de patients et les médecins spécialistes à répondre dans des délais fixes reste toutefois obscure. Les médecins savent que leur rémunération sera réduite si les nouvelles normes ne sont pas respectées, mais les règlements d'application ne sont pas encore connus.

Les groupes qui défendent les patients et revendiquent de l'accès s'attendent à ce que le gouvernement règle enfin ce problème. Ils croient qu'il est temps que la prestation des soins s'organise autour du patient et non plus autour du médecin.

L'usager au premier plan

Un Québécois sur quatre n'a pas de médecin de famille. Le Regroupement provincial des comités d'usagers du réseau de la santé et des services sociaux sera parmi les premiers entendus cette semaine.

« Le problème, c'est qu'on a environ 19 000 petites entreprises (que sont les médecins omnipraticiens et spécialistes) et il faut qu'elles apprennent à travailler ensemble. On a un employeur qui est le gouvernement du Québec, qui donne des contrats. Tous doivent pouvoir travailler ensemble pour que le réseau soit en mesure de prendre en charge un certain nombre d'usagers », explique le directeur général, Pierre Blain.

Même son de cloche au Conseil pour la protection des malades. Paul G. Brunet considère que Gaétan Barrette s'est personnellement engagé à régler le problème d'accès à un médecin de famille en imposant les quotas de patients.

« C'est une solution, sûrement pas la meilleure, mais depuis 10 ou 15 ans les patients sont un peu tannés de continuer à payer des impôts, à voir la rémunération de tout ce beau monde-là augmenter pour avoir la parité avec les autres provinces. Alors qu'on n'a pas la parité en termes de productivité avec les autres provinces », constate M. Brunet.

À chaque médecin sa place

Damien Contandriopoulos, chercheur à l'Institut de recherche en santé publique et professeur à l'Université de Montréal, croit aussi que cette réorganisation de la pratique médicale s'impose. Mais elle ne doit pas se résumer à une question de comptabilité.

« On a encore beaucoup posé la question : ''Est-ce que les médecins travaillent assez?'' Ce n'est pas la vraie question, selon moi. C'est surtout : ''Est-ce qu'ils font vraiment le travail qui donne une plus-value à la population? Est-ce que chaque médecin est là où il devrait être?'' »

Il estime que le projet de loi 20 pourrait offrir une partie de la solution en s'assurant que l'hospitalisation repose plus sur les spécialistes et qu'une plus grande part du travail des omnipraticiens soit en suivi de patients, avec l'aide d'autres professionnels. Il suffit de s'inspirer de l'Ontario et de la Colombie-Britannique, qui sont des exemples à suivre en matière d'accès aux soins de première ligne au Canada.

Il semble qu'il soit encore difficile de mesurer l'adhésion des médecins au projet du ministre Barrette.

Damien Contandriopoulos soupçonne l'existence d'une minorité silencieuse pour qui ces changements sont faisables. Mais tout dépend de la méthode et de la façon qu'entend utiliser le ministre Barette pour administrer le remède.

Le chercheur souhaite qu'il y ait des débats plus rationnels étant donné les enjeux.

Après tout, la rémunération médicale, c'est une affaire de 6 milliards de dollars par an.

Damien Contandriopoulos
Damien Contandriopoulos, professeur et chercheur à l'Université de Montréal, explique comment les soins de première ligne du système de santé québécois pourraient être réorganisés pour mieux répondre aux besoins des citoyens.Le chercheur de l'Institut de recherche en santé publique et professeur à l'Université de Montréal, Damien Contandrioloulos

Attention à la clientèle vulnérable

Les audiences publiques commencent donc sans qu'on ait les détails d'une mécanique complexe qui doit aussi mesurer l'assiduité des médecins de famille auprès de leurs patients, c'est-à-dire dans quelle mesure ils pourront répondre aux besoins de leurs patients pour éviter qu'ils ne consultent ailleurs.

Ce manque de détails alimente des inquiétudes au sujet du temps qu'auront les médecins pour traiter des clientèles plus vulnérables. À cela le ministre Barrette dit qu'il y aura un système de pondération pour tenir compte de la lourdeur des cas.

Mais la méfiance est grande à l'endroit de celui qui dirigeait, avant son entrée en politique, le « syndicat » des médecins spécialistes.

« C'est pas tant de la méfiance que la conséquence de l'application de la loi 20 qui va faire en sorte que ceux qui n'étaient pas à temps plein vont être obligés de l'être, sous peine de rémunération différenciée. Mais je pense que la société est en mesure de s'attendre de ses médecins, ce qui est raisonnable », dit le ministre de la Santé.

Sans vouloir donner de détails sur les quotas, il estime que la présence raisonnable des médecins de famille doit faire en sorte qu'ils travaillent en clinique ou à l'hôpital ou ailleurs dans le réseau, 5 jours par semaine pendant 40 semaines.

Cela équivaudrait à 20 visites par jour, ou moins, si le type de clientèle l'exige.

Cela n'est pas sans inquiéter des omnipraticiens qui enseignent, comme Léonora Lalla, professeure en médecine familiale à l'Université McGill.

« On peut voir que beaucoup de cliniciens-enseignants sont préoccupés parce qu'ils se demandent s'ils vont pouvoir continuer à enseigner avec le projet de loi 20, en raison des quotas de patients qu'ils devront suivre pour ne pas être pénalisés », dit-elle.

Elle s'inquiète aussi du temps qu'elle pourra consacrer aux patients qui en nécessitent davantage.

Les problèmes de santé, on peut pas les mettre dans une case horaire. Ça peut prendre 10 minutes à résoudre ou ça peut prendre une heure et demie.

Léonora Lalla

Société