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Manifestations et occupations contre « l'austérité »

Des manifestants devant la place Montreal Trust Photo: Radio-Canada/Karine Bastien
Radio-Canada

Quelques centaines de manifestants se sont réunis ce midi devant les bureaux montréalais du premier ministre Philippe Couillard afin de dénoncer les politiques d'austérité du gouvernement québécois. D'autres manifestations semblables se sont tenues dans plusieurs villes de la province, dont Québec, où les manifestants ont occupé brièvement les bureaux du ministre de l'Éducation, Yves Bolduc.

À Montréal, les quelque 250 manifestants, qui répondaient à l'appel de la Coalition opposée à la tarification et à la privatisation des services publics et de la Coalition pour la survie des services publics, s'étaient mis en marche au centre-ville en avant-midi. Une quinzaine d'entre eux ont occupé les locaux de l'Association des banquiers canadiens et y sont resté environ 1 h 30 avant de quitter les lieux, à la demande des policiers, vers 13 h 30. Tout s'est déroulé dans le calme et personne n'a été arrêté.

La porte-parole de la Coalition opposée à la tarification et à la privatisation des services publics, qui réunit quelque 85 groupes sociaux, Kim De Baene, soutient que les militants veulent ainsi « démontrer le ras-le-bol des mesures d'austérité qui sont appliquées aux personnes les plus pauvres ainsi qu'à la classe moyenne ».

Les manifestants s'en prennent ainsi à certains symboles. « L'Association [des banquiers] a un ensemble de membres, dont la HSBC qui est connue pour le "SwissLeak" et toute l'évasion [fiscale] qu'il y a autour de ça », poursuit-elle, pour expliquer l'occupation des locaux aujourd'hui.

La manifestation, à laquelle s'ajoutait une autre manifestation aux abords de l'UQAM, s'inscrit dans le cadre d'une semaine « d'actions dérangeantes » initiée par la coalition de Mme De Baene. « On parle de 40 à 45 actions connues, mais d'autres [ne sont pas encore dévoilées] », ajoute-t-elle. 

On n'arrête pas de répéter qu'on veut l'équilibre budgétaire, mais l'équilibre budgétaire, ce n'est pas au [prix du] saccage des services sociaux qu'il faut aller le chercher.

Kim De Baene

« On dénonce les actions gouvernementales, c'est de l'austérité ciblée », précise la porte-parole de la coalition. « C'est avec des mesures fiscales justes qui existent, ajoute Mme De Baene. Il y a des milliards de dollars qui dorment un peu partout, on ne les prend pas. »

La co-porte-parole de Québec solidaire, Françoise David, et une autre députée du parti, Manon Massé, ont participé à la « manif-action » à Montréal.

« Oui, on comprend qu'on veut équilibrer les finances publiques, avance Mme Massé. Mais on est tanné que ça se fasse toujours sur le dos de la classe moyenne et des plus pauvres. Il y a un courage politique que ce gouvernement doit prendre pour être capable d'aller chercher l'argent où il est. » Sa collègue Françoise David abonde également en ce sens. Mme David a déploré les compressions qui touchent l'éducation des jeunes filles, notamment le concours Chapeau les filles. « Ça atteint des proportions qui n'ont pas de bon sens », conclut-elle.

Le lancement de la campagne s'est fait en marge du premier évènement de la semaine organisé par le collectif « Profs contre l'austérité », hier, au centre-ville de Montréal. La population était invitée à écrire ses messages à l'intention du gouvernement à la craie, sur des ardoises installées au parc Émilie-Gamelin, là où les étudiants se réunissaient pour dénoncer les hausses de droits de scolarité lors du printemps 2012.

Le « Craie-In », une manifestation organisée par le groupe « Profs contre l'austérité » au parc Émilie-Gamelin dimanche dernier.Le «Craie-In», une manifestation organisée par le groupe «Profs contre l'austérité» au parc Émilie-Gamelin dimanche dernier. Photo : Radio-Canada

« Un gouvernement élu pour redresser les finances publiques » - Martin Coiteux

Les manifestations sont légitimes, reconnaît le président du Conseil du Trésor, Martin Coiteux, qui avertit toutefois que le blocage d'un colloque, comme ce fût le cas le week-end à Gatineau, est inacceptable. Il en va de même, selon lui, des perturbations économiques qui empêcheraient les gens d'aller travailler.

« Le gouvernement a été élu, non pas pour créer de nouveaux paliers d'imposition [...]; il a été élu pour ramener l'équilibre des finances publiques, relancer l'économie et éventuellement réduire le fardeau fiscal qui nous empêche d'avancer collectivement », a-t-il dit lundi en entrevue à Radio-Canada.

Le président du Conseil du Trésor du Québec, Martin CoiteuxLe président du Conseil du Trésor du Québec, Martin Coiteux Photo : Presse Canadienne/Jacques Boissinot

Le président du Conseil du Trésor estime que tout le monde est appelé « à faire des choix à l'intérieur de l'enveloppe budgétaire qu'on est capable d'avoir ».

« Il n'y a rien de révolutionnaire là-dedans, poursuit-il. Il s'agit de vivre à l'intérieur de nos moyens réels. » Il avance que « si on dépense plus qu'on gagne collectivement, on ne fait que reporter le problème à plus tard » et que la facture ne sera que plus difficile à acquitter le moment venu.

Se défendant de couper dans les services aux citoyens, Martin Coiteux soutient « couper dans les structures ». Il souligne le cas des agences régionales de santé que le ministre de la Santé, Gaétan Barrette, propose d'éliminer. « Ce qu'il est en train de faire, c'est d'économiser, à terme, 220 millions de dollars pour qu'on puisse le remettre dans les soins à la population. »

Ce que l'on fait, c'est qu'on coupe – en bonne partie – dans les structures. Les structures et les services aux citoyens ce n'est pas la même chose.

Martin Coiteux

Le ministre Coiteux entend ainsi « casser un cycle » qui « porte atteinte à la prospérité » de l'économie québécoise. Il précise que « des dépenses excessives entraînent des impôts excessifs, ça fait des entreprises qui investissent moins, ça fait des consommateurs qui consomment moins. En définitive, ça fait moins d'argent pour l'État pour financer les programmes sociaux. »

M. Coiteux promet d'atteindre l'équilibre budgétaire dès le prochain exercice financier. Il précise que les Québécois auront, à ce moment, « une belle surprise ».

Société