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Être Noir et homosexuel sans y laisser sa peau

Une scène du court-métrage "Each Night I Dream" de Stories of our lives de Jim Chuchu (Kenya)

Une scène du court-métrage «Each Night I Dream» de Stories of our lives de Jim Chuchu (Kenya)

Photo : Dan Muchina

Radio-Canada
Mis à jour le 

Le festival Massimadi présente ces jours-ci à Montréal des films, courts-métrages ou documentaires afro-caribéens sur les réalités des LGBT. Des réalités marquées par le sceau de la discrimination. Le mot Massimadi provient d'ailleurs du mélange de deux insultes homophobes en créole : « massissi » et « madivine ».

Un reportage de Myriam FimbryTwitterCourriel à Désautels le dimanche

Dans de nombreux pays du monde, être homosexuel c'est risquer la prison ou la peine de mort. En parler peut aussi causer un tas de problèmes.

Les acteurs et le réalisateur du film kenyan Stories of our lives ont donc pris un certain risque, dans un pays où les peines peuvent aller jusqu'à 14 ans derrière les barreaux, et où un simple texto a déjà causé un emprisonnement de trois ans.

La série de courts-métrages de fiction s'inspire de témoignages réels et d'histoires d'amour - ou de drames - entre personnes LGBT (lesbiennes, gais, bisexuels et transgenres). Le film est interdit de diffusion au Kenya pour « promotion de l'homosexualité » et le réalisateur, Jim Chuchu, a dû s'exiler.

Homophobie en Afrique

Peine de mort, prison à perpétuité, lapidation, lourdes amendes... Dans un rapport publié en juin 2013, intitulé Making Love a Crime (Quand aimer devient un crime), Amnistie internationale dénonçait une montée des agressions, peines et emprisonnements en Afrique contre les personnes à l'orientation sexuelle différente.

Deux collégiennes dans le court-métrage « Ask Me Nicely » de Stories of our Lives (Kenya)Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Deux collégiennes dans le court-métrage «Ask Me Nicely» de Stories of our Lives (Kenya)

Photo : Dan Muchina

« L'Afrique a développé ces derniers temps une homophobie qui trouve des enracinements parfois dans la religion, parfois dans les prétendues cultures et traditions », explique l'avocat camerounais Michel Togué, président d'honneur du festival Massimadi, rencontré à l'occasion de son passage à Montréal.

Au Barreau du Cameroun, qui compte 2000 membres, seuls deux avocats acceptent de défendre les personnes arrêtées en raison de leur orientation sexuelle. Me Togué a déjà vu leur culpabilité s'établir sur la base d'un simple texto, d'un habillement ou de la consommation du Baileys, vu comme une « boisson de femmes ».

Me Togué a reçu des menaces. Il a vu plusieurs fois son cabinet cambriolé. Il a dû mettre son épouse et ses quatre enfants à l'abri aux États-Unis. Reçu en 2013 par l'ex-secrétaire d'État Hillary Clinton, qui a souligné son travail, il aurait pu se faire offrir un asile doré lui aussi, mais il a décidé de rester au Cameroun. « Je continue parce que c'est une sorte de devoir, dit-il. J'ai compris que sans moi, ces gens n'auraient pas de défense du tout. »

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Rejet et double vie

En comparaison, le Canada et le Québec font figure d'eldorado. Les personnes persécutées pour leur différence d'orientation sexuelle viennent y trouver refuge. Mais elles risquent de subir encore de la honte et du rejet, selon l'organisme Arc-en-ciel d'Afrique, à Montréal. La directrice générale Patricia Jean explique pourquoi :

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Selon Patricia Jean, les Afro-Caribéens de Montréal cherchent leur place autant dans la communauté gaie que dans la communauté noire.

Ils ont du mal aussi à se sentir bien intégrés dans la communauté gaie, un milieu majoritairement blanc, où ils peuvent avoir à faire face à du racisme, comme dans la société en général. « Si on va dans le Village, on ne voit quasiment pas de personnes noires, ce qui donne l'impression qu'il n'y a pas de Noirs homosexuels ».

Une étude de la Chaire de recherche sur l'homophobie de l'UQAM révèle aussi le malaise des hommes noirs homosexuels face à certains préjugés des Blancs. « Un homme noir, quand il va dans les communautés LGBT, il est vu comme une bête sexuelle, poursuit Patricia Jean. Il ne se sent pas valorisé. Il doit tout le temps être le mâle dominant, qui donne du plaisir. Pour être pris au sérieux et entrer dans une relation, c'est beaucoup plus difficile. »

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