130 ans après sa mort, Louis Riel continue de livrer ses secrets

La tombe de Louis Riel dans le cimetière de Saint-Boniface est devenue un lieu de pèlerinage pour la communauté métisse.
Traître pour certains, héros de la cause des Métis, voir prophète pour d'autres, Louis Riel continue d'être une source d'inspiration pour ceux qui le célèbrent chaque année, le troisième lundi de février.
Quelque 130 ans après son exécution à l'issue d'un procès qui divise aujourd'hui encore les historiens, Louis Riel reste une figure historique incontournable du Canada avec laquelle certains entretiennent, encore aujourd'hui, une relation particulière.
Pour l'américain Brad Mix, le nom de Louis Riel a résonnance familière. Son ancêtre, Charles Sauvé, était le voisin du chef métis. C'est en menant ses propres recherches sur son aïeul métis originaire de Winnipeg que M. Mix s'est pris de passion pour l'histoire de Louis Riel et de son peuple.
« J'ai été élevé avec l'histoire de Charles Sauvé », raconte Brad Mix, qui réside depuis son enfance à Tacoma, dans l'État de Washington. « C'était l'atmosphère qui régnait dans la maison, cela faisait partie de la tradition. Nous étions métis et Charles Sauvé était l'un des premiers membres enregistrés de la nation métisse. »
Charles Sauvé a eu la mission de ramener le corps de Louis Riel de Regina à Winnipeg pour qu'il soit enterré près des siens. Le voyage changera à jamais le jeune étudiant qui consacrera dès lors sa vie à la défense du patrimoine de Louis Riel. Aujourd'hui, son descendant américain se considère lui-même comme un Métis du Manitoba.
Il ne subsiste que très peu de traces de Charles Sauvé si ce n'est quelques documents écrits de sa main, comme un carnet de notes et surtout, un pamphlet rédigé en 1908. Charles Sauvé y décrit Louis Riel comme « l'âme visible du peuple métis canadien-français ».
« Nous avons tous été influencés par Louis Riel, confie Brad Mix. Chacun d'entre nous a compris qui il était et, dans un sens, il continue de nous influencer. »
Climat de peur chez les Métis
Cette influence de Louis Riel, beaucoup de Métis la tairont, comme un secret de famille honteux dans une société qui ne leur laisse que peu de place.
« En le mettant à mort, on vient de marquer au fer rouge tout un peuple, le peuple métis canadien », analyse Denis Gagnon, professeur d'anthropologie à l'Université de Saint-Boniface. « Ils ont peur, leur chef est présenté comme un traître, il va toujours être présenté comme un traître dans les livres d'histoire.
« Les Métis vont se replier, vont essayer de se faire presque invisibles parce qu'ils sont victimes de racisme et de discrimination, mais ce personnage-là va toujours continuer de les hanter. »
C'est ce climat de peur et de méfiance qui explique que l'histoire de Louis Riel continue de s'écrire encore aujourd'hui, à mesure que des documents refont surface. Parmi ces documents figure le journal de Louis Riel, commencé avant la bataille de Batoche et que Brad Mix se souvient avoir toujours vu entre les mains de sa grand-mère. « Pendant 70 ans, le journal de Louis Riel est resté dans ma famille », se souvient l'Américain.
« Il y avait une peur parmi les Métis de s'avouer Métis », raconte Guy Savoie, doyen de l'Union nationale métisse Saint-Joseph du Manitoba. « On ne voulait pas se faire prendre avec des documents ou des traces prouvant qu'on était Métis, alors on les enfouissait dans des greniers, dans des caves et ça restait là. »
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Un chef spirituel
Chef politique né, chef de guerre malgré lui, Louis Riel est aussi vu par certains comme un chef spirituel voir religieux. « Louis Riel avait jumelé le spirituel autochtone avec le spirituel chrétien, c'est évident en lisant ses poèmes, on voit ça partout dans ses écritures », analyse Guy Savoie. Un point de vue partagé par Brad Mix qui voit en lui un prophète de son temps pour son peuple.
Aujourd'hui la honte a laissé la place à la fierté. À travers Louis Riel, c'est une culture et un idéal que l'on célèbre.
Louis Riel : de la lutte à la potence
Louis Riel s'est opposé deux fois au gouvernement canadien pour faire reconnaître les droits de son peuple. À l'issue de la Rébellion de la Rivière rouge (1869-1870), il négocie l'entrée de la province du Manitoba dans la Confédération canadienne. Exilé à vie aux États-Unis où il vit retiré avec sa famille au Montana, il est approché par les Métis de la Saskatchewan en 1884 qui le convainquent de prendre leur tête pour présenter à nouveau les doléances du peuple métis au gouvernement du Canada. Cette résistance dégénère en confrontation armée que l'histoire retiendra sous le nom de Rébellion du Nord-Ouest. Fait prisonnier à la bataille de Batoche en 1885, en Saskatchewan, il est accusé de haute trahison et pendu à Regina le 16 novembre 1885. Le chef métis est enterré à Winnipeg, dans le cimetière de Saint-Boniface. Sa tombe est depuis devenue un lieu de pèlerinage où, chaque année, des centaines de personnes se pressent pour rendre hommage au fondateur du Manitoba, le 16 février.