•  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  

L'instinct de survie d'Esprit-Saint

Esprit-Saint

Photo : Akli Ait-Abdallah

Radio-Canada

Les quelque 400 résidents d'Esprit-Saint, un tout petit village du Bas-Saint-Laurent, à une soixantaine de kilomètres de Rimouski, ne digèrent toujours pas la sortie du Conseil du patronat du Québec, qui en commission parlementaire, a suggéré que l'argent utilisé pour soutenir les municipalités dévitalisées serve plutôt à relocaliser les familles.F

D'après un reportage d'Akli Ait-AbdallahTwitterCourriel à Désautels le dimanche

Les Spiritois assurent qu'ils ne quitteront jamais leur village. Plusieurs y sont nés, ils y sont attachés et en apprécie la qualité de vie. « Pourquoi veulent-ils nous tuer? Ah non, aujourd'hui on est vivants, il y a du monde qui travaille dans le bois, moi j'ai les autobus scolaires. On veut vivre pis on a le droit de vivre autant que n'importe qui dans n'importe quelle ville du Québec. On est du monde à part entière », affirme Françis Lavoie, qui est aussi chef des pompiers.

La réaction a été la même dans plusieurs villages du Québec, si bien que le Conseil du patronat a nuancé sa position en proposant des pistes pour développer l'économie de ces endroits vulnérables avant d'en venir à la fermeture définitive.

Malgré tout, les gens d'Esprit-Saint demeurent inquiets. Le village a déjà été menacé de fermeture dans les années soixante et les récentes décisions de Québec minent l'espoir. En octobre dernier, le gouvernement libéral a annoncé la fin des Conférences régionales des élus et des Centres locaux de développement, des outils très importants pour le développement des régions. Pour les populations des territoires concernés, cela a été perçu comme un abandon.

Le maire d'Esprit-Saint et ses homologues des alentours pensent être victimes des préjugés selon lesquels les gens des régions seraient moins enclins à travailler que les citadins et attendraient les subventions. Les fonctionnaires et les politiciens oublient trop souvent qu'il y a des ressources chez eux et une volonté de créer de l'emploi, comme l'explique Yves Detro, maire suppléant de La Trinité-des-Monts.

Ici dans le Bas-Saint-Laurent, on a des entreprises acéricoles incroyables. Je vois mal les érablières s'installer à Rimouski ou Montréal et Québec. C'est ça la région, c'est plus que la mobilisation humaine, c'est toutes nos ressources. Je pense qu'on a réussi à démontrer qu'on est capable de créer de l'emploi.

Yves Detro, maire suppléant de La Trinité-des-Monts.

Par exemple, Alain Turcotte et sa femme, Nancy Bergeron, sont venus s'installer à Esprit-Saint pour y exploiter une ferme d'élevage, Le Broutard des Appalaches, qui génère déjà six emplois à temps partiel.

« On a des projets qui nous trottent dans la tête pour utiliser notre centre de découpe à l'année. Nos jeunes sont intéressés, peut-être qu'eux vont avoir à développer et créer plus d'emplois, faire arriver d'autres familles. Il n'y a pas de limites, mais l'aspect politique ne nous favorise pas. Les coupures, le pacte rural et tout ça [...] c'est de l'argent qui était investi en région. Nous, on a bénéficié d'aide financière et grâce à ça, on a créé de l'emploi. On a plusieurs acheteurs extérieurs, donc c'est de l'argent qui rentre à Esprit-Saint ».

Au-delà du développement économique, la survie du village passe aussi par celle de l'école. Avec 19 élèves qui fréquentent l'école primaire La Colombe, il suffit qu'une famille quitte le village pour que l'établissement soit menacé.

Véronique, étudiante à Rimouski, et maman de deux enfants, ne ménage pas ses efforts pour maintenir l'école en vie. Elle en fait une question d'identité. « On est en survie pas juste avec l'école, on est en survie partout ici. Ce n'est pas facile de garder notre courage. On nous a donné des terres pour venir nous établir ici, maintenant on veut nous les enlever. Les enfants portent ça en eux. C'est nos racines qui sont ici. »

Et vous qu'en pensez-vous? Y a-t-il des solutions aux problèmes de villages dévitalisés? Laissez-nous vos commentaires ci-dessous.

Vos commentaires

Veuillez noter que Radio-Canada ne cautionne pas les opinions exprimées. Vos commentaires seront modérés, et publiés s’ils respectent la nétiquette. Bonne discussion !

Est du Québec

Société