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Les 10 ans du protocole de Kyoto, quel bilan?

Paysage avec usine au moyen plan.
Paysage avec usine au moyen plan. Photo: AFP / David McNew
Radio-Canada

Il y a 10 ans, le protocole de Kyoto entrait en vigueur. L’objectif de cet accord international était de contraindre les pays industrialisés à réduire leurs émissions de gaz à effet de serre. Quel constat peut-on tirer aujourd’hui de cette entente, alors que la communauté internationale tente de donner une suite à Kyoto?

Un texte de Étienne LeblancTwitterCourriel

En 2007, la revue Nature avait créé une onde de choc en publiant une analyse économique appelant à abandonner le protocole de Kyoto : « Time to ditch Kyoto ». Selon les auteurs, l’accord de Kyoto était tout simplement un modèle à ne pas appliquer pour faire face au grand défi que posent les changements climatiques.

Dix ans plus tard, avec les plus récents chiffres en main, force est de constater que le bilan, bien que mitigé, est peut-être moins sombre qu’on ne le croyait.

Selon les dernières données des Nations unies, les émissions des pays signataires du protocole ont diminué de 24 % entre 1990 (l’année de référence du protocole de Kyoto) et 2012. Petit bémol : ces chiffres ne disent pas tout.

Des données qui faussent la donne

Une baisse de 24 % peut donner l’impression que le protocole de Kyoto a été d’une efficacité redoutable, à première vue. Mais trois données faussent la donne.

D’abord, on inclut dans ce bilan les États de l’ancien bloc de l’Est, qui ont vu leur économie s’effondrer autour de 1990. Une chute drastique de leurs émissions de GES s’en est suivie, de 40,6 % entre 1990 et 2012. Cela fausse les données et tire à la baisse la moyenne de tous les pays signataires.

Pour voir sur votre appareil mobile le graphique sur la croissance des émissions de GES,  cliquez ici (Nouvelle fenêtre).

Il faut aussi exclure de ce bilan les États-Unis, qui n’ont jamais ratifié le protocole de Kyoto. À l’époque, ils étaient pourtant les plus grands émetteurs de GES de la planète.

Enfin, il faut aussi mettre de côté l’action du Canada, qui s’est retiré du protocole de Kyoto à la toute fin. Ottawa a un des pires bilans des pays signataires de l’accord. Ses émissions ont bondi de 18,2 % sur la période 1990-2012.

Résultat? En excluant ces trois facteurs, le protocole de Kyoto aura permis une baisse réelle des émissions des pays signataires de 4 %, à peine en deçà de l’objectif de 5,2 %.

Le protocole de Kyoto

Signé en 1997, il aura fallu attendre 2005 — huit ans! — avant que soient réunies les conditions nécessaires à son entrée en vigueur. C’était la première fois — et, jusqu’à présent, la seule — que les pays riches s’engageaient par écrit à réduire leurs émissions de gaz à effet de serre (GES).

Mais avant même que l’encre ait eu le temps de sécher, il était évident que le traité était promis à un avenir trouble. Les États-Unis, le plus grand émetteur de GES de la planète à l’époque, ont signé le document, mais ne l’ont jamais ratifié. Les signataires restants, 37 pays développés et des économies en transition, s’étaient engagés à réduire leurs émissions de 5,2 % en moyenne sur la période 2008-2012, sous les niveaux de 1990.

Les États se sont réunis toute la semaine dernière à Genève afin de jeter les bases du futur traité international sur le climat. Vendredi, ils sont parvenus à présenter un texte qui servira de base aux négociations à venir d’ici à la conférence de Paris. D’entrée de jeu, les négociations s’annoncent difficiles.

Bilan mitigé

Un mauvais outil, donc, le protocole de Kyoto? Oui et non. Stéphane Dion, député fédéral du PLC et ancien ministre de l’Environnement, a présidé la première conférence des Nations unies sur le climat suivant l’entrée en vigueur du protocole. La rencontre a eu lieu à Montréal en décembre 2005. Selon lui, Kyoto a été une arme à double tranchant.

Si on n’avait pas eu Kyoto, on serait bien plus mal en point. Mais le danger, c’est de se dire : « puisqu’on a ça, c’est la preuve qu’on a fait suffisamment d’efforts ». Ça, à mon avis, c’est ne pas se dire la vérité à nous-mêmes.

Stéphane Dion, ancien ministre fédéral de l’environnement et député du PLC

Stéphane Dion souhaite que Kyoto soit perçu aujourd’hui comme le début d’une démarche plus profonde et mieux adaptée à la réalité.

Les effets de la crise

Pour bien évaluer l’efficacité réelle du protocole de Kyoto, il faut aussi mettre dans la balance un autre facteur, très important : la crise économique mondiale de 2008. Partout sur la planète, la récession a provoqué un ralentissement de la croissance des émissions de gaz à effet de serre.

Dans les pays signataires du protocole, les émissions de GES ont baissé.

Pour voir sur votre appareil mobile le graphique sur les émissions de GES,  cliquez ici (Nouvelle fenêtre).

Une réalité qui a changé

À l’époque de la mise en forme du protocole de Kyoto, au début des années 90, le portrait des émissions de gaz à effet de serre était fort différent. La majorité des émissions provenaient des grands pays industrialisés.

(21 octobre 2013) La pollution paralyse Harbin, une mégalopole chinoise de 11 millions d’habitant.(21 octobre 2013) La pollution paralyse Harbin, une mégalopole chinoise de 11 millions d’habitant. Les relevés atmosphériques pratiqués lundi indiquent un indice de 1000 pour les particules fines PM2,5 (particules dont le diamètre est de 2,5 micromètres) présentes dans l'air. Selon l'Organisation mondiale de la santé (OMS), un indice supérieur à 300 est considéré comme dangereux et le seuil maximal quotidien doit rester inférieur à 20. Photo : AFP / STR

En 1990, la Chine ne comptait que pour 10 % des émissions totales de la planète. Selon les plus récents chiffres (2012), elle émet 27 % des GES à l’échelle mondiale.

Le protocole de Kyoto est un produit de son époque, explique Hugo Séguin, chargé de cours à l’École de politique appliquée de l’Université de Sherbrooke et chercheur invité au CERIUM. À ce moment-là, la Chine ou l’Inde n’étaient pas encore perçues comme étant des économies émergentes, ajoute-t-il.

C’était assez binaire : il y avait les pollueurs, les pays riches, et il y avait les pollués, les pays en développement. Le protocole de Kyoto est conçu comme tel : il y a des obligations pour les pollueurs, et une aide pour les pays touchés par les changements climatiques.

Hugo Séguin

L’Inde, devenue le 3e émetteur en importance de GES de la planète, produit aujourd’hui 8 % des émissions. Les États-Unis comptent quant à eux pour 14 % du total, et l’Union européenne pour 10 %.

Selon le professeur Hugo Séguin, une des faiblesses du protocole, c’est qu’il n’y a aucune contrainte pour des pays comme la Chine ou l’Inde, lorsqu’ils atteignent un certain niveau de développement et qu’ils contribuent de façon significative aux émissions de GES de la planète. Lorsque ces pays en arrivent là, ils devraient s’astreindre à des « objectifs de réduction ou d’inflexion de leurs émissions », explique-t-il.

Le modèle Kyoto ne sera pas répété

Le protocole de Kyoto a été forgé autour du principe d’une « responsabilité commune, mais différenciée ».

C’est sur cette base qu’on a exigé un plus grand effort des pays industrialisés, responsables de la plus grande part des émissions de gaz à effet de serre sur la planète. Mais puisque les États-Unis n’ont jamais ratifié l’accord, à peine le tiers des émissions mondiales étaient visées par Kyoto.

Ce modèle à deux échelles ne sera probablement pas répété à l’avenir. Le traité qui doit remplacer Kyoto, qu’on espère signer en décembre à Paris, aura dans sa mire tous les grands pollueurs de la planète. Il est peu probable qu’une entente soit conclue sans que la Chine, les États-Unis, l’Inde, la Russie, l’Indonésie et le Brésil y participent.

Stéphane Dion ne s’emballe pas trop sur une éventuelle entente qui satisfasse tout le monde.

Il y aura une entente à Paris, je suis assez optimiste là-dessus. Mais est-ce que ce sera un accord suffisant? Je suis pessimiste. On demande aux pays de soumettre des cibles volontaires. Je vous garantis que si on continue à raisonner de cette façon, les scientifiques nous diront que nos efforts sont insuffisants.

Stéphane Dion, ancien ministre fédéral de l’environnement et député du PLC

En route vers Paris

Les États se sont réunis toute la semaine dernière à Genève afin de jeter les bases du futur traité international sur le climat. Vendredi, ils sont parvenus à présenter un texte qui servira de base aux négociations à venir d’ici à la conférence de Paris. D’entrée de jeu, les négociations s’annoncent difficiles.

Au cœur des divergences : la répartition du fardeau de l’effort entre les pays riches et les pays en développement.

Exactement la même source de division qu’au temps de Kyoto!

Environnement