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Conflit ukrainien : un accord de cessez-le-feu accueilli prudemment

Vladimir Poutine, François Hollande, Angela Merkel et Petro Porochenko à Minsk Photo: Reuters
Radio-Canada

L'Ukraine, la Russie, la France et l'Allemagne ont conclu un accord visant à pacifier l'est de l'Ukraine, jeudi, à Minsk. Un cessez-le-feu entrera en vigueur samedi, à 17 h (HNE), une zone démilitarisée sera créée et les régions de l'est de l'Ukraine recevront plus de pouvoirs d'ici la fin de l'année.

L'accord, conclu au terme d'un marathon de 16 heures de négociations, reste imparfait aux yeux de ceux qui l'ont instauré. La chancelière allemande Angela Merkel reconnaît que « de gros obstacles » subsistent, tandis que le président français François Hollande admet que « tout n'est pas encore accompli ».

Qui plus est, un porte-parole de l'armée ukrainienne, Andreï Lyssenko, a affirmé jeudi que 50 chars, 40 lance-roquettes multiples et 40 véhicules blindés sont arrivés cette nuit dans l'est de l'Ukraine via le point de passage d'Izvarine.

Selon lui, ils se dirigent vers Lougansk, sous contrôle des rebelles prorusses, et Debaltseve, où les forces ukrainiennes seraient pratiquement encerclées.

L'accord, en bref

L'accord de paix à proprement parler a été signé par Kiev et les rebelles prorusses, sous le patronage de la Russie et de l'Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (OSCE). Vladimir Poutine, Petro Porochenko, François Hollande et Angela Merkel n'ont signé qu'une « déclaration de soutien » au texte.

Dans cette déclaration, les quatre dirigeants affirment leur « plein respect de la souveraineté et de l'intégrité territoriale de l'Ukraine » et se disent « fermement convaincus qu'il n'existe pas d'alternative à une solution exclusivement pacifique ».

Le texte de l'entente prévoit notamment :

  • un cessez-le-feu entrant en vigueur à minuit dimanche (17 h HNE);
  • la création d'une zone démilitarisée d'au moins 50 km de large de part et d'autre - et non plus 30 km, comme convenu originalement en septembre - qui devra être mise en oeuvre à compter du deuxième jour suivant le cessez-le-feu, et être achevée deux semaines plus tard. Certaines armes devront être à 70, voire 140 km de la ligne de front, selon leur calibre. Les Ukrainiens tiendront compte de la ligne de front actuelle; les rebelles, de celle convenue lors du précédent accord, en septembre;
  • la reprise du contrôle de la frontière avec la Russie par les autorités ukrainiennes d'ici la fin de 2015, en échange des réformes constitutionnelles accordant plus de pouvoirs aux régions de l'est. Ces pouvoirs devraient inclure le droit pour les prorusses de former leur propre corps de police, un droit à l'autodétermination en matière de langue et le droit de commercer librement avec la Russie;
  • le dialogue sur « un régime d'autonomie locale provisoire dans certains secteurs des régions de Donetsk et Lougansk » et sur l'organisation de nouvelles élections locales s'ouvrira au premier jour du cessez-le-feu. Le territoire qui profitera du régime spécial devra être déterminé par le Parlement ukrainien dans les 30 jours qui suivront. L'Ukraine reprendra le contrôle de sa frontière au lendemain des nouvelles élections locales;
  • la libération des otages détenus par les Ukrainiens et les rebelles prorusses d'ici 19 jours, et une amnistie générale des belligérants;
  • la supervision de la trêve et du retrait des armes par l'OSCE dès le premier jour de cessation des hostilités.

L'accord reprend donc plusieurs des clauses du protocole de Minsk, conclu en septembre dernier, mais qui a échoué à ramener la paix. L'entente prévoyant une dévolution de pouvoirs en échange de la reprise du contrôle de la frontière par Kiev est la principale nouveauté.

Le fait que le nouvel accord soit soutenu par la Russie, la France et l'Allemagne, ce qui n'avait pas été le cas en septembre, lui confère cependant plus de poids.

Petro Porochenko à MinskPetro Porochenko à Minsk Photo : Grigory Dukor/Reuters
Zones contrôlées par les rebelles

L'espoir de François Hollande

C'est un espoir sérieux pour l'Ukraine, un soulagement pour l'Europe. Il y a encore beaucoup de travail, mais ce que nous avons est une véritable chance d'améliorer la situation.

François Hollande, président de la France

La chancelière allemande a elle aussi évoqué une lueur d'espoir, mais ne se fait aucune illusion. « Il va encore y avoir de gros obstacles devant nous [...] il y a toutefois une vraie chance de faire évoluer les choses vers le meilleur », a-t-elle ajouté.

« Cet accord est un pas en avant qui nous éloigne d'une spirale d'escalade militaire », a quant à lui déclaré le ministre allemand des Affaires étrangères, Frank-Walter Steinmeier, par communiqué. « Ce n'est pas une solution globale et encore moins une percée. »

L'essentiel de ce qui a été obtenu, c'est qu'un cessez-le-feu général et inconditionnel sera proclamé dans la nuit de samedi à dimanche.

Petro Porochenko, président de l'Ukraine

« Ce n'était pas la meilleure nuit de ma vie, mais à mon avis, c'est un beau matin », a réagi le président russe Vladimir Poutine. « Malgré la complexité de ces négociations, nous avons réussi à nous entendre sur l'essentiel. »

Les dirigeants séparatistes prorusses de l'est de l'Ukraine se sont pour leur part félicités de l'entente, estimant qu'elle laisse espérer « une solution pacifique » au conflit.

« Nous avons signé un accord qui donne une chance au développement pacifique des républiques [autoproclamées] de Donetsk [DNR] et de Lougansk [LNR]. C'est une grande victoire pour elles », a déclaré le chef de la DNR, Alexandre Zakhartchenko.

« Nous ne pouvons pas ne pas donner cette chance à l'Ukraine », a renchéri le dirigeant de la LNR, Igor Plotnitski. « Notre peuple se voit donner une chance de changer ses relations avec l'Ukraine, et l'Ukraine une chance de changer de façon civilisée et de ne plus tuer son propre peuple » a-t-il ajouté.

« L'Ukraine va changer grâce au peuple du Donbass. Quoiqu'il arrive, la victoire sera à nous », a ajouté M. Plotnitski.

La guerre dans l'est de l'Ukraine a fait plus de 5000 morts depuis avril dernier. Kiev accuse la Russie de fournir des armes, des troupes et de l'argent aux séparatistes, ce que dément le Kremlin.

Hollande, Merkel et Porochenko à Bruxelles

François Hollande, Angela Merkel et Petro Porochenko rencontreront les dirigeants de l'Union européenne (UE) jeudi après-midi, à Bruxelles, pour faire le point sur ce qui a été accompli. L'UE, qui a menacé de mettre en oeuvre d'autres sanctions économiques en cas d'échec, devra ensuite se prononcer sur la démarche à suivre.

« Je ne pense pas que nous discuterons de sanctions », a dit la porte-parole de la diplomatie européenne, Federica Mogherini. « La discussion portera sur la manière d'activer tous les moyens européens pour faciliter le maintien de l'accord après la mise en oeuvre du cessez-le-feu. »

Le premier ministre du Canada s'est dit encouragé par l'annonce du cessez-le-feu, mais demeure sceptique.

« On va juger M. Poutine par ses actions, et pas seulement ses mots », a dit Stephen Harper, ajoutant que son gouvernement continue « à explorer nos options pour aider la population ukrainienne face à cette agression. »

L'Ukraine, déchirée entre l'Est et l'Ouest. Notre dossier
Avec les informations de Reuters, Associated Press, et Agence France-Presse

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