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Après la centralisation en santé, l'Alberta veut redonner une voix aux régions

Des infirmières de l'hôpital général de Belleville

Photo : Frédéric Pepin

Radio-Canada

À l'instar du Québec, l'Alberta a fait le choix il y a quelques années de pousser encore plus loin l'expérience de la centralisation de son système de santé. Quelques années plus tard, le gouvernement veut redonner davantage de poids aux régions.

Un texte de Raphaël Bouvier-AuclairTwitterCourriel

Chaque vendredi, les glaces du centre de curling de St. Paul sont remplies. Cette activité est incontournable pour de nombreux résidents de la petite ville située à environ 200 kilomètres au nord-ouest d'Edmonton. Paul-Émile Boisvert qui vit dans la région depuis près de 70 ans adore le curling. Mais depuis plus d'un an, il doit assister aux parties en tant que spectateur. En novembre 2013, il est tombé sur la tête et a fait une commotion cérébrale. L'ambulance a mis une trentaine de minutes à arriver. « Pourtant elle était à six coins de rue. C'est une ligne droite d'ici », explique-t-il.

Selon Paul-Émile Boisvert, la personne qui a pris l'appel d'urgence ne connaissait pas la géographie de sa région et un délai de la sorte n'aurait jamais été possible il y a quelques années. Mais les services de santé dans la province ont bien changé ces dernières années.

Réforme majeure en santé

En mai 2008, le gouvernement albertain annonçait une réforme majeure de son système de santé. Les neuf autorités régionales responsables de coordonner les soins allaient cesser d'exister. Avec certaines autres agences spécialisées, elles allaient fusionner pour former Services de Santé Alberta. Ce grand organisme centralisé est formé de cinq sous-régions administratives. Les services ambulanciers s'y sont joints plus tard, et les services d'appels d'urgences ont partiellement été centralisés.

À l'époque, le gouvernement albertain avait plusieurs objectifs en tête. La gestion administrative plus centralisée devait faire économiser en santé, une intention qui ne s'est pas concrétisée. Dans le budget de 2007-2008, avant la création de Services de santé Alberta, les dépenses gouvernementales en santé étaient de plus de 12 milliards de dollars. Elles sont passées à plus de 18 milliards de dollars dans le dernier exercice budgétaire. Une augmentation de 33 %, plus que le double de la croissance de la population pour la même période de temps.

L'un des grands objectifs de la réforme était aussi d'équilibrer les services entre toutes les régions de la province, ce qui n'était pas le cas auparavant. Le politologue du campus Saint-Jean de l'Université de l'Alberta Frédéric Boily, qui reconnaît que ce qui existait avant la réforme n'était pas le modèle idéal, estime que la centralisation a toutefois « conduit à des débalancements ». Il ajoute qu'« en région, on se plaint de ne pas avoir une voix au chapitre lorsque vient le temps de prendre des décisions, ce qui donne l'impression qu'il y a une gestion qui vient du haut et que les gens à la base ne sont pas consultés ». Frédéric Boily croit que sans être un désastre, la réforme n'a pas permis concrètement à la province d'atteindre ses objectifs.

Retour vers les régions

Quelques années après la réforme, le gouvernement ne veut pas s'en prendre à son système centralisé. Mais l'actuel ministre de la Santé, Stephen Mandel, reconnaît que des changements sont nécessaires. « Notre attention doit être portée sur les patients, et comment peut-on réaliser cela? En travaillant au niveau local », explique-t-il. Il estime même si bien des services centralisés ont toujours leur pertinence, « il faut être plus décentralisé ». Son gouvernement mène d'ailleurs des consultations dans les milieux ruraux, question d'évaluer les services et de consulter la population.

Cette semaine, le résident de St. Paul Paul-Émile Boisvert a rencontré le panel d'experts mandaté par le gouvernement lors d'un passage dans sa région. Il affirme que c'est l'une des premières rencontres du genre de laquelle il est sorti « sans être fâché ». Ce résident qui milite depuis des années pour une plus grande place des régions dans la gestion des services de santé a senti « qu'il y avait une ouverture » de la part des membres du comité sur ce qu'il avait à dire. Un bon début selon lui.

En chiffres :

2 141 984 : le nombre de visites dans les urgences de l'Alberta en 2013-2014 (source : Services de santé Alberta)

45 % : la proportion que représentait la santé dans les dépenses du dernier budget albertain

104 000 : le nombre d'employés sous la gouverne de Services de santé Alberta

Société