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Aide médicale à mourir : des médecins exposent leurs craintes

Personne en fin de vie Photo: iStock / iStockPhoto
Radio-Canada

Si la décision de la Cour suprême du Canada autorisant l’aide médicale à mourir clarifie les choses sur le plan juridique, sur le plan humain, le débat perdure.

Yun Jen, la présidente désignée de l’Association médicale du Québec, accueille avec satisfaction cette décision : « Nous sommes très contents du jugement, qui donne des balises claires ». Elle estime que cela évitera d’exposer les médecins à des poursuites judiciaires lorsqu’ils recevront des demandes d’aide médicale à mourir de la part de leurs patients.

Mais Serge Daneault, médecin spécialisé en soins palliatifs au CHUM et professeur à la Faculté de médecine de l’Université de Montréal, estime que les choses ne sont pas aussi simples.

 « Les médecins qui sont aux prises avec des malades qui sont souffrants vont toujours vivre avec une sorte d’épée de Damoclès », dit-il, un peu circonspect quant aux critères permettant une demande de cette nature.

Selon cet auteur de nombreux ouvrages sur les soins en fin de vie, dont Souffrance et médecine, il est question « de maladie ou de conditions incurables et qui causent des souffrances jugées intolérables par le patient lui-même ».

Les seules conditions, c’est d’être majeur et de souffrir d’une maladie incurable. Il n’y a même pas d’obligation que ce soit une maladie terminale.

Serge Daneault, médecin spécialisé en soins palliatifs, au CHUM et professeur à la Faculté de médecine de l’Université de Montréal

Le Dr Daneault , qui travaille depuis 20 ans auprès de personnes en phase terminale, estime qu'il s'agit « d'une journée sombre parce que ça consacre l’impossibilité de notre médecine canadienne à soulager la souffrance des grands malades ».

Déception des médecins opposés à l’euthanasie

Tout en avouant qu’elle s’attendait à cette décision, Catherine Ferrier, présidente du collectif des médecins contre l’Euthanasie, se dit « bien déçue ».

Mme Ferrier, qui travaille à la clinique de gériatrie de l’Hôpital général de Montréal, estime que la situation va au-delà du simple fait d'accorder à la personne le droit de choisir de mourir.

L'argument ne tient pas selon elle, notamment lorsqu’il s’agit de personnes âgées à domicile ou hospitalisées. Dans la réalité, dit-elle, leur autonomie est « déjà perdue ».

Souvent, ils se sentent coupables de continuer à vivre parce que c’est lourd pour l’entourage.

Mme Ferrier, présidente du collectif des médecins contre l’Euthanasie

« Moi, j’ai vraiment peur pour mes patients », conclut la Dre Ferrier, qui dit ne pas être la seule à nourrir de telles craintes. Elle dit espérer que le législateur fera en sorte de bien resserrer le texte de loi pour éviter les abus.

Société