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Aide médicale à mourir : réactions contrastées à Ottawa-Gatineau

Vue de nuit de l'édifice de la Cour suprême du Canada depuis la rivière des Outaoua

Vue de nuit de l'édifice de la Cour suprême du Canada depuis la rivière des Outaouais.

Photo : Phillipe Landreville/Collection de la Cour suprême du Canada

Radio-Canada
Prenez note que cet article publié en 2015 pourrait contenir des informations qui ne sont plus à jour.

La décision de la Cour suprême du Canada d'autoriser l'aide médicale à mourir, dans certaines circonstances précises, ne laisse personne indifférent dans la région de la capitale nationale.

La Cour a invalidé l'article du Code criminel qui interdit à un médecin d'aider quelqu'un à s'enlever la vie, dans des circonstances bien précises.

Elle vise par son jugement les adultes considérés comme capables au sens de la loi, qui donnent clairement leur consentement et qui souffrent de manière persistante et intolérable à cause d'un problème de santé grave et irrémédiable.

Le plus haut tribunal au pays a examiné la situation dans les pays, qui ont ouvert la porte à cette pratique depuis 1993, pour rendre sa décision.

« En 1993, aucun pays n'autorisait l'aide médicale à mourir. Aujourd'hui, il y en a huit ou dix. Donc c'est un changement pertinent », note le professeur à la Faculté de droit de l'Université d'Ottawa, Sébastien Grammond.

Il affirme que la Cour a pris en compte l'évolution dans la société et dans le monde occidental en général, concernant cette pratique. M. Grammond estime que le Parlement n'aura pas le choix de réfléchir à la question et de légiférer.

« C'est un évènement relativement rare, quand la cour revient sur une de ses décisions, mais dans ce cas-ci, cela faisait déjà 20 ans », souligne-t-il, en faisant ici référence au jugement Rodriguez de 1993.

Le Québec, précurseur

Les paramètres fixés par la Cour suprême se rapprochent aussi grandement de ce qui est prévu dans la Loi 52 au Québec, qui entrera pleinement en vigueur à la fin de l'année.

La députée de Hull, Maryse Gaudreault, qui a aussi présidé de la Commission spéciale sur la question de mourir dans la dignité de janvier 2011 à mars 2012, soutient que cela ne fait que montrer à quel point la société québécoise a toujours été progressiste.

« On en a encore fait la démonstration, tout récemment, lorsque le projet de loi sur l'aide médicale à mourir a été adopté presque à l'unanimité à l'Assemblée nationale », explique-t-elle.

« Aujourd'hui, ce jugement nous donne raison. »

— Une citation de  Maryse Gaudreault, députée de Hull

Le vice-président de l'Association des médecins omnipraticiens de l'Ouest du Québec, Marcel Reny, abonde dans le même sens.

« C'est une très bonne décision qui vient supporter le projet de loi 52. Et donc, je crois que les médecins qui sont d'accord avec ce projet de loi, vont être heureux de la décision », se réjouit-il.

M. Reny admet que les médecins devaient parfois recourir à des pratiques qui pouvaient s'apparenter à une aide à mourir, mais qui demeurait moins efficace.

Il a mentionné par exemple la sédation palliative qui provoquait un endormissement profond du patient en fin de vie, jusqu'à ce que ce dernier finisse par décéder.

« Ce n'était pas accéléré, mais c'était un peu comme éliminer les souffrances. La personne devenait un peu inconsciente et semi-comateuse », précise Marcel Reny, déplorant au passage que la mort ne puisse intervenir qu'après plusieurs jours avec cette méthode.

Des réticences

Dans son analyse de ce qui se faisait à l'étranger, la Cour a constaté que les balises fixées fonctionnaient et qu'aucun élément de preuve ne permettait de croire que les personnes handicapées y soient particulièrement vulnérables.

Les juges ont estimé par ailleurs que les médecins étaient en mesure de déterminer la capacité de leurs patients de fournir un consentement clair.

Marcel Reny rappelle par exemple que le projet de loi 52 prévoit qu'en plus de devoir déterminer si le patient est apte à prendre la décision de mourir, il faut que deux médecins se penchent sur le cas et qu'une équipe multidisciplinaire se prononce.

« Ce n'est pas un membre de la famille seul qui va dire " est-ce qu'on peut terminer ça ", pas du tout », prévient M. Reny.

« Si jamais le patient arrivait et le demandait à un moment donné, on va le rediriger. Mais ça ne se fera pas ici. »

— Une citation de  Suzanne Fitzback, directrice générale de la maison Mathieu-Froment-Savoie

Qu'à cela ne tienne, la vice-présidente de l'Alliance des maisons de soins palliatifs du Québec, Suzanne Fitzback, accueille le jugement avec froideur.

Mme Fitzback, qui est aussi la directrice générale de la maison Mathieu-Froment-Savoie, Suzanne Fitzback, martèle qu'il n'est pas question de faire de l'aide à mourir dans l'établissement.

« Moi ça ne me dérange pas le jugement de la Cour suprême. Ils ont stipulé que l'aide à mourir se ferait. Parfait! À partir de là, les gens ont le choix », croit-elle.

Elle affirme que la plupart des maisons de soins palliatifs sont contre l'aide à mourir parce que ce ne sont pas les services qui vont à l'encontre de leurs raisons d'être.

Ces établissements offrent des soins de confort qui permettent aux personnes en fin de vie d'obtenir un soulagement de leur douleur physique et de leur souffrance psychologique.

Suzanne Fitzback insiste aussi sur le fait qu'il arrive à des patients qui veulent en finir de changer d'avis, une fois qu'ils entrent en soin palliatif.

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