•  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  

Une étude met en lumière les ratés de la réforme scolaire

Le reportage d'Anne-Louise Despatie
Radio-Canada

Décevant : voilà qui qualifie à première vue le bilan de la réforme de l'éducation implantée au secondaire, selon une étude de l'Université Laval faite pour le compte du ministère de l'Éducation du Québec.

À tout le moins, ce « renouveau pédagogique » qui s'était amorcé en 2005 n'a pas encore donné les résultats escomptés. Entre autres conclusions de l'étude, il appert que la réforme n'a guère permis aux élèves en difficulté et aux garçons d'améliorer leur rendement scolaire. Devant ce constat insatisfaisant, le ministre de l'Éducation, Yves Bolduc, annonce déjà « un plan d'action ».

Plus ça va aller et mieux ça va aller. Mais, c'est certain qu'il y a des éléments qui nous préoccupent. C'est pourquoi je vais proposer un plan d'action pour améliorer la réussite scolaire.

Yves Bolduc, ministre de l'Éducation du Québec

L'implantation du renouveau pédagogique, terminée en 2010, avait pour but de transformer l'école secondaire en faisant appel au développement des compétences disciplinaires et transversales des élèves. La réussite des garçons et des élèves à risque, de même que la diminution du décrochage scolaire, étaient les principales cibles de cette réforme.

L'évaluation s'est déroulée de 2007 à 2013. Au total, 3724 jeunes et 3913 parents, répartis en trois cohortes distinctes, y ont participé. En comparant deux cohortes d'élèves soumises à la réforme avec une autre qui ne l'était pas, l'équipe de chercheurs, dirigée par les professeurs Simon Larose et Stéphane Duchesne, a remarqué que les résultats scolaires ne se sont pas améliorés. Ils ont même diminué en français, malgré l'ajout de 150 heures d'enseignement.

Des élèves ont aussi développé une vision plus négative de l'école. De l'avis d'un professeur en adaptation scolaire de l'Université Laval, Égide Royer :« C'est un peu comme si je vous donnais un médicament en vous disant : prenez-le et vous aurez un peu plus mal à la tête. C'est à ce point-là ».

L'entrevue de Patrice Roy avec Simon Larose, directeur du projet d'évaluation du renouveau à l'enseignement au secondaire de l'Université Laval

Taux de diplomation à la baisse

M. Royer remarque que si la réforme n'a eu qu'une faible incidence sur les élèves performants, les plus vulnérables, comme les garçons et les jeunes de milieu défavorisé, ont vécu « un net recul ». Le taux de diplomation, notamment, ne s'est pas amélioré.

Les garçons et les élèves à risque exposés à la réforme ont été moins nombreux à obtenir un diplôme du secondaire que ceux qui ne l'ont pas vécue.

intimidation école secondaire intimidateurintimidation école secondaire intimidateur

Ces résultats confirment certaines conclusions du rapport de 2014 du vérificateur général du Québec sur les ratés en matière de décrochage scolaire. Les dernières données en matière de diplomation au secondaire vont aussi dans le même sens que l'étude exhaustive amorcée en 2007 par l'Université Laval.

« J'ai un gars sur deux au Québec qui, entré à l'école secondaire en 2008, n'a aucun diplôme du secondaire. J'en ai seulement un sur deux et deux filles sur trois qui obtiennent leur diplôme dans les temps prévus », précise Égide Royer.

« Je vous invite à aller voir dans les autres provinces canadiennes, on est vraiment distinct là-dessus », ajoute le spécialiste en adaptation scolaire.

Quelle est donc la solution pour améliorer ces résultats? Égide Royer affirme qu'il faut à tout prix éviter une autre réforme et miser plutôt sur l'amélioration de la qualité de l'enseignement et des programmes déjà en place.

Prudence dans l'interprétation des résultats, conseille Yves Bolduc

Selon le ministre de l'Éducation du Québec, Yves Bolduc, la réforme scolaire n'est pas un échec. « Le chercheur lui-même affirme, dans l'étude, qu'il faut être très prudent, souligne M. Bolduc. C'était au début de la réforme et le nombre de personnes évaluées n'est peut-être pas suffisant pour montrer une différence. »

Yves Bolduc affirme qu'il faut envisager la situation dans une perspective à long terme.

Bien qu'il se montre rassurant, Yves Bolduc précise que ses préoccupations portent sur l'écart entre la réussite des filles et celle des garçons. Une situation qui s'observe dans toutes les provinces canadiennes et dans l'ensemble des pays de l'Organisation de coopération et de développement économique (OCDE). Selon Yves Bolduc, il faut tenir compte non seulement de la perfomance scolaire, mais aussi de la persévérance. « On veut que nos garçons étudient plus longtemps », précise le ministre de l'Éducation.

Il y a aussi place à amélioration du côté de l'apprentissage du français et de l'anglais, reconnaît encore en substance le ministre.

Au chapitre des bonnes nouvelles, Yves Bolduc souligne qu'en mathématiques, les élèves québécois se classent au premier rang à l'échelle canadienne. Et, au sein des pays membres de l'OCDE, ils sont deuxièmes, derrière les élèves finlandais. « Également au niveau des sciences, on est deuxièmes, derrière l'Ontario », dit le ministre Bolduc.

Les fondements de la réforme étaient bons, dit François Legault

Pour le leader de la Coalition avenir Québec, François Legault, qui a été ministre de l'Éducation de décembre 1998 à janvier 2002 et qui a piloté la réforme, le bilan ne peut être « noir ou blanc » : « Il y a certainement des ajustements à apporter mais je pense que les fondements de la réforme étaient bons », affirme-t-il.

François Legault avance que l'application de la réforme a pu faire défaut, notamment de la part des enseignants. Par exemple, dit M. Legault, « il y a des enseignants qui ont interprété qu'on écartait des connaissances alors qu'en fait, on en ajoutait ». L'ancien ministre péquiste de l'Éducation dit aussi se souvenir que les membres de l'Alliance des professeurs de Montréal avaient boudé des séances de formation offertes pour l'implantation de la réforme. 

Et les enseignants?

De leur côté, les auteurs de l'étude soulignent qu'il se peut que des enseignants aient eu du mal à s'approprier les nouveaux cours apportés par le renouveau pédagogique. Peut-être ont-il manqué de soutien, « ce qui a pu ébranler leur sentiment d'efficacité en classe et, indirectement, la réussite éducative de l'élève », écrivent les auteurs.

Faits saillants de l'étude :

  • On observe une baisse du taux de diplomation chez les élèves de la réforme, en particulier chez les garçons et les anglophones;
  • Ces élèves ont obtenu des résultats légèrement inférieurs à une épreuve de connaissances en mathématiques administrée en 5e secondaire; la différence était plus marquée chez les élèves à risque ou venant de milieux défavorisés;
  • À l'épreuve d'écriture, ils ont obtenu des cotes un peu moins fortes pour la cohérence de leur argumentation; en orthographe, les taux de réussite ont été bas pour les trois cohortes;
  • Les élèves de la réforme avaient une perception moins positive du climat de classe et des pratiques pédagogiques;
  • Les parents de ces élèves se sont dits moins satisfaits à l'égard de l'école.

Rectificatif

Le 4 février 2015, dans notre reportage télé sur les ratés de la réforme scolaire au Québec expliquant que les garçons et les anglophones ont été moins nombreux à obtenir leur diplôme d'études secondaires dans les temps prévus, les taux de diplomation des trois groupes comparés auraient dû être considérés comme suit (à la 54e seconde du reportage):

« 84 % des élèves hors de la réforme ont obtenu leur diplôme en 6 ans, contre 78,9 % et 81,1 % pour les deux groupes du Renouveau pédagogique ».

Or, nous avons utilisé par erreur la moyenne pondérée. La conclusion du reportage demeure la même mais, par souci d'exactitude, nous tenions à faire cette précision.
Nos excuses.

Mauricie et Centre du Québec

Éducation