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Municipalités dévitalisées : la proposition du Conseil du patronat vivement dénoncée dans l'Est

Yves-Thomas Dorval, président du Conseil du patronat du Québec
Yves-Thomas Dorval Photo: Radio-Canada/Louis-André Bertrand

Le président du Conseil du patronat du Québec, Yves-Thomas Dorval, avoue que la proposition faite jeudi en commission parlementaire sur le transfert de familles vivant dans les municipalités dévitalisées était malhabile.

Dans son mémoire déposé en commission parlementaire sur la Stratégie gouvernementale de développement durable, le Conseil du patronat du Québec propose au gouvernement Couillard de « réallouer une partie des budgets actuellement consacrés au maintien des municipalités dévitalisées vers des mesures facilitant la relocalisation [sic] des ménages qui y habitent ».

Yves-Thomas Dorval précise que le mémoire déposé jeudi traitait de développement durable et que la section sur les municipalités dévitalisées n'aurait pas dû y figurer.

Le conseil estime toutefois qu'il ne faut pas lutter à tout prix contre les migrations. Dans certains cas, il faut même les encourager, soutient le président.

Lorsqu'on a tout fait et exploré et qu'on doit regarder ce qui nous reste entre les mains, est-ce qu'on doit continuer à faire survivre des endroits par des subsides pour lesquels il n'y a aucune possibilité de développement économique, au terme d'un processus où on a tout tenté?

Yves-Thomas Dorval, président du Conseil du patronat du Québec

Selon M. Dorval, la question mérite d'être posée. « Il faut regarder les autres possibilités pour permettre aux populations concernées de retrouver une activité économique et un travail qui font en sorte qu'elles puissent subvenir à leurs besoins », estime-t-il.

Il existe 152 municipalités jugées dévitalisées par le gouvernement du Québec, dont plusieurs sur la Côte-Nord. Il y en a 70 en Gaspésie et au Bas-Saint-Laurent.

« Complètement déconnecté de la réalité »

Cette proposition du Conseil du patronat suscite de vives réactions dans l'Est du Québec.

Elle évoque les démarches du Bureau d'aménagement de l'Est du Québec (BAEQ) qui, dans les années 60 et 70, a suggéré la fermeture de 90 « paroisses marginales » au Bas-Saint-Laurent et en Gaspésie pour créer des pôles de développement.

Selon le Conseil du patronat, les commerces et services de proximité des municipalités qui accueilleraient ces familles déplacées se verraient consolidées et amélioreraient leur viabilité, comme l'avait estimé le BAEQ.

Le maire de Gaspé et co-porte-parole de la coalition Touche pas à mes régions, Daniel Côté, est scandalisé de la proposition du Conseil et croyait qu'il s'agissait d'un canular. « [Yves-Thomas Dorval] est un très bon patineur et je le prendrais dans mon équipe de hockey, dit-il. Mais comme je ne le veux pas dans mon équipe, je lui donnerais un bon coup d'épaule dans la bande pour le remettre sur terre. »

Moi aussi, je peux vous donner un paragraphe malhabile : il est complètement déconnecté de la réalité et on ne comprend absolument rien aux sensibilités des régions. On se défile en disant qu'on a mis ça dans un paragraphe malhabile. Quand tu prends le temps de l'écrire ton paragraphe, relis-toi. Ce n'est pas une excuse.

Daniel Côté, maire de Gaspé

Le député de Matane-Matapédia, Pascal Bérubé, a également vivement dénoncé la proposition, estimant que le triste souvenir du BAEQ existe encore pour le Conseil du patronat.

Pour sa part, le député de Haute-Gaspésie-La Mitis-Matane-Matapédia, Jean-François Fortin, croit que le Conseil adopte une analyse utilitariste, mercantile et simpliste. Selon lui, le Conseil joue à l'incendiaire.

Le ministre responsable de la région du Bas-Saint-Laurent et de la Gaspésie-Îles-de-la-Madeleine, Jean D'Amour, indique quant à lui qu'il ne commentera pas la proposition du Conseil du patronat. 

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