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Autopsie de l'ex-agent russe Litvinenko : l'une des plus dangereuses de l'histoire

Alexander Litvinenko à Londres, en 2002.

Alexander Litvinenko à Londres, en 2002

Photo : La Presse canadienne / AP/ALISTAIR FULLER

Radio-Canada
Prenez note que cet article publié en 2015 pourrait contenir des informations qui ne sont plus à jour.

La dépouille d'Alexander Litvinenko, empoisonné au polonium en 2006 à Londres, était si radioactive que son autopsie compte parmi « les plus dangereuses » jamais réalisées, a-t-on appris au deuxième jour de l'enquête publique qui tente d'élucider le meurtre de l'ancien agent russe.

M. Litvinenko, un ancien agent du KGB devenu un détracteur en règle du Kremlin, a été pris de violents malaises le 1er novembre 2006, après avoir pris le thé avec deux Russes au Millenium Hotel, à Londres. Il a été hospitalisé pendant trois semaines avant de mourir.

Le pathologiste Nathaniel Cary, qui a réalisé l'autopsie en compagnie de deux autres médecins légistes, a déclaré devant la commission d'enquête que sa dépouille était si dangereuse qu'elle a été laissée de côté pendant deux jours après sa mort dans un hôpital de Londres, le 23 novembre 2006.

M. Cary a ajouté que l'autopsie, réalisée au début de décembre 2006 par des experts vêtus de combinaisons de protection, compte « parmi les plus dangereuses jamais pratiquées en Occident ».

Un isotope difficile à détecter

Les médecins ont indiqué qu'ils n'auraient sans doute jamais découvert la cause du décès d'Alexander Litvinenko si un médecin n'avait pas ordonné une analyse d'urine peu avant sa mort. Il a ainsi été possible de déterminer quelques heures avant sa mort que M. Litvinenko avait été empoisonné au polonium-210, une substance radioactive.

L'autopsie a confirmé que Litvinenko avait absorbé une grande quantité de cette substance radioactive soluble et très toxique à des doses infimes.

« Il l'a ingérée probablement dans sa totalité, plutôt qu'il ne l'a inhalée », a précisé le Dr Nathaniel Cary. Ses propos ont été corroborés par son collègue, le Dr Ben Swift, qui a déclaré que les sévères inflammations dont Litvinenko souffrait à la gorge et à l'oesophage portaient à croire qu'il avait bien avalé le polonium-210.

Nathaniel Cary a indiqué ne connaître aucun autre cas d'empoisonnement au polonium où que ce soit dans le monde. Il estime d'ailleurs que la présence de l'isotope n'aurait jamais été décelée par les tests toxicologiques habituels.

Une spécialiste de la science nucléaire témoignant sous couvert de l'anonymat a confirmé qu'une théière du Millenium Hotel sur laquelle des traces de polonium ont été retrouvées était très probablement la source de contamination.

Elle a ajouté qu'il était impossible de connaître la provenance de la substance, dont la production est extrêmement complexe et onéreuse, puisqu'elle nécessite un réacteur nucléaire. Selon cette spécialiste, la production de polonium est estimée à moins de 100 grammes par an à l'échelle mondiale, en grande majorité d'origine russe

Le soir de son rendez-vous au Millenium Hotel, Alexander Litvinenko a été pris de nausées. Il a également eu de violents maux de ventre. Au cours de son agonie de 22 jours, il a perdu tous ses cheveux. Il est décédé d'un arrêt cardio-respiratoire causé par un dysfonctionnement organique généralisé.

Alexander Litvinenko aurait été empoisonné alors qu'il était allé prendre le thé au Millenium Hotel, à Londres.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Alexander Litvinenko aurait été empoisonné alors qu'il était allé prendre le thé au Millenium Hotel, à Londres.

Photo : AFP / BEN STANSALL

Litvinenko accusait Poutine

Les enquêteurs ont affirmé qu'Alexander Litvinenko avait assuré aux policiers que le président russe, Vladimir Poutine, avait personnellement ordonné qu'il soit tué. Le Royaume-Uni a lui aussi évoqué une participation de l'État russe.

Selon sa veuve, cet assassinat visait en partie à couvrir les liens du Kremlin avec la mafia, que Litvinenko aidait les services de renseignement espagnols à mettre au jour.

Le détective policier Craig Mascall a déclaré à la commission que l'enquête se poursuit et que les hommes qui ont rencontré M. Litvinenko pour prendre le thé, soit Dimitri Kovtun et Andreï Lugovoï, sont toujours recherchés pour meurtre. La Russie refuse de les extrader.

Le juge qui préside la commission les a invités à témoigner par vidéo, mais il ne dispose d'aucun pouvoir de contrainte.

Le Kremlin et les deux suspects ont à plusieurs reprises rejeté toute implication dans la mort d'Alexandre Litvinenko.

M. Lugovoï, un ancien agent du KGB aujourd'hui devenu parlementaire, estime que cette enquête vise à camoufler la responsabilité de l'agence britannique de renseignement MI6. La famille de M. Litvinenko affirme qu'il travaillait pour le MI6 au moment de son décès.

Avec les informations de Agence France-Presse, Reuters, et Associated Press

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