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Vous ne devinerez jamais quel est le patrimoine de la banlieue

Boulevard Taschereau

Boulevard Taschereau

Photo : Marie-Ève Maheu

Radio-Canada
| Mis à jour
Prenez note que cet article publié en 2015 pourrait contenir des informations qui ne sont plus à jour.

Qu'ont en commun une enseigne de salon de quilles à Longueuil, un temple bouddhiste à Brossard, un bungalow à Saint-Lambert et un paysage à Saint-Bruno? Ils ont tous été identifiés comme des éléments patrimoniaux, ou du moins d'intérêt identitaire, dans un rapport remis aux cinq villes de l'agglomération de Longueuil. Visite guidée.

Un reportage de Thomas GerbetTwitterCourriel

« Tout n'est pas laid en banlieue », lance d'emblée l'urbaniste Karl Dorais, au moment de commencer la visite. « Il faut casser la vision stéréotypée. Ça n'a pas besoin d'être vieux pour être patrimonial », poursuit celui qui s'est penché pendant une année sur ce dossier avec son collègue Christophe-Hubert Joncas, au sein de la coopérative de travail L'Enclume, qui oeuvre à la valorisation des territoires.

L'étude du « patrimoine culturel et identitaire » des cinq municipalités a été commandée par la Conférence régionale des élus de l'agglomération de Longueuil, avec le soutien du ministère de la Culture du Québec. Dans les derniers jours, les villes ont pris connaissance du rapport final, en cinq parties, que nous publions dans cette page.

1e étape : Longueuil

L'enseigne du salon de quille Champion est un incontournable du boulevard Taschereau. Elle trône en bordure de la route depuis une cinquantaine d'années. Le panneau vertical multicolore indique non seulement le plus grand salon de quille du Canada, mais il est aussi devenu un « point de repère » pour la population locale, estiment Karl Dorais et Christophe-Hubert Joncas.

« Pour les gens qui transitent sur le boulevard Taschereau, ou qui habitent à proximité, ça devient vraiment un élément de leur quotidien. Donc ça fait partie du paysage, ça fait partie de l'identité des gens du coin », analyse M. Joncas.

« Tout n'est pas patrimonial, mais certains éléments contribuent à définir l'identité ou les lieux »

— Une citation de  Karl Dorais, urbaniste et vice-président de L'Enclume

Les maisons de vétérans dans Saint-Hubert

Elles ont été construites toutes à l'identique et alignées, pour accueillir les soldats de retour de la Seconde Guerre mondiale. Aujourd'hui, ces quartiers sont très prisés par les jeunes familles, car il s'agit de petites maisons avec des terrains. Elles représentent un style de développement résidentiel typique de l'après-guerre.

2e étape : Brossard

Karl et Christophe s'arrêtent devant deux bungalows de Brossard. C'est là qu'a été tourné le film Deux femmes en or, sorti en 1970. Ils les ont d'ailleurs représentés sur la couverture de leur rapport. « Ce sont deux bungalows typiques », explique Christophe Hubert-Joncas.

Pour lui, le bungalow est le symbole d'une architecture moderne, d'un certain développement urbain qui a marqué le Québec. Il ajoute qu'il est bien sûr impossible de classer les bungalows au patrimoine afin de les protéger d'une transformation ou d'une démolition.

« Les bungalows, on est conscient que c'est une typologie de bâtiments que l'on retrouve un peu partout. Au final, ce qu'on veut susciter comme réflexion, c'est que l'architecture moderne est aussi une architecture qui peut être regardée, analysée, avec un oeil un peu plus sensible. »

— Une citation de  Karl Dorais, urbaniste, vice-président de L'Enclume

Brossard compte de nombreuses communautés culturelles et les édifices religieux constituent un patrimoine bâti caractéristique. Les deux urbanistes anticipent que le Quartier Dix30, et son modèle de Lifestyle center sera lui aussi reconnu comme un élément d'intérêt dans le futur.

3e étape : Boucherville

Le vieux Boucherville ressemble à un village paisible, éloigné des tumultes de la métropole. Les maisons centenaires sont déjà classées au patrimoine par le ministère de la Culture du Québec. 

« Ce qui est intéressant en banlieue, explique Christophe, le consultant en patrimoine, c'est que des éléments d'intérêt très âgés côtoient des éléments d'intérêt très contemporains ». Le développement urbain peut toutefois mettre en péril de vieilles maisons patrimoniales : « ce n'est pas parce que c'est classé qu'il n'y a aucune menace ».

4e étape : Saint-Bruno-de-Montarville

Au même titre que les rives du fleuve de Boucherville, Karl et Christophe ont identifié des paysages comme éléments patrimoniaux. « C'est une nouvelle tendance en urbanisme », expliquent-ils. La plaine agricole qui s'étend au pied du Mont-Saint-Bruno a retenu leur attention.

« La question du patrimoine va au-delà de ce qu'on pense. Il faut élargir le point de vue, regarder le territoire autrement »

— Une citation de  Christophe-Hubert Joncas, consultant en patrimoine au sein de L'Enclume

5e étape : Saint-Lambert

La question du patrimoine a fait les manchettes (Nouvelle fenêtre) ces dernières années à Saint-Lambert. Le sujet a même été un enjeu de la dernière campagne électorale municipale. L'ancien maire voulait remplacer le toit de l'aréna Éric-Sharp, une structure en bois construire au moment d'Expo67. La nouvelle administration municipale a décidé de sauver l'édifice.

« Le message aux municipalités c'est que la notion de patrimoine a évoluée », explique l'urbaniste Karl Dorais. Il aimerait une prise de conscience également des propriétaires de maisons patrimoniales en banlieue. 

« Dans certains quartiers, il y a une forme d'homogénéité qui a été conservée à travers le temps. Mais ce n'est pas le cas partout. Plusieurs personnes ont effectué des modifications sur leurs bâtiments, ce qui dénature l'authenticité. »

— Une citation de  Karl Dorais, urbaniste, vice-président de L'Enclume

Que feront les villes avec ce rapport ?

Les municipalités auront le choix de considérer ou non cette étude qui leur a été remise par la Conférence régionale des élus. Les urbanistes ne s'attendent pas à ce que tout soit classé et protégé, mais qu'il y ait « une prise de conscience » de l'intérêt de ces éléments qui nous entourent.

La directrice générale de la CRÉ de l'agglomération de Longueuil, Sylvie Grenier a trouvé « fort intéressant » de découvrir « qu'effectivement, c'est ce qui nous appartient comme patrimoine ».

Contexte difficile

La CRÉ fermera ses portes le 31 août en raison des compressions imposées par le gouvernement provincial. Il sera difficile dans ce contexte de réaliser un suivi de ce rapport. Par ailleurs, les cinq maires de l'agglomération sont en conflit. La directrice générale de la CRÉ espère fédérer les municipalités autour d'un projet commun, en réalisant, par exemple, un circuit touristique.

Pour aller plus loin : visionnez ici (Nouvelle fenêtre) le webdocumentaire sur les 80 ans du boulevard Taschereau

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