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Les coupes de subventions aux GMF auront des impacts sur les patients

Compressions dans des GMF : reportage de Jean-Philippe Robillard
Radio-Canada

Le gouvernement du Québec a commencé à sévir contre les groupes de médecine familiale (GMF) qui ne respectent pas les engagements liés à leur financement. Et les patients vont en subir les contrecoups.

Un texte de Jean-Philippe RobillardTwitterCourriel

Au cours des derniers mois, Québec a imposé des pénalités financières à 24 GMF, et 9 sont menacés de se voir retirer leur accréditation.

À Varennes, le GMF des Seigneuries a vu son financement réduit de 30 %. Pour la médecin responsable du GMF, Anne Lévesque, c'est un manque à gagner d'environ 60 000 $ pour la prochaine année.

Si on perd du financement, on perd une tête d'infirmière, des bras de secrétaires. Ça ne fonctionne plus. C'est un peu comme une peau de chagrin.

Anne Lévesque, médecin responsable du GMF des Seigneuries

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Mme Lévesque reconnaît que 9 des 11 médecins qui y travaillent sont à temps partiel. « On n'est pas tous des médecins à temps complet par choix. Comme moi, j'ai décidé de ne plus faire le même nombre d'heures. Par contre, j'ai augmenté ma clientèle. Ça, c'est mon choix de vie. Ce n'est pas juste d'augmenter pour augmenter. C'est de dire : "est-ce que je suis capable de les voir et de les prendre en charge [les patients] parce que c'est facile de dire : "je les prends tous, mais est-ce qu'il va y avoir un suivi?" ».

Résultat : dans six mois, le GMF va redevenir une simple clinique et une partie des 6500 patients du GMF vont perdre leur médecin de famille. Une situation qui inquiète certains patients, comme Claude Turgeon.

« On va être obligés d'aller dans les urgences des hôpitaux pour encombrer encore plus le système », indique M. Turgeon, qui pourrait devoir s'inscrire sur la liste d'attente pour se retrouver un médecin de famille.

Selon des données du ministère de la Santé, 25 % des 259 GMF n'ont toujours pas atteint les quotas de patients que leur avait fixés Québec pour toucher leurs subventions. Les 66 GMF se retrouvent surtout en Gaspésie, à Montréal, dans Lanaudière et dans les Laurentides.

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Par ailleurs, 32 GMF ne respectent pas l'autre cible, celle d'offrir 68 heures de service par semaine (par eux-mêmes ou par entente), en particulier à Montréal, en Gaspésie-Îles-de-la-Madeleine, dans les Laurentides et en Montérégie.

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300 GMF : cible atteignable?

Les GMF ont été lancés il y a 10 ans dans l'espoir que chaque Québécois ait un médecin de famille. À l'heure actuelle, le Québec compte près de 260 GMF, qui regroupent autour de 4000 médecins, 600 infirmières et de nombreux professionnels. Dans le dernier rapport annuel de gestion du ministère de la Santé, le ministre Gaétan Barrette maintenait à 300 la cible du nombre de GMF « d'ici 2015 ».

Selon Sylvain Dion, vice-président de la FMOQ, « il est certain qu'il y a de moins en moins de milieux assez gros pour développer un GMF. On parle d'un minimum de 6000 patients inscrits avec des offres de service étendu. On a moins de ces milieux-là. Ceux qui demeurent, ce sont de petites cliniques de un ou deux médecins qui pourraient se regrouper. »

La cible de 300 demeure-t-elle atteignable? « On sait qu'on va devoir attirer un nombre plus grand de médecins en cabinets ou en CLSC pour pouvoir assurer l'accessibilité aux médecins de famille, répond M. Dion. Possiblement qu'avec cet afflux de nouveaux médecins, on pourra peut-être augmenter le nombre de GMF ou à tout le moins consolider les GMF existants. »

M Dion rappelle que les GMF « ont été développés sous pression politique. Il y avait une mode à une certaine époque qu'il fallait un GMF dans telle ou telle ville. On ne se le cachera pas, il y a eu des annonces, en présence du ministre et du député. Les agences avaient convenu avec ces médecins-là qu'avec du recrutement nouveau ils pourraient atteindre leurs cibles. »

« Or, ce recrutement-là ne s'est pas réalisé. On a peut-être voulu allez trop vite avant d'avoir l'adhésion des médecins, si bien qu'on se retrouve avec des groupes qui risquent d'être pénalisés. La population aussi risque d'être pénalisée », conclut Sylvain Dion.

Société