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Une révolution dans le traitement des maladies du sang

Radio-Canada

Chaque année, des centaines de Canadiens souffrant d'un cancer du sang ou d'une leucémie apprennent que leur seule chance de vivre réside dans une greffe de moelle osseuse. Une découverte pourrait maintenant révolutionner la façon de traiter les maladies du sang.

D'après un reportage de Claude D'Astous et Yves LévesqueCourriel de Découverte

Le Dr Guy Sauvageau et son équipe de l'Institut de recherche en immunologie et en cancérologie (IRIC) de l'Université de Montréal ont réussi à multiplier les cellules souches de sang de cordon. Une percée qui lui a d'ailleurs valu le titre de scientifique de l'année de Radio-Canada.

La moelle osseuse et les cellules souches du sang

La moelle osseuse est l'usine où se fabrique le sang. On y trouve les cellules souches sanguines. Ce sont elles qui renouvellent continuellement le sang et ses composantes.

Si cette fantastique machine s'enraye, c'est la maladie. À défaut de la réparer, il faut la remplacer. C'est ce que fait la greffe de cellules souches du sang. Mais pour cela, il faut absolument trouver un donneur.

Pour voir l'extrait sur votre appareil mobile, cliquer ici (Nouvelle fenêtre).

N'est pas donneur qui veut

Lors d'une greffe de cellules souches sanguines, on se trouve aussi à greffer un nouveau système immunitaire. Si celui-ci ne reconnaît pas l'organisme du greffé comme étant le sien, il va l'attaquer. C'est la réaction du greffon contre l'hôte, où le greffon rejette le greffé.

Pour éviter que cela se produise, on recherche un donneur qui possède les mêmes gènes d'histocompatibilité que le receveur. Ces gènes sont la carte d'identité de l'organisme. Plus ces gènes sont identiques, plus le greffon acceptera le greffé. Il existe trois façons de le faire :

Pour voir le graphique sur votre appareil mobile, cliquez ici.

La création d'UM 171

Le Dr Sauvageau poursuit depuis 25 ans ce rêve de multiplier les cellules souches du sang en laboratoire. Chez la souris, il avait résolu le problème. Il réussissait à les multiplier à volonté. Il pensait parvenir à cette réussite chez l'humain en adaptant la recette trouvée chez le rongeur. Il a frappé un mur. Ce qui fonctionnait chez la souris ne fonctionnait pas chez l'humain. Il avait beau insister et insister. Rien n'y faisait.

Pour y parvenir, il a décidé d'emprunter une autre voie : le criblage à haut débit.

C'est une méthode très utilisée en science. On prend un grand nombre de molécules et on les teste pour voir ce qu'elles font. Ici, c'est un coup de dé. C'est ainsi qu'on a testé 5000 molécules pour vérifier leur action sur des cellules souches sanguines. Cela aurait pu être un coup d'épée dans l'eau. Mais une molécule, UM 729, semblait avoir réussi l'exploit. Mais elle le faisait trop peu pour un usage thérapeutique.

Réinventer une molécule

Le Dr Guy Sauvageau a remis cette molécule à l'équipe de chimistes médicinaux de l'IRIC. À partir de UM 729, ils ont retiré certains atomes, en ont ajouté d'autres. Et après chaque modification, il a fallu vérifier l'activité de la molécule réinventée. Deux à trois chimistes s'y sont consacrés à temps plein pendant près de trois ans. Revenant continuellement à la table de dessin.

Le manège s'est répété et répété encore. Un travail de moine. Ils ont bricolé 300 molécules avant d'obtenir celle qu'ils voulaient : UM171. UM pour Université de Montréal. Une molécule 20 fois plus puissante, avec moins d'effets secondaires.

Les chimistes ont remis cette molécule dans les mains des biologistes. Les expériences sur les cellules souches de sang de cordon pouvaient commencer.
Et les résultats ont de quoi se réjouir. En 12 jours de culture avec UM 171, on obtient 13 fois plus de cellules souches qu'au départ et 100 fois plus de cellules progénitrices. Les cellules progénitrices sont les filles des cellules souches, ce sont elles qui se transforment pour produire les composantes du sang.

En avril 2015 commenceront les études cliniques chez l'humain. Si tout fonctionne comme prévu, une révolution est en marche.

La révolution du sang de cordon

Il y a deux moments où la vie du greffé est en danger :

  • Le premier : quand il est immunodéprimé
  • Le deuxième : quand le greffon a colonisé la moelle osseuse du greffé et qu'il commence à produire des globules blancs. Ceux-ci risquent d'attaquer l'hôte

C'est la réaction du greffon contre l'hôte. Dans les deux cas, on fait appel à un arsenal thérapeutique soit pour suppléer l'absence d'un système immunitaire efficace, soit pour aider le greffon à accepter son nouveau corps. La greffe de moelle osseuse n'est pas sans danger. Environ 20 % des patients n'y survivent pas.

Pour raccourcir la période où le patient est immunosupprimé, la solution consiste à un apport massif de cellules souches sanguines. Pouvoir multiplier les cellules souches en laboratoire permettra d'y parvenir. Plus il y a de cellules souches, plus vite elles coloniseront la moelle osseuse et produiront un nouveau système sanguin et immunitaire.

Pour contrer la réaction du greffon contre l'hôte, la solution consiste à utiliser les cellules naïves du sang de cordon compatible 10 sur 10. Cela pourrait être réalisé par la multiplication des banques de sang de cordon à travers le monde.

Selon le Dr Guy Sauvageau, on pourrait parvenir à abaisser la mortalité due à une greffe à moins de 5 %, et peut-être même sous le 1 %. Et si on atteint une si faible mortalité, on pourrait alors envisager d'utiliser la greffe de cellules souches du sang pour traiter des maladies sanguines comme la thalassémie et l'anémie falciforme, ou encore des maladies auto-immunes très débilitantes comme la sclérose en plaques, la polyarthrite rhumatoïde, le lupus et la maladie de Crohn.

Tout cela pourrait devenir possible parce qu'on est désormais capable de multiplier en laboratoire les cellules souches du sang de cordon.

L'espoir est là, mais il y a encore du travail à accomplir. C'est une histoire à suivre.

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Science