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L'Isle-Verte, 12 mois de deuil et de questions

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Au lendemain de l'incendie à l'Isle-Verte

Radio-Canada
Prenez note que cet article publié en 2015 pourrait contenir des informations qui ne sont plus à jour.

Le 23 janvier 2014, à L'Isle-Verte, au Bas-Saint-Laurent, se joue l'un des pires drames de l'histoire récente du Québec. Un violent incendie détruit une partie de la Résidence du Havre. Trente-deux personnes âgées de 80 à 99 ans meurent. Du dur réveil des 1372 résidents de L'Isle-Verte aux audiences de la Commission d'enquête sur la tragédie qui ont pris fin le 18 décembre, nous revenons sur une dernière année éprouvante pour la communauté.

Tout commence à 00h22. L'alarme incendie résonne. La Centrale de contrôle d'alarmes du Québec appelle à la Résidence du Havre. Le préposé de nuit Bruno Bélanger répond.

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La Centrale appelle immédiatement le Centre d'appel d'urgence de l'Est du Québec (CAUREQ), responsable du service 911. L'employé de la Centrale de contrôle d'alarmes du Québec est mis en attente pendant 30 secondes avant de pouvoir signaler l'incendie.

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Avec le recul et la révélation de certains faits, le temps d'attente semble être la première pièce d'une série d'évènements à jouer contre les résidents de la Résidence du Havre. Entre autres, le chef des pompiers de L'Isle-Verte, Yvan Charron, attend d'être sur les lieux de l'incendie avant de demander de l'aide des autres services incendie. Il arrive 20 minutes après le premier appel d'urgence. Le chef affirme ne pas avoir reçu la première alerte en raison d'un problème de téléavertisseur. Des portes du bâtiment sont verrouillées. Aussi, aucun poste de commandement n'est établi. Le froid, le vent et la nature de l'immeuble compliquent aussi les opérations.

Des héros

Lors de cette soirée chaotique, des gens se comportent en héros. Un résident de 84 ans, Arnaud Côté, contribue au sauvetage de trois résidentes en perte d'autonomie. Des policiers de la Sûreté du Québec, dont l'un n'a qu'un seul mois d'ancienneté, se précipitent à l'intérieur de la résidence, sans équipement de protection. Ils sauvent une dizaine de personnes.

Un pompier-préventionniste de 28 ans Christian Provencher arrache Jacqueline Dumont-Martel, 85 ans, des flammes. Elle était prise sur son balcon du deuxième étage, une heure après le début de l'incendie.

C'était l'enfer. J'avais des tisons qui me tombaient sur la tête. Ma jaquette était pleine de trous. J'avais peur.

Jacqueline Dumont-Martel, ex-résidente de la Résidence du Havre

« J'ai passé 15 à 20 minutes sur le balcon. J'ai crié un gros 10 minutes. La fumée m'enterrait de temps en temps. La manière dont le troisième étage brûlait, c'était l'enfer. Ça me tombait sur la tête. Il y avait des tisons qui tombaient sur moi », se souvient Jacqueline Dumont-Martel.

Dur réveil

Le Québec se réveille et prend conscience de l'ampleur du drame. Les questions fusent au sujet des gicleurs, du nombre d'employés de nuit. Dans ce tumulte, les gens de L'Isle-Verte souffrent en silence.

La population ne cherche pas à trouver un coupable. Toutefois, 24 heures après l'incendie, des sources indiquent que l'incendie aurait pris naissance dans la chambre d'un locataire, un résident qui aurait fumé dans sa chambre malgré une interdiction du préposé de nuit.

À la suite de l'enquête publique tenue en décembre, le coroner Cyrille Delâge se dit convaincu d'une chose. Le feu n'a pas éclaté dans la chambre 208, celle du fumeur.

Les recherches

À travers les affirmations et les questions, les recherches commencent dans le but de retrouver les dépouilles dans les décombres.

« Pour vous donner une idée du travail à faire, à certains endroits, l'épaisseur de la glace est de 60 cm », explique, à ce moment, le porte-parole de la Sûreté du Québec, Guy Lapointe.

Une semaine plus tard, les corps de cinq victimes demeurent introuvables. Trois victimes n'ont toujours pas été formellement identifiées après un an, la raison : l'ampleur de la dévastation.

Après un temps, les projecteurs s'éteignent, les regards se détournent et les Isle-Vertois et les proches des victimes peuvent vivre leur deuil.

Six mois plus tard

Les propriétaires, Roch Bernier et Irène Plante, et les assureurs, Promutuel, engagent, le 23 juillet une poursuite de 3,8 millions de dollars contre la Municipalité de L'Isle-Verte. Ils accusent la Municipalité d'erreurs qu'ils jugent « lourdes et grossières ». Les avocats Guy et Dominique Bertrand représentent les propriétaires.

Dans la requête déposée, on reproche à L'Isle-Verte de ne pas avoir mis en place un plan d'urgence ni d'évacuation.

En août, le gouvernement du Québec annonce la tenue d'une enquête publique, présidée par le coroner Cyrille Delâge, pour mettre en lumière la chronologie et le déroulement de la tragédie.

Regardez l'ampleur du drame, les gens méritent d'avoir des réponses à leurs questions.

Lise Thériault, ministre de la Sécurité publique

Les propriétaires ont retiré leur poursuite de 1,5 million de dollars. Roch Bernier et Irène Plante en ont fait l'annonce quatre jours après la fin de l'enquête publique qui s'est tenue en décembre. Les assureurs n'ont pas encore annoncé leurs intentions quant à un possible retrait. Ils réclament 2,3 millions de dollars.

En décembre, l'enquête publique expose la lenteur des pompiers de L'Isle-Verte à appeler les renforts et la faiblesse de leur formation, des informations que l'émission Enquête avait mises sous les projecteurs.

S'il n'y a pas de coordination, les pompiers deviennent une partie du problème et non la solution.

Cyrille Delâge, le coroner

Le coroner Cyrille Delâge montre aussi du doigt le préposé de nuit Bruno Bélanger. Le coroner met en doute son témoignage lors de l'enquête publique.

En janvier, la municipalité annonce que le chef des pompiers de L'Isle-Verte, Yvan Charron, et ses hommes retournent sur les bancs d'école grâce à un nouveau programme de formation lancé par le gouvernement et destiné aux pompiers à temps partiel.

Entre temps, la communauté s'est donné un monument commmoratif pour se souvenir. Tout au long de ces 12 mois, elle s'est promis de continuer. « Au-delà du devoir de mémoire, nous avons le devoir de vivre », lance la mairesse de L'Isle-Verte, Ursule Thériault.

« Je suis persuadée que nous allons nous relever et devenir des hommes et des femmes meilleurs », affirme le curé de la paroisse, Gilles Frigon.

C'est coloré L'Isle-Verte. Ce n'est pas juste l'incendie.

Résidente de L'Isle-Verte

Avec la collaboration de Denis Leduc

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