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Couillard semble « imprégné » des valeurs saoudiennes, selon le chef du PQ Stéphane Bédard

Philippe Couillard et les valeurs saoudiennes : reportage de Davide Gentile

Selon le chef intérimaire du PQ, Stéphane Bédard, le séjour de quatre ans de Philippe Couillard en Arabie saoudite comme médecin au début dès années 1990 pourrait expliquer « l'inaction et l'insensibilité » du premier ministre dans les dossiers de la laïcité de l'État et de la lutte contre le radicalisme religieux.

Il semble très imprégné de ces valeurs, de cette réalité, de cette façon de vivre ensemble. Au Québec, c'est différent. On peut voir ce qui se passe ailleurs, mais en même temps, on lui demande de ne pas importer cette réalité ici.

Le chef intérimaire du Parti québécois, Stéphane Bédard, en point de presse jeudi, le 22 janvier 2015

Son collègue et aspirant chef, Alexandre Cloutier, a pour sa part rappelé que l'Arabie saoudite est un des pires endroits pour l'égalité entre hommes et femmes, en raison notamment de l'application de la charia, la loi islamique, et que le séjour qu'y a fait M. Couillard pourrait avoir assoupi sa vigilance sur certains enjeux.

« De toute évidence, il y a peut-être trop de tolérance de la part du premier ministre en ce qui a trait à la violation qui est faite des droits de la personne, du moins son expérience personnelle à avoir une compréhension qui n'est pas juste de la situation », a-t-il proposé.

Et selon un autre aspirant chef, Bernard Drainville, M. Couillard devrait mieux saisir l'importance du débat au Québec sur la place à accorder à la religion du fait même qu'il a séjourné en Arabie saoudite.

Je pense qu'il devrait très, très bien comprendre jusqu'où peut mener l'intégrisme, l'extrémisme religieux; il a pu l'observer.

Bernard Drainville

De Davos en Suisse, où il participe au Forum économique, le premier ministre Philippe Couillard a retorqué que ces propos étaient « à la limite de la diffamation ».

Le chef libéral, visiblement irrité, a affirmé qu'il pourrait y avoir matière à poursuite, mais qu'il n'avait pas de « temps à perdre » avec un « individu semblable », faisant allusion à Stéphane Bédard.

Si j'étais susceptible, je pourrais le poursuivre pour avoir dit ça.

Le premier ministre Philippe Couillard

Selon le premier ministre, les péquistes ressortent un discours « boueux » afin de ne pas avoir à préciser leur pensée sur la question souverainiste.

Il estime par ailleurs ironique de voir le PQ, qui s'est distingué selon lui par son attaque « sans précédent » contre les libertés individuelles avec son projet de charte des valeurs, faire la leçon aux autres sur la liberté.

M. Couillard a également été membre du conseil consultatif international mis sur pied par le ministre de la Santé d'Arabie saoudite à partir de 2009.

Bédard précise sa pensée

Par voie de communiqué, le chef péquiste Stéphane Bédard a tenu à souligner plus tard en soirée jeudi qu'en « aucun cas », il n'a souhaité laisser entendre que le premier ministre désire implanter au Québec différentes pratiques qui bafouent les droits humains et qui ont cours, en ce moment, en Arabie saoudite ».

Il dit espérer « que cette précision permette de mieux comprendre le sens de ses propos et, surtout, qu'elle ne détourne pas l'attention du véritable enjeu, soit la nécessité, pour le premier ministre, d'agir dès maintenant afin de mieux comprendre, de documenter et de prévenir les phénomènes qui conduisent à la radicalisation de certains individus ».

La radicalisation : une question de justice et de sécurité publique, et non d'immigration

Le chef intérimaire du PQ a aussi critiqué la décision du premier ministre de nommer Kathleen Weil, la ministre de l'Immigration, comme responsable du groupe de réflexion qui doit, d'ici la fin de l'année au plus tôt, produire un plan d'action pour lutter contre l'extrémisme et le radicalisme religieux. Il craint que des immigrants ne se sentent stigmatisés par ce choix.

C'est même une stigmatisation des immigrants : comme s'ils étaient responsables de cette radicalisation. C'est faux. Les Québécois d'origine sont aussi victimes de radicalisation. Il suffit de prendre les événements qui se sont déroulés ici au Québec, au Canada ou en France. Alors, ce n'est pas issu directement de l'immigration.

Le chef intérimaire du Parti québécois, Stéphane Bédard, en point de presse jeudi 22 janvier 2015

De l'opinion de M. Bédard, ce dossier aurait dû être confié aux ministres de la Justice et de la Sécurité publique.

Le cas de Raïf Badawi

Stéphane Bédard estime que le premier ministre « manque à ses responsabilités », notamment dans l'affaire très médiatisée du blogueur Raïf Badawi, condamné à mille coups de fouet et à dix ans de prison en Arabie saoudite.

Le chef péquiste estime que M. Couillard doit prendre position de manière plus forte, publiquement. Un point de vue adopté aussi par Bernard Drainville qui pense qu'il devrait tirer profit de ses liens avec l'Arabie saoudite pour soulever la question des droits de l'homme dans ce pays.

Pour sa part, le député Pierre Karl Péladeau pense qu'une déclaration de Philippe Couillard n'aurait pas d'impact significatif puisque « les relations internationales appartiennent au Canada et à cet égard-là, que ce soit l'Arabie saoudite ou tout autre pays, c'est de compétence fédérale ».

Pierre Karl Péladeau estime que, si le Québec était un pays, une telle déclaration aurait plus de poids.

Vers un projet de loi sur la laïcité

Le gouvernement libéral du Québec a décidé de traiter séparément les questions de radicalisme religieux et de laïcité. Ainsi, pendant que la ministre de l'Immigration planchera sur un plan d'action contre l'extrémisme, la ministre de la Justice, Stéphanie Vallée, s'occupera de tout le dossier touchant la neutralité de l'État. 

Mercredi, le premier ministre Couillard n'a pas exclu que son gouvernement dépose, d'ici le mois de juin, un projet de loi sur la laïcité.

Or, une semaine auparavant, le premier ministre avait au contraire estimé peu probable le dépôt d'un tel projet de loi d'ici l'été. Pour Bernard Drainville, ce sont des « tergiversations » : « Est-ce qu'il va finir par se brancher, notre premier ministre? », a-t-il demandé.

Avec les informations de La Presse canadienne

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