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Affaire Badawi : la flagellation reportée, la mobilisation se poursuit

La mobilisation se poursuit pour Raïf Badawi : reportage d'Azeb Wolde-Giorghis

En Arabie saoudite, la flagellation du blogueur Raïf Badawi a une deuxième fois été reportée pour des raisons médicales, rapporte Amnistie internationale.

Après plusieurs tests réalisés par un comité de huit médecins, ceux-ci ont recommandé d'annuler la session de flagellation de 50 coups de fouet qu'il devait recevoir demain, indique l'organisme de défense des droits de la personne.

Ce report pourrait être répété la semaine prochaine aussi, selon ce qu'a appris la porte-parole de la famille, Elham Manea.

Le blogueur a reçu 50 premiers coups de fouet le 9 janvier. Selon des informations obtenues par Amnistie Internationale, l'homme était mal en point. L'Arabie saoudite a ensuite annulé les deux autres flagellations prévues pour lui.

L'Arabie saoudite a sous-estimé le cas de Raïf Badawi et l'indignation que sa flagellation soulèverait. Les condamnations de la société civile, d'organisations de droits de la personne, d'organisations internationales et, surtout, de gouvernements alliés qui ont changé leur ton à son endroit ont eu des effets. 

Elham Manea, porte-parole de la famille Badawi

Raïf Badawi, 31 ans, avait été arrêté en juin 2012 après avoir critiqué le régime saoudien et s'être exprimé sur l'islam sur son blogue. Il a été inculpé de cybercrime, d'apostasie et de désobéissance à son père, ce qui constitue un crime dans le royaume. Il a été condamné à 10 ans de prison, à 300 000 $ d'amende et à 1000 coups de fouet. Une fois la peine de prison purgée, il lui sera interdit de voyager pendant 10 ans.

Baird s'entretient avec un prince saoudien à Davos

De passage au Forum économique mondial à Davos , le ministre canadien des Affaires étrangères, John Baird, s'est entretenu avec le prince Turki Al Faisal, membre de la famille royale saoudienne.

Selon un membre de son entourage cité par La Presse Canadienne, le ministre Baird a soulevé les préoccupations de son gouvernement face au cas de Raïf Badawi lors de cette rencontre.

Interpellé par Amnestie internationale pour exercer des pressions sur l'Arabie saoudite, Ottawa a d'abord répondu au groupe de défense des droits de la personne que M. Badawi n'était pas Canadien et qu'il pouvait difficilement intervenir en sa faveur.

Toutefois, après la première flagellation, le ministre des Affaires étrangères, John Baird, a finalement dénoncé publiquement le châtiment corporel infligé au blogueur et a appelé les autorités de l'Arabie à faire preuve de clémence.

Les Nations unies et le département d'État américain ont également réclamé l'annulation totale de la peine du blogueur saoudien. Hier, Raïf Badawi a reçu un appui de taille : une lettre signée par 18 lauréats de prix Nobel.

Manifestation de soutien à Raïf Badawi à MontréalManifestation de soutien à Raïf Badawi à Montréal

Manifestation de solidarité avec Badawi à Montréal

La mobilisation se poursuit au Québec, où s'est réfugiée la famille de M. Badawi. Une manifestation regroupant des leaders politiques, des artistes et des militants des droits de la personne a eu lieu à la mi-journée à Montréal.

Le chef du NPD, Thomas Mulcair, y était présent. « C'est barbare, ni plus ni moins », a-t-il dit d'emblée pour qualifier le sort réservé au blogueur saoudien.

« J'espère que M. Harper va commencer à se rappeler que le Canada, historiquement, a toujours imposé des règles de conduite avec ses partenaires », a souligné M. Mulcair, ajoutant qu'Ottawa doit se préoccuper de l'usage fait des armes canadiennes vendues à l'Arabie saoudite.

Dans un pays qui a un piètre bilan en matière de droits de la personne, il y a de quoi se préoccuper du comportement du gouvernement conservateur à l'international.

Le chef du NPD, Thomas Mulcair

Le député de Québec solidaire Amir Khadir a abondé dans le même sens, estimant que le gouvernement canadien pourrait « exiger de l'Arabie saoudite de rendre conditionnelle cette vente au respect par l'Arabie saoudite de normes minimales de droits humains ».

Selon lui, les Québécois et les Canadiens sont d'autant plus interpellés par cette affaire que la famille de Badawi a trouvé refuge à Sherbrooke.

Il a évoqué le fait aussi que « notre gouvernement a d'intimes relations avec l'Arabie saoudite. Ça, ce n'est évidemment pas conforme aux souhaits de beaucoup de Canadiens qui trouvent d'ailleurs que c'est assez étrange qu'au moment où on mène un combat international contre le fanatisme islamique violent, qu'on accepte que nos compagnies vendent pour 15 milliards de dollars d'armement à un pays qui exporte depuis 30 ans le fanatisme violent islamique ».

C'est l'Arabie saoudite qui est le foyer de l'appui aux mouvements islamistes les plus fanatiques, les plus violents. Et là, notre gouvernement ne voit pas de problème à [lui] vendre 15 milliards de dollars [en armes].

Amir Khadir

Sans cautionner les accusations des péquistes envers Philippe Couillard, Amir Khadir estime que le premier ministre devrait se servir de ses contacts en Arabie saoudite pour promouvoir les droits de la personne.

La compagnie canadienne General Dynamics a conclu un contrat de 15 milliards de dollars avec l'Arabie saoudite pour la vente de véhicules blindés.

Polémique Couillard-PQ

Le chef intérimaire du PQ, qui trouve que Philippe Couillard est « imprégné » des valeurs de l'Arabie saoudite, estime que le premier ministre doit prendre position de manière plus forte, publiquement, dans cette affaire. Un point de vue partagé par Bernard Drainville, qui pense que M. Couillard devrait tirer profit de ses liens avec l'Arabie saoudite pour soulever la question des droits de l'homme dans ce pays.

Depuis Davos, M. Couillard a répondu à ses détracteurs péquistes, dont Alexandre Cloutier, refusant que celui-ci lui fasse la leçon dans ce dossier. Il ne comprend pas pourquoi ce candidat à la direction du PQ l'enjoint d'intervenir à Davos auprès d'un prince saoudien, ancien ambassadeur invité à l'événement, alors qu'il n'a pas vu le député péquiste « lever le petit doigt ».

Philippe Couillard trouve ironique de voir le PQ, qui, selon lui, s'est distingué par son attaque « sans précédent » contre les libertés individuelles avec son projet de charte des valeurs, faire la leçon aux autres sur la liberté. 

Avec les informations de La Presse canadienne

Estrie

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