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  • Exclusif
  • Changements climatiques et phosphore : les jeunes perchaudes ne survivent plus aux hivers

    Une perchaude du lac Saint-Pierre

    Photo : Maude Montembeault, Radio-Canada

    Radio-Canada

    Les perchaudes de moins d'un an du lac Saint-Pierre ne survivent plus aux hivers. Ce sont les conclusions d'une étude inédite dont Radio-Canada a obtenu copie.

    Un texte de Maude MontembeaultTwitterCourriel

    Les nouvelles données colligées par les scientifiques du ministère des Forêts de la Faune et des Parcs démontrent que l'augmentation de la température du lac fluvial, classé réserve mondiale de la biosphère par l'UNESCO, et la présence de cyanobactéries dans l'eau ont ruiné l'habitat de la perchaude. Il s'agit d'une première manifestation tangible des changements climatiques dans le lac Saint-Pierre.

    L'effondrement des stocks de perchaudes a pu être quantifié par les scientifiques, entre autres grâce à 40 stations immergées dans le lac Saint-Pierre. Les données de 2013, qui ne sont pas encore publiées, montrent que la survie des perchaudes est en péril. Un constat d'autant plus inquiétant que l'espèce joue un rôle essentiel dans l'écosystème du lac Saint-Pierre.

    De plus, depuis de nombreuses années, les chercheurs échantillonnent 210 lieux dans le lac fluvial, à raison de cinq fois au cours du mois de mai. Le tableau suivant démontre que, malgré le moratoire en vigueur depuis 2012, la population chute.

    Nombre de perchaudes dans le lac Saint-Pierre, de 2002 à 2013, selon leur âgeAgrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

    Nombre de perchaudes dans le lac Saint-Pierre, de 2002 à 2013, selon leur âge

    Photo : Direction de la gestion de la faune Mauricie et Centre-du-Québec, ministère des Forêts, de la Faune

    Les jeunes [perchaudes] n'atteignent pas les tailles nécessaires. Donc, [elles] n'accumulent pas assez d'énergie pour passer l'hiver, qui est une période assez difficile pour les poissons à nos latitudes.

    Pierre Magnan, président du comité de suivi des stocks de perchaude et professeur titulaire de la Chaire de recherche du Canada en écologie des eaux douces

    Causes

    La perchaude est une espèce qui peut vivre en eau chaude. Là n'est pas le problème. Cependant, le réchauffement de l'eau jumelé aux pratiques agricoles en vigueur détruit les herbiers qui sont à la fois l'habitat et le garde-manger du poisson. La température moyenne estivale est passée de 14,8 à 16,5 degrés Celsius, soit une augmentation de plus de 0,5 degré par décennie.

    On a observé, depuis une quinzaine d'années, une augmentation des températures moyennes dans le lac Saint-Pierre, jusqu'au point où on a atteint la prolifération des algues bleues. Et ça, c'est une première manifestation des changements climatiques.

    Pierre Magnan, président du comité de suivi des stocks de perchaudes et professeur titulaire de la Chaire de recherche du Canada en écologie des eaux douces
    Évolution de l'habitat de la perchaudeAgrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

    Évolution de l'habitat de la perchaude

    Photo : Direction de la gestion de la faune Mauricie et Centre-du-Québec, ministère des Forêts, de la Faune

    Perte de végétation aquatique submergée (habitat de la perchaude) dans le lac Saint-PierreAgrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

    Perte de végétation aquatique submergée (habitat de la perchaude) dans le lac Saint-Pierre

    Photo : Direction de la gestion de la faune Mauricie et Centre-du-Québec, ministère des Forêts, de la Faune

    Le manque de nourriture a donc des conséquences sur la croissance de la perchaude. Au fil des ans, la taille moyenne d'une perchaude d'un an est passée de 8,5 cm à 7 cm, ce qui représente son seuil minimal de survie.

    Espèces associées aux herbiers aquatiques en déclin depuis 2002Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

    Espèces associées aux herbiers aquatiques en déclin depuis 2002

    Photo : Direction de la gestion de la faune Mauricie et Centre-du-Québec, ministère des Forêts, de la Faune

    Diminution de croissance des jeunes perchaudesAgrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

    Diminution de croissance des jeunes perchaudes

    Photo : Direction de la gestion de la faune Mauricie et Centre-du-Québec, ministère des Forêts, de la Faune

    Moratoire jusqu'en 2017

    Pendant ce temps, les pourvoyeurs voient leur chiffre d'affaires diminuer. « Point de vue perchaude, ça m'a coupé peut-être 50 % à peu près de ma clientèle », déplore Yvan Paulhus.

    « La pêche à la perchaude, c'était une pêche familiale, c'était une pêche où on pouvait emmener les enfants », ajoute Jean Lévesque, président de l'Association des pêcheurs du lac Saint-Pierre. « Il faisait beau, on pêchait durant la journée et malheureusement, cette clientèle-là est disparue complètement. » Selon Jean Lévesque, les pourvoyeurs ont perdu plusieurs centaines de milliers de dollars en revenus depuis l'imposition du moratoire.

    Pêche blanche sur le lac Saint-PierreAgrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

    Pêche blanche sur le lac Saint-Pierre

    Photo : Maude Montembeault, Radio-Canada

    Renverser la vapeur

    Les scientifiques écartent maintenant le cormoran et le gobie à taches noires des causes principales de la disparition de la perchaude.

    Comme il est difficile de contrer les changements climatiques, ils misent sur l'amélioration des pratiques agricoles et sur l'aménagement de marais pour inverser la tendance. Des démarches en ce sens sont déjà amorcées au ministère de l'Environnement. Pour le moment, rien ne garantit que ces mesures seront suffisantes pour permettre aux stocks de perchaudes de se reconstituer.

    Pêche blanche sur le lac Saint-PierreAgrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

    Pêche blanche sur le lac Saint-Pierre

    Photo : Maude Montembeault, Radio-Canada

    Environnement