•  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  

Oxfam appelle à freiner la spirale vertigineuse des inégalités

Dans un bidonville de Manille, aux Philippines, un homme transporte des déchets pour aller les vendre.

Dans un bidonville de Manille, aux Philippines, un homme transporte des déchets pour aller les vendre.

Photo : Romeo Ranoco / Reuters

Radio-Canada

L'organisme caritatif Oxfam s'attend à ce que, l'an prochain, le patrimoine cumulé des 1 % les plus riches du monde dépasse celui des 99 % du reste de la population.

L'organisme international demande aux dirigeants qui se rendront cette semaine au forum économique mondial de Davos de freiner la tendance actuelle à l'augmentation des inégalités, notamment en « réécrivant les règles fiscales internationales ».

Dans un rapport publié lundi, Oxfam montre que la part du patrimoine mondial détenu par les 1 % les plus riches est passée de 44 % en 2009 à 48 % l'an dernier, et qu'elle dépassera les 50 % en 2016. Présentement, 80 personnes possèdent autant que 3,5 milliards de personnes.

Pour consulter le graphique sur votre appareil mobile cliquez ici (Nouvelle fenêtre).

La directrice générale d'Oxfam, Winnie Byanyima, qui coprésidera le forum de Davos cette année, qualifie de « vertigineuse » l'ampleur des inégalités mondiales. C'est pourquoi elle demande aux dirigeants internationaux de s'attaquer « aux intérêts particuliers des poids lourds qui font obstacle à un monde plus juste et plus prospère ».

Oxfam rappelle qu'une personne sur neuf ne mange pas à sa faim, et que plus d'un milliard de personnes vivent avec moins de 1,25 $ par jour.

Oxfam appelle les États à adopter un plan pour lutter contre les inégalités en contrant l'évasion fiscale, en promouvant la gratuité des services publics, en taxant davantage le capital et moins le travail, en instaurant des salaires minimum ou encore en mettant en place une protection sociale pour les plus pauvres.

Selon Mme Byanyima, les inégalités extrêmes ne constituent pas seulement un préjudice moral pour les plus pauvres, mais elles sapent aussi la croissance économique et pèsent sur les profits du secteur privé.

Le forum économique mondial, dont ce sera la 45e édition, se tiendra à Davos, en Suisse, de mercredi à samedi. Plus de 300 dirigeants politiques y sont attendus.

Pour consulter ce graphique sur votre appareil mobile, cliquez ici (Nouvelle fenêtre).

Aux origines des inégalités

Bernard Élie, professeur d'économie à l'UQAM, estime que trois causes ont préparé le lit des inégalités dans le monde.

En entrevue à l'émission radiophonique Pas de midi sans info, il a désigné d'abord le « changement structurel de la fiscalité » à la faveur duquel l'impôt sur les revenus des entreprises et des plus nantis a largement diminué, alors que la taxe à la consommation a augmenté (introduction de la TPS au Canada, sous Mulroney).

Il note au passage que les salaires n'ont pas augmenté depuis une vingtaine d'années.

Il y a d'autre part le phénomène des paradis fiscaux qui privent les États d'importantes sources de revenus. « La grande mobilité des capitaux et le décloisonnement du secteur financier ont amené des possibilités énormes de détourner des capitaux et d'avoir des abris fiscaux », explique Bernard Élie.

D'où, analyse-t-il, l'absence de « mesures d'égalisation ou de soutien à la consommation ». C'est, selon lui, le cas au Québec où la rigueur budgétaire du gouvernement Couillard va « frapper le porte-monnaie des travailleurs moyens et de bas niveaux de salaires au Québec ».

Le professeur d'économie relève enfin une erreur dans les politiques économiques qui ont prévalu durant les dernières décennies, car les facilités accordées aux entreprises pour obtenir de l'épargne n'ont pas été toujours couronnées par des investissements.

Que ce soit durant les années 1980, sous l'ère Thatcher, au Royaune-Uni, et Reagan, aux Étas-Unis, ou encore pendant la crise de 2007-2008, « la baisse des revenus des entreprises et des hauts revenus n'a pas amené à une reprise économique. Au contraire, les entreprises ont accumulé les liquidités de manière très importante et les grandes entreprises font de l'évasion fiscale une forme de politique des revenus ».

Pour Bernard Élie, une meilleure répartition des richesses est certainement la meilleure solution à ces disparités, car cela a pour effet de stimuler la consommation et, par conséquent, la reprise économique.

« Il est absolument nécessaire que la demande, surtout pour de biens essentiels, reprenne et que les entreprises arrêtent, à travers des systèmes financiers, d'investir dans des secteurs qui sont improductifs, qui sont spéculatifs et qui entraînent encore plus une baisse des revenus des États », conclut-il. 

Les inégalités augmentent et c'est inquiétant : d'accord ou pas d'accord?

Avec les informations de Agence France-Presse, et La Presse canadienne

International