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L'expérience de la première clinique sans médecin au Québec

L'infirmière praticienne de la clinique sans médecin, Isabelle Têtu, reçoit un patient
L'infirmière praticienne de la clinique sans médecin, Isabelle Têtu, reçoit un patient Photo: Myriam Fimbry

Des chercheurs de Montréal, de Québec et de Rimouski veulent documenter le rôle de l'infirmière praticienne à travers l'exemple de la toute première clinique sans médecin, qui a vu le jour à Québec en octobre dernier. Ce projet pilote de 18 mois est financé par la Fédération interprofessionnelle de la santé du Québec (FIQ).

Un reportage de Myriam Fimbry TwitterCourriel à Désautels le dimanche

M. Auclair a 69 ans et n'a plus de médecin de famille. Pour un nettoyage d'oreille, il est venu consulter l'infirmière praticienne Isabelle Têtu à la clinique SABSA (Service à bas seuil d'accessibilité), située dans la Basse-Ville de Québec depuis 2011.

Elle a constaté que sa tension artérielle était haute. Elle lui a demandé de prendre sa tension à la maison matin et soir et de revenir la voir. Elle soupçonne un problème d'hypertension.

L'infirmière praticienne ne peut pas poser ce diagnostic, qui relève du médecin, mais elle peut détecter une maladie chronique et assurer le suivi du traitement.

« C'est inestimable. C'est efficace. Il faudrait développer ça », s'exclame Robert Martineau, 56 ans, pris d'un violent mal de gorge juste avant de partir pour Bali, en Indonésie. Il n'a plus de médecin de famille depuis août. L'infirmière lui a fait passer un test de streptocoque et il ressort de son rendez-vous avec une ordonnance d'antibiotiques... sans avoir vu un médecin. Rassuré, il pourra partir en voyage.

La clinique sans médecin est située au-dessus du Familiprix, à droite. Le bureau de l'infirmière praticienne est équipé pour des examens médicaux et des prises de sangLa clinique sans médecin est située au-dessus du Familiprix, à droite. Le bureau de l'infirmière praticienne est équipé pour des examens médicaux et des prises de sang. Photo : Myriam Fimbry

Cette clinique sans rendez-vous s'est installée pour 12 à 18 mois dans les locaux de la coopérative SABSA, qui soigne avec l'aide d'infirmières bénévoles des personnes marginalisées (itinérants, consommateurs de drogues, etc.).

Depuis des années, la FIQ réclame un rôle accru de l'infirmière praticienne pour répondre aux besoins de la population. « Au gouvernement, nous nous sommes heurtés à un mur de silence », dit sa présidente, Régine Laurent. Alors le syndicat a décidé de financer lui-même un projet pilote et une recherche, en déboursant 150 000 $.

Tant qu'on ne peut pas faire la démonstration, chiffres à l'appui, c'est plus facile de nous mettre de côté.

Régine Laurent, présidente de la FIQ

« L'infirmière est payée à la semaine. En une semaine, quels actes posent-elles? On va comparer avec le système médical régulier : combien cela coûterait? Est-ce que c'est une proposition économique? », explique Bernard Roy, professeur en sciences infirmières à l'Université Laval.

Il va documenter aussi, de manière qualitative, comment l'infirmière travaille et comment elle aide le patient à mieux prendre en main sa santé.

Le chercheur et professeur à l'Université Laval en sciences infirmières Bernard Roy discute avec la coordonnatrice de la clinique Sabsa, Emmanuelle LapointeLe chercheur et professeur à l'Université Laval en sciences infirmières Bernard Roy discute avec la coordonnatrice de la clinique Sabsa, Emmanuelle Lapointe. Photo : Myriam Fimbry

L'idée n'est pas de remplacer les médecins de famille, mais de trouver une solution au manque d'accès aux soins, qui touche une partie de la population. « Ça libère du temps médical pour les patients qui ont vraiment besoin d'être vus par un médecin », ajoute Régine Laurent.

L'infirmière praticienne ne travaille pas seule. Si elle a besoin d'un conseil ou de confirmer son analyse, Isabelle Têtu communique par courriel ou par téléphone avec un médecin-partenaire. Le Dr André Fréchette, à la clinique Saint-Vallier, peut même au besoin recevoir le patient, ce qui est arrivé deux fois depuis la mise en place du projet pilote.

Ça ne nous enlève pas de travail. Au contraire, ça rend notre travail beaucoup plus intéressant.

Dr André Fréchette, médecin à la clinique Saint-Vallier, à Québec
Le Dr André Fréchette, médecin à la clinique Saint-VallierLe Dr André Fréchette, médecin à la clinique Saint-Vallier Photo : Myriam Fimbry

André Fréchette comprend les réticences de certains collègues médecins, mais il les croit dues à la crainte du changement. « Les médecins auraient intérêt à collaborer avec ces professionnelles », dit-il. « De cette manière, le médecin de famille est utilisé à un niveau d'expertise où il aurait toujours dû être dans la cascade d'interventions médicales. »

Écoutez le reportage radio de Myriam Fimbry dimanche à l'émission Désautels le dimanche.

L'infirmière praticienne

Diplôme de baccalauréat et de maîtrise en poche, elle a des compétences reconnues par la loi qui lui permettent de poser toute une série d'actes médicaux, comme soigner des otites, des infections, faire des examens gynécologiques ou des prises de sang. Elle peut renouveler les prescriptions d'une grande majorité de médicaments.

Deux différents profils en santé au Québec

Et vous, qu'en pensez-vous? Auriez-vous des réticences à être reçu par une infirmière praticienne plutôt que par un médecin? Laissez-nous vos commentaires ci-dessous.

Santé