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La nouvelle charte de Bernard Drainville

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Bernard Drainville, député péquiste dans Marie-Victorin

Bernard Drainville, député péquiste dans Marie-Victorin

Photo : ICI Radio-Canada/Louis-André Bertrand

Radio-Canada
Prenez note que cet article publié en 2015 pourrait contenir des informations qui ne sont plus à jour.

Le député et candidat à la direction du Parti québécois (PQ) Bernard Drainville a dévoilé ce matin les détails de sa nouvelle charte de la laïcité, qu'il désigne comme une charte « plus consensuelle ». La nouvelle charte se démarque notamment de la première mouture par l'ajout d'une clause de droits acquis pour les employés actuels de l'État en ce qui a trait au port de signes religieux.

Ainsi, seulement les nouveaux employés de l'État seraient soumis à l'interdiction d'afficher leur religion.

M. Drainville indique qu'il en est venu à « donner un droit acquis » parce qu'aucun Québécois ne veut qu'un employé de l'État perde son emploi en raison du port de signes religieux, bien que la majorité soit en faveur de la laïcité. 

Mon objectif est de rallier un certain nombre de personnes qui étaient contre la charte.

Bernard Drainvillle

Autre élément de différence avec la première charte, afin de respecter leur tradition d'indépendance, les cégeps, les universités et les municipalités ne seraient pas obligés de se conformer à la politique de neutralité religieuse gouvernementale. Ils devraient toutefois se doter de leur propre politique sur le sujet.

Par ailleurs les policiers, les juges, les gardiens de prison, les enseignantes du primaire et du secondaire, les éducatrices en CPE et en garderies subventionnées, les fonctionnaires et les travailleurs du réseau de la santé devraient s'y conformer.

C'est là la leçon que je tire : ceux et celles qui s'opposaient à la charte de la laïcité, la première raison c'était à cause de cette possibilité qu'il y ait des congédiements parce qu'on interdisait le port des signes religieux. Je vous ai entendus, je comprends que vous ne voulez pas que quiconque perde sa job. 

Bernard Drainville

Pour « mieux lutter contre l'intégrisme religieux », Bernard Drainville propose également trois éléments complètement nouveaux:

  • la création d'un observatoire de recherche-action sur l'intégrisme religieux et les crimes d'honneur, une proposition de l'ancienne députée libérale Fatima Houda-Pépin
  • la création d'une ligne 1-800 sur les crimes d'honneur, comme il en existe en Grande-Bretagne depuis 2012
  • la création d'une équipe spéciale d'intervention composée de policiers, de travailleurs sociaux et d'intervenants de la protection de la jeunesse formés spécifiquement pour les crimes d'honneur

Pour ce qui est du crucifix du Salon bleu de l'Assemblée nationale, Bernard Drainville affirme qu'il pourrait être déplacé vers un lieu ouvert au public. Comme auparavant, il affirme cependant que cette décision revient aux députés du Parlement.

Le député affirme que son annonce n'est pas motivée par la course à la chefferie du Parti québécois, mais qu'il se sent plutôt le devoir « de faire avancer le débat ».

Il nie profiter de l'occasion que lui ont donnée les attentats terroristes de Charlie Hebdo à Paris pour faire son annonce, comme l'a critiqué la ministre de la Justice, Stéphanie Vallée, qui pilote le dossier de la neutralité religieuse de l'État. « Je donne suite à l'engagement que j'ai pris avant Noël », a dit M. Drainville.

Est-ce qu'on va laisser les extrémistes, qui commettent des crimes, qui tuent des gens, dicter les choix démocratiques que nous devons faire dans une société démocratique? La réponse est non. Je ne leur donnerai pas un pouce, je trouve que repousser à plus tard c'est d'une certaine façon céder aux extrémistes, c'est comme leur donner raison. 

Bernard Drainville

Bernard Drainville pense que les Québécois considèrent « qu'on a assez discuté, qu'on a assez réfléchi ». « Il faut prendre des décisions », lance-t-il, ajoutant que la charte est un projet à long terme, puisque seul un gouvernement péquiste la ferait adopter.

Malgré tout ce qu'on a pu dire, je persiste et signe. Je crois profondément que la laïcité est un principe fondamental. C'est un instrument collectif qui nous permet de nous rassembler autour de règles et de valeurs communes comme la neutralité de l'État, l'égalité entre les femmes et les hommes, l'idée qu'il faut des balises un moment donné pour protéger un nombre de principes qui nous tiennent à cœur.

Bernard Drainville

Québec solidaire veut éviter la division

La députée de Québec solidaire Françoise David s'étonne qu'« à peine une semaine après les événements [de Paris] », M. Drainville revienne à la charge avec « des versions, certes plus souples, d'une charte qui avait créé tant de polarisation au sein de la population québécoise ». Selon Mme David, cela sème une « confusion inutile ».

Même si elle convient qu'« il faut réaffirmer dans un texte de loi l'importance d'une laïcité forte au Québec », Françoise David estime qu' « à l'heure actuelle, nous diviser encore autour du port de signes religieux par des fonctionnaires et travailleuses-eurs des services publics n'apporterait aucune véritable solution relativement à la lutte aux intégrismes politiques et religieux ».

La députée de Québec solidaire interpelle le premier ministre Phillippe Couillard auquel il appartient, selon elle, de relancer le débat sur la laïcité et la lutte contre l'intégrisme.

M. Couillard doit avoir le courage politique de déposer un projet de loi, promis depuis la campagne électorale de 2014 et sans cesse repoussé, sur la lutte aux intégrismes et l'encadrement de la laïcité.

Françoise David 

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