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Boko Haram applique la politique de la terre brûlée

Images satellitaires du village de Doron Baga prise le 7 janvier. Quelque 3100 structures ont été détruites.

Images satellitaires du village de Doron Baga prise le 7 janvier. Quelque 3100 structures ont été détruites.

Photo : Micah Farfour/Digital Globe

Radio-Canada
Prenez note que cet article publié en 2015 pourrait contenir des informations qui ne sont plus à jour.

Des images satellitaires fournies par Amnistie internationale montrent l'ampleur des destructions perpétrées par le groupe islamiste Boko Haram lors d'attaques menées le 3 janvier dans les villages de Baga et Doron Baga, dans le nord-est du Nigeria, près du lac Tchad.

Ces images, prises avant et après l'attaque, montrent que 3100 structures ont été endommagées ou détruites par le feu à Doron Baga, un village qui s'étend sur 4 kilomètres carrés, et 620 autres à Baga, qui s'étend sur 2,5 kilomètres carrés.

« Ces images détaillées montrent des dévastations d'une ampleur catastrophique dans deux villages, l'un d'eux ayant même été pratiquement rasé de la carte en quatre jours. »

— Une citation de  Daniel Eyre, représentant d'Aministie Internationale pour le Nigeria

Selon un représentant de l'organisation de défense des droits de la personne, Daniel Eyre, ces images et les témoignages de témoins laissent croire que ces villages, et d'autres situés dans les alentours, ont été le théâtre de « l'attaque la plus meurtrière jamais menée » par l'organisation. 

« Parmi toutes les attaques étudiées par Amnistie internationale jusqu'ici, il s'agit de la plus importante et la plus destructrice. Il s'agit d'une attaque délibérée contre des civils, dont les maisons, les cliniques et les hôpitaux ne sont plus que des ruines. »

— Une citation de  Daniel Eyre, représentant d'Aministie internationale pour le Nigeria

Selon Amnistie internationale, les militants de Boko Haram ont l'habitude de cibler des communautés soupçonnées de collaborer avec les forces de sécurité nigérianes, en formant des milices d'autodéfense composées de civils. C'était le cas à Baga.

Un témoin a raconté à l'organisation que pendant l'attaque à Baga, des islamistes disaient chercher des membres de cette milice. Selon lui, ils allaient de maison en maison, exécutant les hommes en âge de se battre.

D'autres témoins ont décrit que le groupe a rassemblé les femmes, les enfants et les vieillards qui avaient tenté de fuir. Une femme affirme qu'ils ont fini par relâcher les femmes âgées, les mères de famille, et la plupart des enfants après quatre jours. Ils ont cependant gardé les plus jeunes femmes.

Baga avait aussi été attaquée par Boko Haram en avril 2013. La Croix-Rouge nigériane évaluait que l'attaque avait fait près de 200 morts.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Baga avait aussi été attaquée par Boko Haram en avril 2013. La Croix-Rouge nigériane évaluait que l'attaque avait fait près de 200 morts.

Photo : Pigiste / Reuters

Sur la base de ces témoignages, Amnistie internationale croit que Boko Haram a abattu des « centaines de civils » dans ces attaques. La semaine dernière, l'organisation avait avancé le chiffre de 2000 morts. L'armée nigériane a plutôt évoqué un bilan de 150 victimes.

« Les attaques délibérées contre des civils et la destruction de leur propriété par Boko Haram sont des crimes de guerre et des crimes contre l'humanité sur lesquels il faut enquêter. »

— Une citation de  Extrait du communiqué d'Amnistie Internationale

Ce massacre « est un crime contre l'humanité, et pas autre chose. C'est le massacre atroce d'innocents », a commenté le secrétaire d'État américain John Kerry, de passage jeudi en Bulgarie. « Boko Haram continue d'incarner une menace grave, non seulement pour le Nigeria et la région, mais pour l'ensemble de nos valeurs. »

Selon le chef de la diplomatie américaine, Boko Haram est « l'une des entités terroristes les plus malfaisantes et menaçantes actives aujourd'hui sur la planète ».

Au moins 650 000 personnes ont été déplacées sur le territoire nigérian en raison des attaques de Boko Haram, selon le plus récent bilan du Bureau de coordination des affaires humanitaires des Nations unies.

Le Tchad offre son aide au Cameroun

La lutte contre Boko Haram dépasse désormais les seules frontières du Nigeria. Le Tchad a offert mercredi son « soutien actif » au Cameroun, où un sanglant affrontement entre militants islamistes et soldats a eu lieu lundi autour d'un camp militaire.

Selon le gouvernement camerounais, 143 « terroristes » et un soldat camerounais ont été tués dans l'affrontement. Yaoundé affirme en outre avoir saisi un important arsenal.

Depuis plusieurs mois, Boko Haram multiplie ses actions au Cameroun. Ils y ont posé des bombes, attaqué des véhicules de transport en commun et des bases militaires, incendié des villages et volé du bétail.

Des Nigérians transportent à l'hôpital un homme qui a été blessé dans un attentat à la bombe perpétré dans marché de Potiskum, le 12 janvier.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Des Nigérians transportent à l'hôpital un homme qui a été blessé dans une attentat à la bombe perpétré dans marché de Potiskum, le 12 janvier.

Photo : Getty Images / AMINU ABUBAKAR

« Face à cette situation qui menace dangereusement la sécurité et la stabilité du Tchad et porte atteinte à ses intérêts vitaux, le gouvernement tchadien ne saurait rester les bras croisés », indique un communiqué publié le gouvernement tchadien.

L'offre du Tchad a été faite au terme d'une rencontre réunissant le président tchadien Idriss Déby et le ministre camerounais de la Défense Edgard Alain Mebe Ngo'o, mercredi, à N'Djamena.

Le Tchad a aussi appelé « tous les États de la sous-région, en particulier les États membres de la CEEAC (Communauté économique des États de l'Afrique centrale) à soutenir le gouvernement camerounais en vue de faire échec aux incursions déstabilisatrices de cette secte ».

N'Djamena exhorte aussi la communauté internationale à poser « des actions concrètes et conséquentes en faveur du Cameroun et de tous les États riverains du lac Tchad, en vue d'éradiquer ce fléau.

Le Tchad et le Cameroun sont frontaliers du nord-est du Nigeria. Les trois pays sont riverains du lac Tchad.

Le Tchad a été épargné jusqu'ici par les attaques de Boko Haram. Au Cameroun, cependant, la passivité du Nigeria et de la communauté internationale face à Boko Haram est très critiquée.

Notre dossier

L'armée nigériane dit avoir repoussé une attaque à Biu

Mercredi, l'armée nigériane a affirmé sur Twitter qu'elle avait repoussé une attaque de Boko Haram menée à Biu, à environ 400 kilomètres au sud-est de Baga.

Les assaillants auraient été interceptés par des soldats d'une caserne voisine, ce qui aurait donné lieu à des combats d'environ deux heures. Des dizaines de militants auraient été tués.

Ces développements surviennent alors que le Nigeria, première économie et pays le plus peuplé d'Afrique, entre dans une élection présidentielle qui s'annonce serrée.

L'insécurité est le thème principal de la campagne, qui oppose le président sortant Goodluck Jonathan à l'ancien dictateur Muhammadu Buhari.

La commission électorale nigériane a d'ores et déjà prévenu qu'il est « peu probable » que le vote puisse avoir lieu dans les zones contrôlées par Boko Haram, une situation susceptible de miner la crédibilité du vainqueur.

Avec les informations de Agence France-Presse

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