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Lente reprise de l'adoption internationale en Haïti

Samantha, cinq ans après le séisme : reportage d'Anne-Louise Despatie

Aucun enfant d’Haïti n’a été adopté par des familles québécoises depuis l’arrivée dans la province, dans les semaines suivant le séisme, de 126 petits Haïtiens.

Twitter Photo : Anne-Louise Despatie

Après avoir traité les dossiers les plus avancés, soit ceux des enfants haïtiens déjà jumelés à des familles québécoises avant le tremblement de terre, les deux organismes accrédités au Québec ont dû suspendre l’adoption internationale en Haïti.

Il a fallu attendre 2013 pour réactiver les autres demandes d’adoption déposées avant janvier 2010. L’année dernière, de nouveaux parents adoptants ont pu commencer le processus. Si bien qu’une vingtaine de familles sont inscrites à l’heure actuelle, et le Secrétariat à l’adoption internationale (SAI) prévoit l’arrivée de quatre enfants au cours de l’année 2015.

Sous la pression internationale, le gouvernement haïtien s’est conformé aux exigences de la Convention de La Haye, et il a révisé son processus d’adoption. Des changements qui s’imposaient, selon le pédiatre Jean-François Chicoine, de l’Hôpital Sainte-Justine.

Il fallait attendre et essayer de bâtir des lois plus respectueuses. S’assurer que l’enfant est vraiment abandonné, parce que trafic d’enfants, ça existe. Est-ce que les parents de naissance sont vraiment au courant qu’ils ne reverront plus l’enfant? Ce qui n’était pas clair avec Haïti.

Jean-François Chicoine, pédiatre au CHU Sainte-Justine

Celui qui explique qu’il faut adopter moins et mieux croit en l’adoption internationale, à condition qu’elle soit sécuritaire. « Il ne faut pas adopter de travers parce que, dans la vie de tous les jours, les enfants adoptés ont déjà des problèmes particuliers, une blessure.  Je le vois tous les jours. »

Un orphelinat en HaïtiUn orphelinat en Haïti en 2010 Photo : SRC

Le Secrétariat l’adoption internationale du Québec a encouragé le gouvernement haïtien à centraliser le processus d’adoption et à revoir le rôle des crèches. « En période de crise comme un séisme, toutes les autorités internationales, notamment l’Unicef, recommandent d’arrêter l’adoption internationale », précise Josée-Anne Goupil, directrice générale du Secrétariat à l’adoption internationale.

Je comprends que ce soit difficile pour les familles adoptantes, mais on veut surtout éviter de les placer dans des situations où les enfants ne sont pas réellement à adopter.

Josée-Anne Goupil, directrice générale du Secrétariat à l’adoption internationale.

Mais pour bien des parents québécois qui cherchent des pays encore ouverts à l’adoption, le gel imposé à Haïti après le séisme reste encore difficile à comprendre.

Marie-Claude Fortin et ses deux filles, nées en HaïtiMarie-Claude Fortin et ses deux filles, nées en Haïti Photo : Anne-Louise Despatie

« Comme parent adoptant, je trouve ça horrible qu’on ait profité de ce moment-là pour mettre de la pression sur un pays qui était traumatisé, pour l’obliger à suivre nos règles », soutient Marie-Claude Fortin, une mère adoptante.  « Alors qu’on sait qu’il y a des enfants abandonnés dans la rue, qui ont besoin de familles. Il faut être prudent, oui, mais il faut accélérer le processus. Ce n’est pas assez rapide. »

Il est difficile d’évaluer la durée du processus en fonction de la nouvelle loi haïtienne, mais le SAI estime qu’une fois les premières demandes traitées, il faudra entre deux ou trois ans. « Une durée comparable à celle qui prévalait avant le séisme », estime Mme Goupil.

Pour regarder sur votre appareil mobile ce graphique sur l’évolution de l’adoption internationale au Québec,  cliquez ici (Nouvelle fenêtre)


Samantha, cinq ans plus tard

Quelques jours après le séisme du 12 janvier 2010, la petite Samantha qu’attendaient Marie-Claude Fortin et sa fille aînée, Sophonie, était retrouvée bien vivante dans une crèche de Port-au-Prince par Emmanuelle Latraverse et son caméraman.

L’enfant est arrivée à Ottawa à la fin de janvier, grâce au processus accéléré. Dans l’urgence, cette opération a permis d’accueillir plus de 200 enfants dans des familles canadiennes, dont plus de la moitié  avaient été jumelés à des parents du Québec.

Samantha Fortin Photo : Anne-Louise Despatie

Samantha a maintenant 6 ans et occupe une chambre pleine de vie avec sa grande sœur Sophonie, adoptée en Haïti elle aussi.

Samantha Fortin en 2010 Photo : SRC

Samantha est arrivée à Ottawa le 30 janvier 2010, dans l’urgence et dans les bras d’une bénévole, à bord d’un avion nolisé par le gouvernement canadien ramenant les enfants promis à l’adoption. En tout, 126 enfants haïtiens ont été adoptés par des familles du Québec. 

À un an et demi, Samantha avait le poids d’un bébé de six mois. Dans son cas, le séisme a devancé son arrivée au Québec d’au moins une année. Une année salutaire pour la petite fille qu’on voit ici en janvier 2010.

Samantha Fortin Photo : Anne-Louise Despatie

En un an, Samantha avait rattrapé son retard de développement. Elle est maintenant en maternelle dans une école de Montréal.

Samantha Fortin et sa famille Photo : Anne-Louise Despatie

L’heure des repas est un moment important pour la famille composée de Marie-Claude Fortin, de Sophonie (10 ans) et de Samantha (6 ans), qui a encore bon appétit.

Nous avions suivi cette petite survivante du séisme de 2010 tout au long des premiers mois passés à manger, à grandir et à s’attacher à sa nouvelle famille. Revoyez ce reportage ici :

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