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Le CSSS de Gatineau placé sous tutelle

Le reportage de la journaliste Charlotte Landry

Québec place le Centre de santé et de services sociaux (CSSS) de Gatineau sous administration provisoire, en raison de difficultés budgétaires, pour une durée de 180 jours.

Le ministre de la Santé et des Services sociaux, Gaétan Barrette, en a fait l'annonce aujourd'hui.

Les pouvoirs des membres du conseil d'administration de l'établissement sont également suspendus.

À leur place, le ministre Barrette a nommé un fondé de pouvoir en la personne du président-directeur général de l'Agence de la santé et des services sociaux de l'Outaouais (ASSS), Jean Hébert. Ce dernier sera remplacé par Denis Chénier, à la tête de l'ASSS.

Jean Hébert, le PDG de l'Agence de santé et des services sociaux de l'OutaouaisJean Hébert, le PDG de l'Agence de santé et des services sociaux de l'Outaouais Photo : Radio-Canada

« Manifestement, il y a un problème de gestion, il y a un problème de rigueur dans la gestion », soutient le ministre de la Santé.

Ce dernier, admet que M. Hébert, aura pour mandat de faire le ménage au CSSS, mais il devra surtout implanter les mesures contenues dans le Rapport sommaire de l'accompagnement stratégique à l'élaboration du plan de redressement budgétaire produit par la firme Raymond Chabot Grant Thornton.

« Les évaluations sont claires. Il est possible, sans toucher aux services, ni à la quantité, ni à la qualité, de revenir à l'équilibre budgétaire en prenant les décisions qui s'imposent », croit Gaétan Barrette.

Le document propose des mesures visant à rendre le CSSS plus efficace, en plus de suggérer des économies potentielles de 24 millions de dollars.

« Avant-goût d'une dictature ministérielle ? », se questionnent les syndicats

Le Conseil central des syndicats nationaux de l'Outaouais (CSN) ainsi que la Fédération de la santé et des services sociaux (FSSS-CSN) ont réagi par voie de communiqué pour dénoncer la mesure mise en place par le ministre.

Ils craignent que la tutelle engendre « des coupures sauvages et drastiques sans mesurer l'impact des services de soins à la population », affirme Christian Meilleur, vice-président régional de la FSSS.

Selon les syndicats, le ministre veut « instaurer un climat de terreur » au sein des établissements de santé du Québec.

Une situation difficile

La situation du CSSS se dégrade au fil des annonces de compressions de Québec en santé.

Le dernier budget déposé par l'organisme auprès de l'Agence de la santé et des services sociaux de l'Outaouais prévoyait un déficit de 4 millions de dollars, au 31 mars 2015. Le retour à l'équilibre budgétaire était prévu pour l'exercice 2015-2016.

Finalement, les responsables du CSSS ont tablé sur un déficit de 5,6 millions de dollars.

De son côté, la présidente du Syndicat des professionnels en soins infirmiers et cardiorespiratoires du CSSS de Gatineau, Lyne Plante, se dit peu surprise par la décision du ministre de la Santé.

« Je suis d'accord qu'il y a encore des places où l'on peut couper, mais on a quand même une certaine réticence », reconnaît-elle, d'autant plus que l'inquiétude commence à gagner les rangs des employés. Ces derniers espèrent que leurs voix seront prises en compte.

Mme Plante affirme par ailleurs que des efforts de gestion ont été faits par l'actuel conseil d'administration. En, outre, elle doute que les mesures voulues par Gaétan Barrette n'aient aucun effet sur les patients.

Il faut rapidement identifier les mesures qui vont engendrer les décisions qui permettront le retour à l'équilibre.

Gaétan Barrette, ministre de la Santé

Selon M. Barrette, malgré les interventions successives du gouvernement pour soutenir et accompagner le CSSS, les dirigeants n'ont pas réussi à en redresser la situation financière.

Le ministère n'avait donc pas le choix de placer le CSSS de Gatineau sous administration provisoire.

Ce n'est pas la première fois qu'une telle situation se produit dans la région. En 2000, le Centre hospitalier des Vallées de l'Outaouais (CHVO) avait été placé sous tutelle, après la démission du conseil d'administration. Cela avait perduré jusqu'en août 2002.

En décembre dernier pourtant, le ministre Barrette semblait avoir confiance dans le processus de révision.

« Les gens de la région, tout le monde est à faire leur propre analyse. Et ce que j'ai comme message de l'administration des établissements de santé de Gatineau, il est possible de faire un redressement approprié », avait-il alors déclaré.

Le ministre de la Santé, Gaétan BarretteLe ministre de la Santé, Gaétan Barrette Photo : Radio-Canada

Afin de justifier son changement de méthode, M. Barrette a expliqué qu'il en était arrivé au constat que les problèmes du CSSS de Gatineau étaient récurrents et qu'il s'agissait d'un problème de culture de gestion.

Il importe selon lui de rétablir la primauté du concept de reddition de compte dans la façon dont le système de santé est dirigé.

« L'administration actuelle se retrouve avec des déficits qui augmentent. À un moment donné, cela devient une question d'imputabilité et de responsabilité », tranche-t-il.

Gaétan Barrette minimise par ailleurs le contexte de sous-financement de la région en matière de santé. Il précise que cette situation sera corrigée par le projet de loi 20, qui prévoit que les établissements de santé seront financés selon leur volume d'activité et non plus sur une base historique.

Ottawa-Gatineau

Santé