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Les journaux satiriques, le « poil à gratter » de la presse française

Des journaux de la presse française

Des journaux de la presse française

Radio-Canada
Prenez note que cet article publié en 2015 pourrait contenir des informations qui ne sont plus à jour.

Elle jappe, elle sort les crocs, elle mord. La presse satirique française manie l’ironie et l’humour noir au détriment des politiciens et des religions. Mais au-delà des pointes bien acérées qu’elle lance pour le plus grand plaisir de ses lecteurs, elle joue un rôle important dans la démocratie de l’Hexagone.

Un texte de Vincent ChampagneTwitterCourriel

Dès le 16e siècle, des imprimeurs diffusent des images satiriques, rappelle Christian Delporte, professeur d’histoire contemporaine à l’Université de Versailles.

Mais la véritable tradition de la presse satirique, un phénomène français par excellence, s’enracine au 19e siècle, lorsque s’entame le combat pour la liberté de la presse, explique le spécialiste.

La satire, le mode d’expression par la satire, ça fait partie de l’imaginaire français. Ça correspond à une fibre française.

Une citation de :Christian Delporte, historien

Dès le départ, la caricature occupe une place prédominante. « Le dessin, c’est quelque chose de très populaire. Contrairement à un texte, qui peut être très élaboré, le dessin est compris tout de suite. L’image parle autant à l’émotion qu’à la raison », dit M. Delporte.

Vie et mort des journaux satiriques

Il y aura au fil des décennies des dizaines d’aventures satiriques, souvent campées aux extrêmes du spectre politique. Mais la durée de vie de ces journaux reste généralement brève.

L’exception? Le Canard enchaîné, qui célèbre cette année son 100e anniversaire. Et, bien sûr, Charlie Hebdo, né en 1970, mort en 1981 et ressuscité en 1992.

« On n’est plus dans une phase de prospérité », admet Christian Delporte. Si Le Canard enchaîné et Charlie Hebdo sont toujours en vie, ils connaissent de grandes difficultés, comme le reste de la presse à travers le monde.

La presse satirique dessinée a toujours refusé la publicité. Elle a toujours refusé l’inféodation au pouvoir économique.

Une citation de :Christian Delporte, historien

De plus, « la presse satirique n’a pas bien pris le virage Internet », explique M. Delporte. « La presse papier ne durera pas, et la presse satirique papier ne durera pas non plus. Si elle veut se pérenniser, et maintenir son lectorat plutôt jeune, elle devra passer beaucoup plus par le net. »

« Un rôle essentiel »

Car si la presse satirique disparaissait, ce serait une grande perte, dit-il. « Cette presse est là pour nourrir et véhiculer un autre discours que celui de la presse traditionnelle. Elle est là pour transgresser, pour bousculer les tabous. Pour ne pas respecter les conformismes et le politiquement correct. » Ce qui lui confère un rôle « essentiel » dans la vie démocratique, selon lui.

Parce qu’elle dérange et force la réaction, la presse satirique est une sorte de « poil à gratter » de la presse française, dit M. Delporte.

La satire française vue du Québec

Marc Laurendeau, journalisteAgrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Marc Laurendeau, journaliste

Photo : Vincent Champagne

La satire et l’information sont deux mondes que connaît bien le journaliste Marc Laurendeau. Après une carrière mythique en humour, il a fait la revue de presse à l’émission du matin de la radio de Radio-Canada pendant 22 ans.

Il a très souvent fait mention en ondes des reportages tirés de l’un ou l’autre des journaux satiriques français. « À une certaine époque, je lisais régulièrement Hara-Kiri, mais encore plus Le Canard enchaîné. C’est un journal qui a fait de grandes enquêtes et qui a ébranlé certains gouvernements », explique-t-il.

L’affaire des diamants en est une. En 1979, Le Canard enchaîné dévoile que le président français Valéry Giscard d’Estaing a reçu en cadeau des bijoux de grande valeur de la part de l’empereur de Centrafrique Bokassa 1er. Cette histoire contribue à la défaite du président lors des élections de 1981.

« Les enquêtes du Canard étaient solides sur le plan journalistique », dit M. Laurendeau, et elles étaient reprises par les médias traditionnels.

Mais c’est surtout par leur ton « irrévérencieux et frondeur » que ces journaux ont fait œuvre utile, croit M. Laurendeau.

Le meilleur antidote contre la propagande et le fanatisme, c’est l’humour. Quand on prend tout au sérieux, il y a risque de fanatisme.

Une citation de :Marc Laurendeau, journaliste

Une approche différente au Québec

Il n’y a pas une presse satirique comparable à celle de la France au Québec, poursuit Marc Laurendeau. Ce n’est tout simplement pas dans notre tradition.

« Il y a eu Croc. C’était une bonne revue satirique, mordante, qui a eu de longues années de succès. Mais même si c’était audacieux, ça n’allait jamais aussi loin que Le Canard enchaîné ou Charlie Hebdo ».

Au Québec, le besoin de rire de nos politiciens et des sujets sensibles de la société ne passe pas par la presse, remarque M. Laurendeau. Ce sont plutôt les humoristes sur scène ou à la télévision qui attaquent, qui provoquent et qui vont jusqu’aux limites de l’acceptable.

Marc Laurendeau continue de lire occasionnellement les journaux satiriques français. « Il faut les lire. Ce sont des médias importants, peut-être pas en terme de tirage, mais pour le rôle qu’ils jouent dans la société. »

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