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Le père de Lin Jun reconnaissant envers le système judiciaire canadien

Lin Diran n'a pas pu retenir ses larmes à l'évocation de son fils.

Lin Diran n'a pas pu retenir ses larmes à l'évocation de son fils.

Photo : La Presse canadienne / Ryan Remiorz / PC

Radio-Canada
Prenez note que cet article publié en 2014 pourrait contenir des informations qui ne sont plus à jour.

Le père de Lin Jun, l'étudiant chinois tué par Luka Rocco Magnotta, rentrera en Chine en janvier après avoir suivi un procès éprouvant de deux mois. Avant son retour, il a tenu à témoigner sa gratitude envers les Canadiens et leur système de justice « juste et équitable ».

Un texte de Ahmed KouaouTwitterCourriel

C'est un père visiblement affecté et épuisé, mais lucide, qui a rencontré la presse lundi, avant son retour en Chine. Le propos précis et fluide, même s'il est parfois ponctué d'émotions, est pourtant celui d'un homme qui dit être marqué à vie par une douleur profonde.

Comme il l'a déjà écrit dans sa lettre émouvante diffusée juste après que le verdict eut été rendu, Lin Diran est satisfait de la peine maximale dont écope Magnotta, mais est déçu que le meurtrier de son unique garçon n'ait pas exprimé de regrets.

Rencontrer Magnotta

Il rentre aussi au pays sans réponse à la terrible question qui le hante : « Pourquoi mon fils a-t-il eu droit à un sort aussi cruel? » Lin Diran aurait aimé poser cette question personnellement à Magnotta et affirme avoir entrepris des démarches dans ce sens. En vain. Son questionnement continuera à tarauder son esprit.

« Après la sentence, j'aurais aimé communiquer avec lui [Magnotta] et lui demander pourquoi il a fait ça. Mais jusqu'à maintenant, ces démarches n'ont eu aucune suite. »

— Une citation de  Lin Diran

À défaut de parler directement à Magnotta, qu'aimerait-il lui dire maintenant? « Non, rien à lui dire », a-t-il répliqué, avant de se ressaisir pour exprimer toute la bestialité dont il juge que le meurtrier a fait preuve. L'interprète avait de la peine à traduire en anglais un mot du mandarin utilisé par le père pour décrire une personne dont la sauvagerie surpasse celle de l'animal.

Pas de mots pour qualifier la douleur

Lin Diran en compagnie de son interprète
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Lin Diran en compagnie de son interprète

Photo : Julie Marceau

Les mots n'étaient pas au rendez-vous non plus pour parler de sa douleur « indicible ». « Ce qu'il [Magnotta] a fait est terriblement cruel, inqualifiable », a-t-il lâché, laborieusement.

« Quand la sentence a été rendue, j'ai été soulagé, je me sens mieux qu'avant », reconnaît le père, qui a affirmé avoir vécu les jours les plus longs de sa vie durant les deux mois du procès, notamment pendant les huit jours de délibérations du jury.

Une leçon à tirer de ce drame? Le papa se rappelle avoir eu des discussions avec son défunt fils au sujet de son projet d'étudier à Montréal. Il lui avait conseillé d'opter pour une ville sécuritaire et de demeurer prudent.

Pour le reste, pas d'enseignement particulier, mais certainement un poids à traîner pendant longtemps, celui d'une « tragédie [à porter] dans [son] coeur toute [sa] vie ».

« Peu importe à qui ça arrive, c'est inacceptable, encore moins pour un parent » car, comme on dit en Chine, un parent qui perd un enfant est inconsolable.

Lin Diran est conscient de vivre désormais avec une douleur indélébile qui, espère-t-il, sera atténuée avec le temps et l'attention des gens qui l'entourent.

Gratitude

De Montréal, une ville qui lui était totalement inconnue avant que son fils lui en parle, Lin Diran gardera, en dépit des circonstances, l'image d'une cité hospitalière. Il se plaît à se remémorer le nombre de fois où des passants dans la rue lui ont exprimé leur sympathie, avec des gestes et des regards sincères qui transcendent les barrières de la langue.

Clairvoyant, il se garde de condamner toute une société qui a enfanté celui qui a ravi son fils.

Du Canada, il retient aussi un système de justice « juste et équitable », à la faveur duquel Magnotta a écopé de la peine la plus sévère. Pas question pour lui de faire des parallèles ou de transposer ici le système judiciaire chinois (qui prévoit la peine de mort), même s'il aurait aimé que le procès se déroule en Chine.

De l'homosexualité du fils

Interrogé par les journalistes, Lin Diran a avoué ne pas avoir entendu parler de la notion de préférence sexuelle avant ce drame. Il a aussi affirmé ignorer l'orientation sexuelle de son fils.

Quoi qu'il en soit, il a dit respecter le choix et la liberté de Lin Jun, qu'il « aime toujours autant », même si, a-t-il ajouté, comme père, il aurait aimé que son fils se marie et goûte aux joies de la paternité.

Se relever après avoir « tout perdu » 

Reprendre une vie normale après avoir « tout perdu », tant au plan affectif que financier, ne sera pas chose aisée pour Lin Diran. Outre son deuil, il doit aussi aider sa femme et sa fille, particulièrement affectées, à panser leurs blessures.

Seul pourvoyeur de la famille, il lui faut également retrousser ses manches et reprendre son travail, mais pas de sitôt, car son état ne le lui permet pas encore. Une fiducie a d'ailleurs été mise en place afin de venir en aide à la famille.

Pour voir la version longue de l'entrevue du père de Lin Diran à partir de votre appareil mobile, cliquez ici (Nouvelle fenêtre).

Pour le reste, M. Lin compte sur ses proches et amis pour vivre son deuil. Il entend entretenir les amitiés qu'il a développées à Montréal avec différentes personnes, dont des étudiants chinois de l'Université Concordia.

Il envisage aussi de revenir un jour à Montréal. Peut-être y trouvera-t-il un début de réponse à sa terrible question : pourquoi?

Luka Rocco Magnotta a été reconnu coupable mardi dernier de meurtre prémédité, au huitième jour de délibérations du jury. Il a aussi été accusé d'outrage à un cadavre, de production et de distribution de matériel obscène, d'utilisation de la poste pour envoyer du matériel obscène et de harcèlement criminel envers le premier ministre Stephen Harper ainsi que d'autres membres du Parlement.

Il a reçu les peines maximales pour chacune de ces accusations.

Magnotta face à la justice

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