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Quand la guerre se transforme en amitié

Matelots du HMCS St. Thomas en train de vérifier une ceinture de sauvetage de l’un des rescapés du U-877.

Matelots du HMCS St. Thomas en train de vérifier une ceinture de sauvetage de l’un des rescapés du U-877.

Photo : Musée naval de Québec

Radio-Canada

Parfois, la magie de Noël opère même en temps de guerre. Le 27 décembre 1944, il y a 70 ans, un navire de guerre canadien accompagne des bateaux marchands dans l'Atlantique Nord. Le HMCS St. Thomas détecte alors un sous-marin allemand. Un événement qui passera à l'histoire.

Les militaires canadiens réagissent rapidement. Ils torpillent et coulent le navire ennemi. Mais peu de temps après, 55 marins surgissent de l'eau, attachés à des bouées de sauvetage. Dans ces circonstances, le protocole est clair : poursuivre sa route et laisser les Allemands mourir dans les eaux glacées.

Contre toute attente, le lieutenant commandant du St. Thomas, Stanislas Déry de Québec, en décide toutefois autrement. Il donne l'ordre d'arrêter le navire et de sauver les sous-mariniers allemands.

« Mon père n'a pas vu des ennemis allemands à l'eau. Ce qu'il a vu, ce sont des marins en perdition », explique aujourd'hui son fils Gaston Déry.

Naissance d'une grande amitié

Stanislas Déry, commandant en second du HMCS St.Thomas, en compagnie de Peter Heisig, commandant en second du sous-marin U-877, en 1944.

Stanislas Déry, commandant en second du HMCS St.Thomas, en compagnie de Peter Heisig, commandant en second du sous-marin U-877, en 1944.

Pour les Allemands, la Seconde Guerre mondiale était perdue. Et leur sauvetage fut, étonnamment, la naissance d'une grande amitié. Stanislas Déry a même partagé sa cabine durant huit jours avec un de ses « prisonniers », le commandant du sous-marin allemand Peter Heisig.

Pour deux hommes, la guerre a été prétexte à l'amitié. Ça fait réfléchir.

Gaston Déry

Les Canadiens ont ensuite déposé les Allemands dans un camp de prisonniers en Écosse.

Un blâme et une quête

L'équipage allemand rescapé le NCSM St. Thomas.

L'équipage allemand rescapé le NCSM St. Thomas.

Photo : Musée naval de Québec

Le lieutenant commandant Déry est blâmé à l'époque par la marine canadienne pour avoir sauvé les militaires allemands.

Malgré tout, après la guerre, M. Déry entreprend des démarches pour retrouver le commandant Peter Heisig. Ses efforts portent ses fruits. Depuis, les deux hommes et leur famille se voient régulièrement.

Gaston Déry et André Kirouac,  directeur du Musée naval de Québec.

Gaston Déry et André Kirouac, directeur du Musée naval de Québec.

Photo : Marc-Antoine Ruest / Radio-Canada

Vendredi, les deux familles ont d'ailleurs souligné les 70 ans de cette amitié toute spéciale, devant les journalistes.

« Mon père m'en parlait quand j'étais petit garçon. Et ce n'est qu'à l'âge adulte que j'ai mesuré toute la signification du geste qu'il a posé », raconte le fils du commandant [...] La guerre, c'est une invention stupide des hommes. Mais l'amitié est une grande création des individus. »

Gaston Déry a d'ailleurs un rêve : il souhaite que le 27 décembre devienne une fête de l'amitié dans les contextes de guerre. Cette histoire « donne espoir en l'humanité », estime-t-il.

Cet événement a permis de créer « une très grande amitié entre des gens qui étaient des ennemis. C'est à l'image de l'amitié qu'entretiennent le Canada et l'Allemagne », a écrit pour sa part un représentant du gouvernement allemand dans une lettre envoyée au Musée naval de Québec.

Les 55 hommes sauvés des eaux ont tous eu des enfants. Aujourd'hui, ils sont une centaine à être redevable à Stanislas Déry. L'un des descendants du capitaine Peter Heisig porte d'ailleurs le nom Stanislas.

HMCS St. Thomas en mer.

HMCS St. Thomas en mer.

Photo : Musée naval de Québec

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