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Le monde salue le rapprochement historique entre les États-Unis et Cuba

Photo : Stringer / Reuters

Radio-Canada

Le rapprochement diplomatique entre les États-Unis et Cuba est applaudi partout dans le monde. Le président américain Barack Obama et son homologue cubain Raul Castro ont simultanément annoncé hier les détails d'une entente historique entre les deux pays.

L'embargo qui limite grandement les échanges commerciaux reste cependant en place jusqu'à nouvel ordre.

Dans son allocution télévisée d'une vingtaine de minutes, le président Obama a expliqué que « des décennies d'isolement imposé à Cuba par les États-Unis n'ont pas réussi à atteindre l'objectif durable visant à favoriser l'émergence d'un Cuba démocratique, prospère et stable », d'où la nécessité d'ouvrir un « nouveau chapitre ».

Nous allons mettre fin à une approche dépassée qui, pendant des décennies, a empêché de promouvoir nos intérêts, et allons plutôt commencer à normaliser les relations entre nos deux pays

Barack Obama

Cette politique d'isolement avait beau s'appuyer sur les « meilleures intentions », a-t-il dit, « aucune autre nation ne s'est jointe à nous pour imposer des sanctions, et elles ont eu peu d'autre effet que de fournir une justification au gouvernement cubain pour imposer des restrictions à son peuple ». D'ailleurs, « Cuba est toujours gouverné par les Castro et le Parti communiste ».

« Je pense que nous pouvons aider davantage les Cubains » en discutant avec le gouvernement en place, a-t-il affirmé, après avoir rappelé que les États-Unis ont rétabli leurs relations avec la Chine et le Vietnam, deux pays communistes, depuis déjà fort longtemps.

Je ne crois pas que nous pouvons continuer à faire ce que nous faisons depuis 50 ans et espérer un résultat différent.

Barack Obama

Barack Obama a affirmé que l'emprisonnement de l'Américain Alan Gross avait été un « obstacle important » dans le retour à la normalisation des relations diplomatiques. M. Gross, qui avait été accusé d'espionnage, a été relâché pour des raisons humanitaires mercredi. Parallèlement, Cuba a aussi libéré un agent de la CIA emprisonné depuis 20 ans, en échange de trois agents cubains qu'il avait lui-même permis de faire incarcérer aux États-Unis.

Ayant maintenant récupéré ces deux hommes qui se sont sacrifiés pour notre pays, je prends maintenant des mesures qui placent les intérêts des peuples de nos deux pays au coeur de notre politique.

Barack Obama

Les principaux éléments de l'entente :

  • des relations visant à rétablir les relations diplomatiques sont lancées;
  • une ambassade américaine sera ouverte à La Havane dans les prochains mois;
  • certains voyages vers Cuba seront facilités;
  • les Américains pourront envoyer jusqu'à 2000 $ par semestre à des Cubains, comparativement à 500 $ actuellement (mesure excluant certains responsables du Parti communiste). Ces plafonds ne s'appliqueront plus si les fonds sont destinés à des projets de développement;
  • les banques américaines pourront établir des partenariats avec des institutions financières cubaines;
  • les voyageurs américains pourront utiliser des cartes de crédit et des cartes de débit américaines à Cuba;
  • les États-Unis vont déployer des efforts pour faciliter l'accès à Internet des Cubains; des équipements et des logiciels pourront être exportés, et des fournisseurs de service pourront établir les infrastructures nécessaires;
  • des discussions entre les États-Unis, Cuba et le Mexique auront lieu pour déterminer la frontière maritime entre les trois pays dans le golfe du Mexique;
  • le statut de Cuba en tant qu'État soutenant le terrorisme, adopté en 1982, sera révisé par le secrétariat d'État; un rapport doit être remis au président Obama d'ici six mois;
  • le président Obama est d'accord pour qu'une délégation cubaine participe au prochain Sommet des Amériques, qui aura lieu au Panama. Il insiste cependant pour qu'une délégation issue de la société civile l'accompagne.

Le président américain a aussi fait savoir qu'il souhaite engager un débat « honnête et sérieux » avec le Congrès pour parvenir à terme à lever l'embargo imposé à l'île depuis plus d'un demi-siècle. La Maison-Blanche a fait savoir ultérieurement que Barack Obama souhaite une entente d'ici la fin de sa présidence.

Je crois que les entreprises américaines ne devraient pas être désavantagées, et que l'accroissement du commerce est bon pour les Américains et les Cubains.

Barack Obama

Cette discussion avec le Congrès s'annonce cependant difficile, puisque les républicains, qui se sont toujours opposés à la levée de l'embargo, seront majoritaires dans les deux chambres du Congrès dès janvier.

Manuel Lopez, dans son commerce de cigares, observe Raul Castro prononçant un discours historique.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Mauel Lopez dans son commerce de cigares observe Raul Castro prononçant un discours historique.

Photo : La Presse canadienne / Julio Cortez/AP

Une discussion avec Raul Castro

Le président américain a déclaré avoir parlé avec Raul Castro mardi soir et lui avoir exprimé « sa forte conviction que la société cubaine est contrainte par les restrictions imposées à ses citoyens ».

« Les États-Unis croient que les Cubains ne devraient pas être harcelés, arrêtés ou battus simplement parce qu'ils exercent un droit universel à être entendus, et nous continuerons de soutenir la société civile là-bas », a-t-il dit.

« Bien que Cuba a adopté des réformes pour ouvrir graduellement son économie, nous continuons de croire que les travailleurs cubains devraient être libres de former des syndicats, tout comme leurs citoyens devraient être libres de participer au processus démocratique ».

Il a reconnu que le gouvernement cubain continuerait d'avoir des politiques étrangères « parfois diamétralement opposées » à celles des États-Unis, et que cela ne changerait pas du jour au lendemain. Une politique « d'engagement et d'ouverture » devrait cependant permettre d'aider les Cubains, estime-t-il.

Changer est difficile. [...] Et le changement est encore plus dur quand on porte sur ses épaules le poids de l'histoire. Mais aujourd'hui, nous faisons ces changements parce que nous croyons que c'est la bonne chose à faire.

Barack Obama

Le président Obama a remercié le Canada pour avoir été l'hôte des discussions avec le gouvernement cubain, ainsi que le pape François qui, dit-il, dont « l'exemple moral nous montre l'importance de faire du monde ce que nous voulons qu'il soit, plutôt que simplement se contenter de l'accepter tel qu'il est ».

Analyse du rapprochement États-Unis-Cuba avec Jean-Michel Leprince et Gérald Fillion

Raul Castro confirme les grandes lignes de l'accord

Dans sa propre allocution télévisée au peuple cubain, le président Raul Castro a annoncé que Barack Obama et lui s'étaient « mis d'accord sur le rétablissement des relations diplomatiques ». Toutefois, « cela ne veut pas dire que le (problème) principal, l'embargo économique, a été résolu ».

Raul Castro a salué la libération des trois agents cubains par le président américain. « Gerardo (Hernandez), Ramon (Labañino) et Antonio (Guerrero) sont arrivés aujourd'hui dans notre patrie », a-t-il dit. « Cette décision du président américain mérite le respect et la reconnaissance de notre peuple ».

Le secrétaire général de l'ONU, Ban Ki-moon, a « salué chaleureusement » cette normalisation. « Les Nations unies sont prêtes à aider ces deux pays à développer leurs relations de bon voisinage », a-t-il déclaré lors d'une conférence de presse.

Le pape François a aussi exprimé sa « grande satisfaction » face à cette « décision historique ». Le Vatican a confirmé que le pape avait lui-même avait envoyé des lettres aux présidents Obama et Castro, et qu'il avait reçu des délégations des deux pays en octobre, en leur offrant ses « bons offices ».

« Il faut reconnaître le geste d'Obama, un geste courageux et nécessaire », a pour sa part déclaré le président vénézuélien Nicolas Maduro, tout en parlant d'une victoire pour Cuba. Caracas est un allié de La Havane, mais entretient des relations tendues avec les États-Unis depuis la fin des années 1990.

États-Unis-Cuba : l'impact - Entrevue avec Pierre Beaudet, de l'Université d'Ottawa

L'entente a cependant été mal accueillie par plusieurs ténors républicains, qui estiment que l'échange de prisonniers entre Washington et La Havane constitue un dangereux précédent.

Le sénateur de la Floride Marco Rubio croit par exemple que l'annonce de mercredi constitue « la dernière d'une série de tentatives ratées de la part du président Obama pour tenter d'apaiser des régimes parias à n'importe quel prix ».

Les États-Unis n'ont aucune relation diplomatique avec Cuba depuis janvier 1961, soit deux ans après que le gouvernement du dictateur Fulgencio Batista a été renversé par un mouvement révolutionnaire dirigé par Fidel Castro, avec l'aide de Che Guevara.

Washington avait initialement reconnu le gouvernement cubain, mais les relations entre les deux pays se sont rapidement dégradées après que les nouveaux leaders communistes cubains eurent entrepris d'exproprier des propriétés américaines et se furent ouvertement associés à l'Union soviétique.

Les Américains ont imposé un embargo commercial à Cuba dès février 1962, mais il a été quelque peu assoupli au début des années 2000, afin que les résidents de l'île, alors en grande difficulté économique, puissent recevoir des denrées alimentaires et des médicaments.

Lors d'un sommet des Amériques tenu en avril 2009 à Trinité-et-Tobago, le président Obama, alors au pouvoir depuis trois mois, avait dit souhaiter « un nouveau départ » avec Cuba. « Je ne souhaite pas parler pour parler. Mais je pense que nous devons orienter les relations cubano-américaines vers une nouvelle direction », avait-il dit.

Lors des funérailles de Nelson Mandela, en décembre 2013, Barack Obama avait serré la main de Raul Castro. Le frère de Fidel, au pouvoir depuis 2008, avait souri, et les deux hommes avaient échangé quelques mots.

Avec les informations de Reuters, Agence France-Presse, et Associated Press

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