•  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  

Québec propose un recul des conditions de travail, dénoncent les syndicats de l'enseignement

Josée Scalabrini, président de la Fédération des syndicats de l'enseignement

Radio-Canada

Les syndicats de l'enseignement du Québec dénoncent les offres patronales sur les conditions de travail de leurs membres déposées ce matin par le gouvernement Couillard. Ils craignent que les classes grossissent et qu'elles contiennent davantage d'élèves en difficulté, ce qui constitue un net recul pour le milieu de l'éducation.

Le ministre de l'Éducation du Québec, Yves Bolduc, semble en effet prêt à accroître le nombre d'élèves par classe :« On sait qu'il n'y a pas d'études qui ont démontré qu'il y avait plus de réussites en diminuant le ratio aux autres cycles », a-t-il déclaré en point de presse mardi, en précisant qu'il ne toucherait pas aux trois premières années du cycle primaire.

« On pourrait penser au premier regard qu'il s'agit d'une grosse plaisanterie, mais on n'a pas le goût de rire avec ce qui se passe », a commenté mardi la présidente de la Fédération des syndicats de l'enseignement (FSE), Josée Scalabrini, en conférence de presse. « Pour moi, c'est une horreur. »

Les enseignants vont se battre pour leurs conditions de travail. Parce qu'on sait fort bien que les conditions de travail sont directement reliées aux services que l'on peut donner aux élèves et à la réussite de tous les élèves.

Josée Scalabrini, présidente de la FSE

Selon la Fédération, qui représente 60 000 enseignants répartis dans 35 syndicats, le gouvernement Couillard a notamment proposé, lors d'une rencontre d'une heure tenue mardi matin :

  • d'ajouter de 2 à 5 élèves par classe, tant au primaire qu'au secondaire;
  • d'éliminer la notion de ratio maître-élève moyen, qui s'applique à l'échelle des commissions scolaires. Autrement dit, toutes les classes pourraient contenir le nombre maximal d'élèves;
  • d'inclure davantage d'élèves en difficulté dans les classes ordinaires;
  • de constituer, notamment dans les régions, des classes jumelant des élèves du préscolaire et de première année;
  • d'augmenter la distance qu'un enseignant pourrait être appelé à parcourir pour compléter son horaire;
  • de réduire les « droits parentaux » des enseignants;
  • de réviser le salaire des jeunes enseignants qui intègrent la profession en faisant de la suppléance;
  • de réduire sa contribution au programme d'assurance-salaire.

Quand il se fait des coupures sur le dos des élèves, quand il se fait des coupures sur la réussite de la société de demain, c'est très décourageant et très décevant.

Josée Scalabrini, présidente de la FSE

Paul St-Hilaire, vice-président aux relations de travail à la FSE, a expliqué aux médias que les offres patronales exposaient de grands principes, et que tous les détails ne sont pas encore connus à l'heure actuelle.

Il affirme néanmoins qu'à la lumière de ce qui a été annoncé, le gouvernement veut donner un « gros coup de balai » en exigeant « plusieurs reculs » de la part des syndiqués, « autant dans les conditions de travail du personnel enseignant que dans les services qui sont offerts aux élèves. »

Élèves en difficulté : reportage d'Anne-Louise Despatie

La Fédération autonome de l'enseignement en colère

« On est en colère », affirme pour sa part Sylvain Mallette, président de la Fédération autonome de l'enseignement (FAE), qui regroupe huit syndicats réunissant 32 600 membres enseignant au préscolaire, au primaire, au secondaire, et dans les programmes d'éducation aux adultes et de formation professionnelle.

« On sait très bien que le nombre d'élèves dans un groupe peut avoir une incidence sur la capacité qu'ont les élèves à mieux réussir, à mieux apprendre. Le gouvernement, les commissions scolaires et les directions d'établissement ont décidé de jeter à la poubelle ces règles-là », s'insurge-t-il.

C'est comme si le gouvernement, les commissions scolaires et les directions d'établissement avaient décidé de vider un bidon d'essence sur le contrat de travail et d'y mettre le feu.

Sylvain Mallette, président de la FAE

Sylvain Mallette affirme par ailleurs que les offres du gouvernement vont accorder un « droit de gérance absolu » aux directions d'école. « Les directions d'école vont devenir des barons et veulent imposer aux profs des conditions qui ne permettront pas la réussite des élèves », soutient-il.

Le chef syndical soutient qu'en vertu des offres patronales, les directions d'école pourraient par exemple décider d'obliger les enseignants à recevoir une formation « à même leur temps de travail ».

« Le gouvernement, les commissions scolaires et les directions d'établissement exigent de nous que nous soyons 10 % de plus présents à l'école », a lancé le président de la FAE. « Avec le gel salarial qui a été annoncé hier, cela constitue donc une diminution salariale. »

« Ça fait 20 ans au Québec que le gouvernement applique des décisions ou des solutions qui sont imaginées par des gens qui n’ont pas mis les pieds dans une classe depuis 20 ans ou, pire, qui n’y ont jamais mis les pieds, et le gouvernement voudrait qu’on poursuive dans cette voie-là.

Sylvain Mallette, président de la FAE

Sylvain Mallette affirme que la FAE « ne laissera pas se déconstruire le réseau des écoles publiques du Québec sans rien dire. »

« C'est à se demander si les directions d'écoles et les commissions scolaires ne veulent pas finalement pousser les élèves à fréquenter l'école privée. [C'est] tout ce qui manque dans le dépôt : le gouvernement aurait pu nous annoncer une hausse du financement des écoles privées et on ne serait pas étonnés » a-t-il raillé.

Politique