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Le rouble dans le trouble

Les bureaux de change de Moscou réflètent la chute du rouble. Mardi, un dollar valait 80 roubles, tandis qu'un euro en valait 100.

Les bureaux de change de Moscou réflètent la chute du rouble. Mardi, un dollar valait 80 roubles, tandis qu'un euro en valait 100.

Photo : MAXIM ZMEYEV / Reuters

Radio-Canada
Prenez note que cet article publié en 2014 pourrait contenir des informations qui ne sont plus à jour.

Le rouble continue de s'effondrer mardi, malgré une intervention exceptionnelle de la banque centrale russe. En après-midi, il avait déjà perdu 20 % de sa valeur, ce qui porte son recul à 60 % par rapport au dollar américain depuis le début de l'année.

La chute de la monnaie russe est attribuée à diverses causes par les économistes, dont l'effondrement du prix du pétrole, principale source de devises étrangères du pays, les sanctions occidentales, mais aussi une baisse de confiance dans la banque centrale qui semble incapable d'intervenir efficacement.

Mardi, la banque a tenté de freiner la chute du rouble en annonçant une forte hausse de son taux directeur de 6,5 points de pourcentage, et ce, au beau milieu de la nuit. Le taux directeur s'établit maintenant à 17 %, alors qu'il était de 5,5 % au début de l'année. Sur les marchés, l'accalmie engendrée par cette décision n'a pourtant duré que deux heures.

Graves conséquences pour l'économie russe

La hausse du taux directeur aura de graves conséquences pour l'économie russe. Les taux hypothécaires devraient par exemple passer à au moins 22 %, une situation dramatique pour les ménages, qui ont déjà perdu beaucoup de pouvoir d'achat depuis le début de la crise. 

Depuis quelques jours, certains magasins affichent des prix en devises étrangères, une situation qui n'avait pas été vue depuis les années 90. En 1998, le rouble s'était d'ailleurs effondré en quelques jours, ce qui avait contraint la Russie à faire défaut sur sa dette.

« La situation dans le pays est complètement instable, cela fait très peur », commente Ioulia, une Moscovite interrogée par l'Agence France-Presse devant une banque de Moscou, où s'est formée une file d'attente mardi. « J'ai peur qu'on retourne à la situation des années 90 ».

« La banque centrale va avoir beaucoup de mal à stabiliser le rouble tant que la forte baisse des cours du pétrole continuera, donc cette hausse de taux très offensive pourrait ne pas suffire », estime Vladimir Miklachevski, économiste de la Danske Bank.

Pour Alena Afanassieva, analyste senior de Forex Club à Moscou, l'effondrement du rouble prouve plutôt qu'un mouvement de panique s'est installé. Ce qui influence le rouble, dit-elle, « ce n'est pas le pétrole ni même l'attente d'une décision, mais la panique alimentée par un certain nombre de rumeurs sur un retour de notre pays au régime 98 ».

Natalia Orlova, d'Alfa Bank, anticipe déjà le pire. « Si une telle hausse des taux d'intérêt n'impressionne pas le marché, alors [la banque centrale] n'aura plus comme solution que des interventions à hauteur de 10 milliards de dollars par jour. Elle est de nouveau active sur le marché, elle y est chaque jour », dit-elle.

Le président russe Vladimir Poutine n'a pas commenté la plus récente chute du rouble. Il devrait être interrogé sur le sujet, jeudi, alors qu'il se présentera devant des centaines journalistes russes et étrangers. Récemment, il a attribué cette situation et la baisse du prix du pétrole à la spéculation et aux politiques occidentales.

La dépréciation du rouble pourrait constituer un test politique important pour Vladimir Poutine, puisque sa popularité repose en grande partie sur le fait qu'il est le garant d'une nouvelle prospérité russe et de la stabilité économique qu'a connue le pays après la débâcle de 1998.

Moscou prévoit déjà une récession l'année prochaine. Elle anticipe que l'économie va se contracter de 0,8 %. La banque centrale a cependant prévenu lundi que si les cours du pétrole restaient stables – le baril de Brent vaut autour de 60 $ US à l'heure actuelle – le produit intérieur brut pourrait chuter de 4,5 %.

Washington se défend d'avoir voulu « faire mal » aux Russes

En voyage à Londres, le secrétaire d'État américain John Kerry a souligné que la situation du rouble n'est pas attribuable uniquement aux sanctions occidentales, mais aussi à la baisse du prix du pétrole.

Le numéro un de la diplomatie américaine a assuré que les sanctions occidentales n'avaient pas pour objectif de « faire mal » aux Russes, mais bien d'inciter le président Poutine à faire des choix « différents » au sujet de l'Ukraine.

Le premier ministre canadien Stephen Harper abonde en ce sens. « Les effets sont majeurs, non seulement en raison de la baisse de prix du pétrole en Russie, mais aussi en raison des sanctions imposées par nos alliés et nous », a déclaré M. Harper. « Je continue à encourager M. Poutine à respecter la souveraineté et l'intégrité territoriale de ses propres voisins tout en se comportant de façon moins agressive envers la communauté internationale. »

John Kerry affirme pour sa part que la Russie « a posé des gestes constructifs ces derniers jours », en soulignant que dans certains secteurs de l'Ukraine, « le calme prévaut » et que « certaines personnes se retirent ».

Le secrétaire d'État n'a pas manqué de souligner que les sanctions occidentales contre la Russie auraient pu être levées il y a plusieurs mois déjà, et qu'elles pourraient, encore aujourd'hui, être levées en quelques jours, selon les décisions que prendra le Kremlin.

Avec les informations de Reuters, et Agence France-Presse

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