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L'exploitation du gaz de schiste ne serait pas rentable, selon le BAPE

Le reportage de Catherine Kovacs
Radio-Canada

Le rapport du BAPE sur la fracturation hydraulique, l'exploration et l'exploitation du gaz de schiste dans la vallée du Saint-Laurent, au Québec, s'avère critique pour l'industrie. Le rapport conclut que rien ne permet d'avancer que le Québec tirerait profit des activités de cette industrie sur son territoire, ce qui réjouit les environnementalistes.

Rendu public en matinée, le rapport du Bureau des audiences publiques en environnement (BAPE) souligne que la fracturation hydraulique pour extraire le gaz de schiste du sous-sol québécois entraînerait des risques pour l'environnement et pour la sécurité publique.

Le BAPE souligne qu'une explosion pourrait causer des dommages dans un rayon de 300 mètres.

La sécurité des nappes phréatiques devrait aussi être renforcée afin de limiter les risques de contamination de l'eau potable. De plus, le développement de cette industrie entraînerait une hausse de 3 % à 23 % des émissions de gaz à effet de serre pour le Québec. Une situation qui rendrait difficile l'atteinte des objectifs de réduction d'émissions de ces gaz par la province.

Le ministre de l'Environnement, David Heurtel, affirme dans un communiqué que le rapport du BAPE sur l'exploration et l'exploitation du gaz de schiste soulève des questions sérieuses. Le ministre ajoute que le rapport sera l'un des éléments qui alimenteront l'évaluation environnementale stratégique sur les hydrocarbures, annoncée le 30 mai dernier.

Minces réserves

Le BAPE précise que l'industrie ne serait pas rentable au cours des 25 premières années d'exploitation. Les coûts générés par cette industrie dépasseraient ainsi les redevances perçues par le gouvernement québécois. Une sombre perspective lorsqu'elle est combinée aux torts que l'industrie pourrait causer au tourisme et à l'agriculture de la province.

L'incertitude sur la taille des réserves contenues dans le sous-sol québécois ajoute aux doutes du BAPE sur la rentabilité de cette industrie au Québec.

Outre les considérations économiques et environnementales, le BAPE souligne que le lien de confiance - non seulement entre la population québécoise et l'industrie, mais également entre la population et les instances gouvernementales - est rompu. Le rapport soutient que l'acceptabilité sociale demeure un préalable incontournable en prévision de l'exploitation des gaz de schiste par fracturation hydraulique.

De plus, le gouvernement devrait définir l'acceptabilité sociale, un concept flou, qui nuit à la rencontre de l'objectif.

Les environnementalistes satisfaits

« C'est un beau cadeau de Noël. Ça confirme toutes les questions que nous avons apportées depuis 2009 », dit André Bélisle, de l'Association québécoise de lutte contre la pollution atmosphérique.

C'est le dernier clou dans le cercueil des gaz de schiste.

André Bélisle, président de l'Association québécoise de lutte contre la pollution atmosphérique

Selon lui, ce rapport devrait faire comprendre au gouvernement et à l'industrie qu'il faut être « audacieux » et se tourner vers de nouvelles sources d'énergie, comme le biométhane. « Les risques [du gaz de schiste] sont bien connus. Partout où on fait de la fracturation hydraulique, il y a des problèmes énormes de pollution de l'air et de pollution de la nappe phréatique », explique-t-il.

L'acceptabilité sociale du projet dans la vallée du Saint-Laurent ne viendra jamais, même si des changements étaient apportés au projet, assure-t-il.

« Je jubile, je suis en feu depuis ce matin », affirme de son côté l'auteur et metteur en scène Dominic Champagne, une des figures bien en vue du mouvement contre l'exploitation du gaz de schiste. Il s'agit selon lui d'une victoire pour tous ceux qui « ont milité pour que la raison et le gros bon sens soient entendus ».

M. Champagne a salué la mobilisation citoyenne contre les gaz de schiste, qu'il a qualifiée de « formidable exercice de "Maîtres chez nous" ».

Il souhaite lui aussi que le Québec choisisse de se tourner vers de nouvelles sources d'énergie. « On ne va pas se libérer en quelques jours du gaz et du pétrole, mais nous sommes en droit d'exiger que le Québec se dote d'un plan crédible pour se sortir des énergies fossiles », affirme-t-il.

La conclusion du rapport du BAPE:

« En raison de l'ampleur des impacts potentiels associés aux activités de l'industrie du gaz de schiste dans un milieu aussi peuplé et aussi sensible que les basses-terres du Saint-Laurent, en raison également des incertitudes qui subsistent quant aux impacts potentiels sur la qualité de l'eau des aquifères et à la capacité de l'industrie de préserver l'intégrité des puits à très long terme, la commission d'enquête est d'avis qu'il n'est pas démontré que l'exploration et l'exploitation du gaz de schiste dans les basses-terres du Saint-Laurent avec la technique de fracturation hydraulique, serait avantageuse pour le Québec. »

Environnement